PIÉTRO, ZERBINE
piETRO. La signera votre maîtresse est-elle visible!
ZLBIll^E. Non, elle est dans son appartement, où elle a délVnrlu de laisser entrer personne.
pii.TRO. Elle repose sans doute?
zEiiniNE. Je ne sais, et je n'y puis rien comprendre. Midaiiie est rentrée ce matin p.^le, tremblante, égarée, et ni moi, ni aucun de si's gens, ne savions qu'elle était sortie.
piiTRo. C'est bien cela. Une jeune et jolie femme, velue de blanc, que j'ai vue traverser re matin les corridors de l'lios|.ice de San-Lorenzo, et l'on m'a dit: Tenez, la voilà, c'est Fiorella !
ztRDiNE. Que dites-vous! ma maîtresse à San-Lorenzo! et par quel e\éncment?
PIÉTBO. Cela ne nous regarde pas, je ne me mêle jamais des affaires des autres; j'ai bien assez des njiennes. Je voulais voir la signera pour lui remettre ces papiers qu'hier le duc de Son ente m'a payés d'avance.
ZERBINE. Je sais! ces papiers qui pouvaient nuire à la mémoire du vieux duc. J'en ai déjà parlé hier il ma maltresse, qui ne veut pas que votre zèle soit sans récompense, et outre ce que vous avez reçu du seigneur Albert, elle doit ce matin vous donner trois mille ducats.
PiETRO. Il se pourrait! C'est bien là ce qu'on m'aditde la signera :1a bonté, la générosité même! avec de pareilles gens, il y a du plaisir à être honnête; car ce qui décourage souvent la vertu, c'est le manque de gratification; c'est ce que me disait encore hier ce pauvre Gennaio, en me donnant une poignée de main, et celle-là c'a été la dernière !
ZERBINE. Il n'est plus!
PiETRO. Oui, il a fait son temps; n'en parlons y.'lus, parce que, voyez-vous, ça fait quelque chose de voir un camarade qui part comme ça. Dites-moi à quelle iieure je pourrais revenir pour voir la signera, car j'y tiens beaucoup.
ZERBINE. A cause de la gratification!
PIETRO. Non, et peur un rien, j'y reno ferais volontiers.
ZERBINE. Ce n'est pas possible.
PIETRO. Je vous ai dit que je voulais i;;s retirer des affaires, et depuis que j'ai vu Gennaio, j'y suis tout à fait décidé. Franchement, le camarade a eu peu d'agrément, et j'ai idée qu'il doit y en avoir davantage à mourir en honnête homme. Si votre maitresse, dont on vante partout la bonté et la générosité, voulait me prendre à son service, moi et mes nouveaux principes, vrai! elle n'en serait pas fâchée .
ZERBINE. J'entends, monsieur Piétro veut devenir mon camarade ?
PIETRO. Sans doute.
ZERBINE. Et peut-être me faire la cour?
PIETRO. Probablement.
RÉCITA'nF.
Vous plaire, je l'avoue, est ma seule espérance.
ZERBINE
N'y pensez plus, et pour bonne raison ; Car, je vous en préviens d'avance, A mes amants, moi, je dis toujours non i
PIÉTRO
Toujours non !
ZERBINE
C'est là mon système.
PIETRO
Et jamais l'amour lui-même Ne vous a trouvée en défaut?
ZERBINE
Non, je ne connais pas d'autre mot!
DUO
PIÉTRO
Puis-je au moins, et par politique.
Croire à votre protection?
ZERBINE
Non !
PIÉTRO
Comment, non?
ZERBINE
Non.
PIÉTRO
C'est unique.
Près de la signera du moins Vous me serez favoraMe?
Et je puis compter sur vos soiusî
ZERBINE
Non!
PIÉTRO
Comment, non?
ZERBINE
Nen.
PIETRO
C'est aimable!
Vous ne voulez donc pas que 'dans cette maison Auprès de vous je reste?
ZERBINE
Non!
FIORELLA
PIÉTRO
Comment, non, non, encor!
Vouloir me chasser, c'est trop fort!..
Songez donc (|uct destin pénible...
11 laiidra, loin de ce séjour, Et loin de vous, mourir d'amour.
Allons, allons, c'est impossible.
Vous ne serez pas insensible ?
ZERDINE.
Non.
PIÉTBO.
Non ? à la bonne heure au moins.
{À part.) Voilà jiarler, gr;\ce à mes soins.
Je commence enfin à comprendre • Il ne s'agit que de s'entendre !
{Haut.) Vous ne refusez plus mes vœux'?
ZERBINE
Non.
PIÉTRO
Loin de me mettre à la porte, Vous ne voulez plus que je sorte!
ZERBINE
Non,
ENSEMBLE
PItTRO.
Ah! c'est charmant, c'est admirable!
' Un pareil non veut dire oui.
B'auté cruelle, inexorable, Kefusez-mo; toujours ainsi.
ZERBINE
Qu'd est galant ! qu'il est aimable!
Il veut me faire dire : oui; Mais je dois être inexorable, Car la vertu le veut ainsi.
PIÉTRO
0 doux espoir! 6 charme extrême!
Mais on vous mettrait un courroux Si l'on vous disait qu'on vous aime?
ZERBINE
Non.
Non?
PIETRO
Non.
PIÉTRO
Que ce mot est doux!
Et si j'en réclamais un gage, Si j'osais prendre cette main'' Oh! vous vous fâcheriez, je gage?
ZERBINE
Non.
PIÉTRO
Vraiment?
ZERBINE
Non!
PIETRO
Ah! c'est divin!
Mais vous ne pouvez pas, je pense.
D'un baiser vous formaliser ?
Un seul! Ah! c'est en conscience!
Vous ne pouvez me refuser?
ZERBINE
Non.
PILTRO.
Non?
ZERBINE
Non.
ENSEMBLE
PIÉTRO
Ah
c'est charmant, etc
ZERBINE
Qu'
il est f;alant! etc.
ZERBINE. En attendant votre nouvelle dignité, vous pouvez |iartir, car je vous répète que dans ce moment ma maîtresse ne recevra personne.
PIÉTRO. N'est-ce que cela? maintenant que je suis de la
maison, j'attendrai tant (ju'on voudra, deux, trois heures, s'il le faut. {Lui donnant un paquet cacheté.) Kemetlez- Ini seulement ces pa|iiers, c'est tout ce que je vous demande, parce que, dés qu'elle les auras 1ns, elle me fea appeler. Je vais me promener au jardin. Sans adieu, siguora.