ELISABETH, LEICESTER
LEICESTER. Nous Toilà sculs ; quel supplice est le mien! et commcut risquer un tel aveu?
ELISABETH, remarquant son trouble. Qu'avuz-vous, Leicester? vous semblez soull'rir.
LEICESTER, troublé. Il est vrai, Madame, j'attendais avec impatience le moment de vous parler; j'ai une grâce à réclamer de Votre Majesté...
ELISABETH. Pouvez-vous Craindre que votre reine vous refuse! vous, Dudley... vous me direz tout à l'heure ce que vous désirez; écoutez-moi d'abord. Vous savez quel fut toujours mon éloiguement ; our un lien que mon peuple brûle de me voir former. Fiére d'avoir seule ramené la pai\ dans mes Etats el ralfernii le trùne chancelant de Henri VllI, j'avais juré de fuir l'hymen et de ne partager avec personne le trùne que jusqu'ici j'ai su défendre ! mais le due d'An, ou et Philippe II prétendent me contraindre par la force des armes à prononcer entre eux...
LEiCESTEE. Un pareil motif pourrait-il influer sur vos résolulions'? le peu|de anglais défendrait la libellé de sa souveraine comme il a défendu la sienne. Laissez Philippe H rassembler ses vaisseaux, vous menacer de cette Hotte formidable, qui viendra se briser sur nos eûtes; je çruiderai [uoi-méme vos soldats, toule l'Angleterre à la défense du troue, trop heureux de mourir eu fais int respecter vos ordres souverains et l'indépendance d'F.lisjbeth!
ELISABETH, l'observaitt. Ainsi donc, Leicester vous me conseillez de refuser ces deux princes, et de ne pas me donner un m litre! j'apprécie la noblesse du sentiment qui vous anime, mais je ne suivrai qu'une partie de votre conseil.
LEICESTER. Comment, Madame ..
ELISABETH. Il est tenips de calmerlescraintesduroyaume, de Gxer les destins de l'Etat; mais, en choisissant un époux, je ne céderai point aux vœux ambitieux des puissances de l'Europe; je ne donnerai pas à mes fidèles sujets l'humiliiilion d'obéir à un prince étranger; si je leur donne un roi, c'est dans leur sein que je veux le choisir, parmi ces nobles soutiens de ma gloire, parmi ces braves gentilshommes qui n'ont pas craint d'unir leur fortune à la mienne, qui ont tout soulfert, tout bravé pour assurer le lrioin|ihe «le mes droits. Voilà le seul épuux digue d'Elisalielh, cilui ilont elle pourra s'enorgueillir, celui (pie l'Angleterre aiqielle sur le Irùue ; et cet époux, Milord, c'est vous.
LEICESTER, épcrdu. Moi! grand Dieu!.
DUO
ELISABETH
Oui, Leicester, oui, c'est vous-même.
Vous, il qui je dois mes succès, Qui méritez le diadème Et les hommages des Anglais.
LEICESTER, troublé.
Moi! partager le rauL' suprême?
ELISABETH
Dès ce soir, aux yeux de ma cour, Et ma main et le diadème Récompenseront votre amour.
LEICESTER, à part.
.\li! malheureux! et la comtesse!
Déjà, par mon ordre avertis,
Les princes, les pairs,ma noblesse, Dans ce château sont réunis !
Devant eux nous serons unis.
Et demain, dans ma capitale.
Moi-même je veux ordonner
La pompe triomphale
Qui doit vous couronner.
ENSEMBLE
ELISABETH, à part.
Quel désordre! quel trouble extrême De plaisir agite son cœur!
Je lis dans ce désordre même, Et son amour et son bonheur.
LEICESTER, à pOTt.
Helas ! je ne sais plus moi-même
Ce qui se passe dans mon cœur!
Il me faut fuir le rang suprême.
Il faut renoncer au bonheur!
ELISABETH, souriant.
Je suis encore votre reine ; Mais jusqu'à cet instant si doux Où vous deviendrez mon époux...
Parlez, de votre souveraine
Quelle grâce attendez-vous LEICESTER, troublé.
Quelle faveur'?
ELISABETH
Pouvez-vous craindre Que je refuse mon époux?
LEICESTER, à part.
Jusleciel! comment me contraindre?
ELISABETH
Parlez, parlez, qu'exigez-vous?
Cette gr.\ce...
LEICESTER, IlOTS de luï.
Moi ! moi . Madame, J'ai demandé?., jiardon... pardon...
Le trouble de mon àme...
Je ne saurais retrouver ma raison.
(Se jetant à ses pieds.) Mon cœur, séduit de t:mt de gloire,' Ce choix auquel je n'ose croire...
Dans mes sens, un ilésordrc affreux...
Ah! je voudrais expirer à vos yeux!
ENSEMBLE
ELISABETH
Quel désordre ! quel trouble extrême ! etc., etc.
LEICESTER
Hélas! je ne sais plus moi-même, etc., etc.
ELISABETH, émue Ce trouble ne peut me déplaire; mais on vient; levez-vous, Milord, el ne confiez à personne un secret que je me réserve d'.ipprendre à ma cour, quand il en sera temps.
LEICESTER, à part. Où me cacher?