SCENE II
BALEIGH, AMY.
{Raleigh est vêtu magnifiquement; Amy est en habit de voyage.)
RALEIGH. Hàtons-nous de traverser cet endroit dangereux, que nous ne pouvions éviter, c'est le seul qui nous conduise directement k lu grande route, où des chevaux nous attendent.
AMY. Non, .je n'irai pas plus loin; je reste ici.
RALEIGB. Y songez-vous! à Renilworlh, (luand nous devrions être déjà sur le chemin de Londres.
AMY. Mais mon père, qu'est-il devenu?
RALEIGH. Vous le saurez,. Milady; mais je vous en conjure, éloignez-vous.
AMY. Non, sir Raleigh, vous m'expliquerez ce mystère. J'ai revu mon père ; j'ai supporté, sans trahir le secret de Milord, ses reproches et son indignation ; mais je ne puis résister aux iiiquiitudes mortelles que votre silence m'insjiire. Qu'est drvenu mon père?
RALEIGH. Calmez-vo.us, il ne court aucun danger; mais il allait vous enlever, vous cacher pourj.iniais dans le fond du Devonshire^ et je répondais de vous au comte sur ma léte. Vous conviendrez que ma position était très-délicate; je n'avais qu'un moyen, violent, i la vérité, mais je n'ai point balancé; j'ai fait arrêter ses pas au nom de Leicester, et par ses hommes d'armes.
AMY. Au nom de Leicesterl et je pourrais souffrir... Je cours m'adresser à Milord, pour que mon père soit mis en liberté, et pour qu'il lui soit permis de retouruei chez lui, dans son ch.Ueau du Devonshire.
RALEIGH. C'est justement là que je l'ai fait conduire; il y restera hbre, tranquille, jusqu'à ce que votre mariag(; soit reconnu; mais je tremble que la reine... elle est déjà aux portes du château. Venez.
AMY. Je ne sortirai pas d'ici que je n'aie vu le comte.
RALEIGH. Trop de dangers vous y environnent.
AMY. Quoi! la comtesse de Leicester ne trouverait ])as d'asile, même dans le château de son époux! que je le voie seulement, et je pars.
RALEIGH. Eh bien! puisque vous l'exigez, attendez un instant dans ce pavillon écarté, et je cours prendre ses ortires; mais il vient sans doute; entendez-vous ce bruit dans les cours du château ?
DUO
Eloignez-vous, quittez ces lieux!
AMY
Un moment, un moment encore :
De ce sprctaclo que j'ignore.
Laissez-moi contenter mes yeux!
RALEIGH
Non, non, il faut quitter ces lieux!
Y rester plus longtemps encore.
Pour nous serait trop dangereux!
AMY, regardant à sa droite.
Quelle est celle troupe guerrière Qui semble marcher au combat?
RALEIGH
De Leicester c'est la bannière!
AMY
Quelle richesse! quel éclat!
Et ces pages ? ces hommes d'armes ?
RALEIGH, voulant l'entraincr.
Ce senties siens, éloignons-nous!
AMY
Ah ! que ce spectacle a de charmes!
Quoi! ces pages, ces hommes d'armes.
Tout appartient à mon époux!
RALEIGH
Ah I vous redoublez mes alarmes.
Eloignons-nous, quittons ces lieux!
AMY
Un moment, un moment encore, etc.
RALEIGH
Entendez-vous ces fanfares brillantes?
Ce cri joyeux, mille fois répété?
Voyez dans l'air ces enseignes fluttautes! La reine vient de ce côté !
AMY
Quoi ! c'est la reine, ô jour d'ivresse! Parmi la foule qui s'empresse.
Ne puis-je donc, cachée à tous les yeux... RALEIGH, effraye.
Y pensez-vous?
AMY
Quel sort heureux!
Mêlant ma voix à leurs chants d'allégresse, Je m'écrierais d'un air content et fier : Vive la reine et vive Leicester! »
RALEIGH, vivement.
Voulez-vous le perdre, Madame!
AMY
Le perdre! ê ciel! lui, mon époux!
A ce mot seul je sens glacer mon àme. {Reprise.)
AMY
Ab ! je pars, je quitte ces lieux, Et]iuisqu'un seul moment encore Peut perdre l'époux que j'adore, D'Amy recevez les adieux.
RALEIGH
Oui, pour lui, pour vous [ihis encore.
Cachez-vous bien à tous les yeux.
(Àmy sort par le pavillon à gauche.)