‹ Pièces de théâtreChapitre 169 sur 575 · ALBERT, FIORELLA · texte numérisé non relu

ALBERT, FIORELLA

ALBERT. Je vois à votre trouble que ce n'est pas moi que vous attendiez. {Gaiement.) Eh quoi ! Madame, est-ce la l'accueil que vous faites à un preux chevalier qui vient de combattre pour vous''

FIORELLA. Monsieur, par pitié ..

ALBERT, souriant. Que vous réserviez votre colère pour le vainqueur, rien de mieux ; mais on doit des consolations aux vaincus, et je les attendais de votre générosité.

FIORELLA, vivement et avec joie. Quoi ! Monsieur, il serait vrai?

ALDERT Ce mot seul nous a raccommodés, et vous ne m'en voulez plus, n'est-il pas vrai? Oui, Madame, j'étais trop en colère pour remporter la victoire : pour liien se battre, il faut être de bonne humeur, cl Rodolphe avait un sing-froid qui lui donnait l'avantage, c'était une véritable trahison; aussi après m'avoir désarmé : Mainleniiil, me dit-il, expliquons-nous; et il m'a raconté toute voire entrevue de la nuit dernière. Ce malheureu.x-li vous aime autant que moi, mais d'une autre manière; car certainement moi, à sa place, je n'aurais pas été si liéioique. Enfin, nous nous sommes séparés, lui pour continuer sa route, et moi pour accourir près de vous ! Tel est, Madame ,qiioi qu'il en puisse coûter à mon amour-propre, le récit lidêle de notre campagne.

FIOULLLA.

FionELiA. Quoi! il est (larli?

ALBERT. Oui, M.iil.inie; du moins je le cro's...

FioRELLA, doutomeusement. Sans me voir! Adieu, Albert, ailieu.

ALDERT, Que ditcs-Tous! Ce projet dont il m'a parle ser,\il-il réel? soiiirehez-vous encore à l'esiVulei?

FIORELLA. Plus que jamais. Je ne serai ni à lui, ni h \oiis, it si j"ai une dernière grirc à tous demander...

ALBERT. Parlez.

FiuRELlA. Réparez vos torts et les miens; relournez près de Céline, prés de celle qui vous àlme, cl que vous avte abandonnée. AU! je scnslà qu'elle doit élro bien malheureuse !

ALBERT. Qu'exigez-vous de moi? Je ne serai donc plus rien pour vous?

FIORELLA. Vous screz mon ami, et je vais vous en donner une preuve. Ces biens, ces richesses auxquelles je renonce, c'est à vous que je les confie, f 'est vous que je cliaiuerai d'en disposer. De plus, voici îles papiers qui coniprometlaient, dit-on, l'honneur de mon plus cruel ennemi, de celui à qui je dois tous mes maux.

ALBERT. Je sais, c'est un lazzaronc qui vous les a remis.

FIORELLA. Gardez-les, examinez-les, ou plulùt, tenez, soyons généreux même pour sa mémoire, et brûlez-les surle-champ. ,

ALBERT. Je vous le promets ; aussi bien, ot d après ce qu'on m'a dit, il est une autre personne [Regardant Ftoretlea.) à qui ils pourraient nuire. Dans un instant ils n'esisterontplus, mais Rodolphe ..

FIORELLA. Pour mon bonheur, pour mou repos, Je ne désire plus le revoir, je vous le jure ; et quand même je le voudrais, vous savez bien qu'il est parti, qu'il s'est éloigné; car vous êtes bien sûr qu'il est parti?

ALBERT. Je lui ai vu prendre la route de Franco. FIORELLA. Tant mieux ; car il reviendrait maintenant, que j'aurais la force do ne plus le recevoir.

SCENB V.

Les rEi:cLDE:sTs, ZERBINE.

ZEBBiNE. Madame, il y a là quelqu'un qui vous demande. FIORELLA. Laissez -moi, je n'y suis pas, je ne suis pas visible...

ïERBWE. Mais, Madame, c'est lui.

FIORELLA. 0 ciel!

ALBERT, aiec force. Lui', je comprends. (Se reprenant.) Allons! qu'alliùs-je faire? [Haut.] Je ne serai point séuéreux à demi, {Montrant les papiers.) je vais remplir me; serments, et je ne vous forcerai point à tenir les vôtres. Adieu, adieu, je me retire. (Il sort par le fond.)

FIORELLA. Va, Zerbine, va vite, fais-le entrer.

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