ROBSART ET ELISABETH
Son époux !
LEICESTER, avec feu.
Oui, par les nœuds de l'iiyménéc, Amy Robsart est enchaînée.
Seul, je connais son choix, et ne saurais souffrir Qu'en ma présence on ose l'avilir!
ROBSART
Serait-il vrai?
LLisABETii ai-ec défiance, et regardant Leiccstcr. Par riiyménée Amy Robsart est enchaînée?
{Avec force.) Qui donc'? qui donc est son époux?
LEICESTER, s'avançatit.
C'est... (/( s'arrête.) ô ciell
ELISABETH
Eh bien?
[I.ekestcr ne peut répondre, Italeir/h, qui était parmi les courtisans se présente hardiment.)
RALEIGH
C'est moi!
ELISABETH
Vous!
Quel est doue ce mystère; Et qui dois-je accuser?
M.iliieur au léméraire Qui voudrait m'abuscr!
CHŒUR
Quel est donc ce mystère?
Qui doit-elle accuser?
IMalhcur au téméraire Qui voudrait l'abuser!
LEICESTER
Grand Dieu! dois-je me taire?
Ou faut-il m'accuser?
Hélas ! à sa colère Je n'ose m'cxposer.
ROBSART
Quel est donc ce mystère, Et qui dois-je accuser?
Mallieur au téméraire Qui voudrait m'abuser!
RALEIGH
Ah! puisse-t-il se taire; Je dois seul m'exposer.
Je crains peu sa colère.
Je saurai l'apaiser.
ÉLisABiTii. Vous, R.deigh! l'époux d'.\my Robsart?
BALEiGH, serrant la main de Leicester. Oui, Madame : c'est assez, Miloid, je ne souffrirai pas que votre amitié vous compromette davantage ; quel que soit le destin (|ui m'attende, je serais coupable si je laissais plus longleraps votre grâce en butte â des soupçons qui peuvent tlétrir son hoiiULUr !
hobsaut. Waltir Raleigh, l'époux de ma fille! vous que j'ai vu liiir (l.ius l'abbaye de Gumnor!
liALtiGH. Vous le voyez. Madame, ce mot explique tout le mystère; c'est moi qui, pour échapper aux reclierches de celuique vous avez ollénsé, suis venu, sous un nom emprunté, demander un asile au comte de Leicester , mon amour pour l'aimable Amy Robsart n'est point un serret : (oui le Devoushire sait que j'ai longtemps brillé pmir elle ;
lord Lcicestor avait seul mon secret, je lui rends grAre de l'avoir gardé avec tant do fiilélité; mais du moment qu'il pouvait l'exposer, j'ai dû parler, j'ai d^^ déclarer toute la vérité... {S'inclinant.) Si votre colère veut frapper, je vous livre le coupable!
LEICESTER, à part. Juste ciel! et je n'ai pas la force de le dcnicntir!
ELISABETH. Mais vous, comte, comment vous trouviezvous hier soir à Cumnor?
LEICESTER, encore troublé. J'ai eu toit sans doute, puisque Votre Majesté me désaïqu'ouve; je savais, Madame, que vous deviez honorer Kenilworth de votre visite; au lieu de m'arréter à Lemington et de me livrer au sommeil, j'ai cru (|u'il était de mon devoir d'assurer votre route, de donner des ordres nécessaires...
ELISABETH, bas, à Ralciijti. Un seul mut, Raleigh, et, sur votre honneur, gardez-vous de me trom|ier; le comte connaissait-il votre femme? l'avait-il iléjà vue?
RALEIGH, à demi-voiJC. Sur mon honneur. Madame, j'atteste que Milord n'a jamais vu ma femme. ELISABETH. Pas même hier?
KALEiGU. Non, Madame, il ne m'a pas demandé à lui èlrc présenté; depuis quelque temps, le noble comte n'est plus rcconnaissable; il est pour toutes les bpaut'''S de la cour d'une indifférence que ses amis ne peuvent s'expliquer, et qui même...
ELISABETH, sowrmnf. Fort bien, sir Raleigh, je Démettrai pas longtemps votre discrétion à l'épreuve, (.i Leicestér, avee bonté.) Venez, Leicesler, je vous dois des excuses; je me reprocherai toujours d'avoir pu soupçonner le noble lord Dudley, le plus fidèle de mes serviteurs, capable d'une trahison... {Elle lui tend la main.)
LEICESTER, la baisant. Ah! Madame, vous me rendez la vie !
ELISABETH, à Robsart. Allons, sir Rolisart, nous vous donnons l'exemple de l'indulgence, imilez-uous; Raleigh l'ut bien coupable sans doute, mais enfin, il est l'époux do votre fille, il est aimé, pardonnez-lui.
ROBSART. Je ne pardonnerai qu'après avoir vu ma fille, qu'après avoir appris d'elle si c'est librement et de son choix...
ELISABETH. C'cst uue Satisfaction que Raleigh ne peut vous refuser; ipi'on fasse venir Amy Robsart. LEICESTER, à part. Grands dieux!
RALEIGH. Je suis désolé de ne pouvoir obéir dans ce moment 4 Votre Majesté; craignant que sir Rufisart ne vint pour m'enlever ma femme, je l'avais fait arrêter luimême ; car c'est encore moi qui suis cou[)able des ordres donnés au nom du comte de Leicestér.
ELISABETH. Eh! mais, voilà qui est plus sérieux; faire arrêter votre beau-père! nous ne connaissions pas encore ce moyen d'arranger les affiiires de famiile.
RALEIGH. Pendant ce temps, je faisais partir ma femme le plus secrètement possible pour la terre de I.uilge-H.ill, cpie je possède dans le comté de Eerks.
BOBSART, V craminant . Dans le comté de Berks, la terre de Ludge-Hall ?
RALEIGH. Oui.
ROBSART. Il n'y a que deux jours de dislance?
RALEIGH. Il est vrai.
HOBSABT. J'y vais moi-même pour m'assurer de la vérité; Sa Majesté pardonnera bien cet excès de défiance à la sollicitude d'un père?
ELISABETH. Allez, sir Robsarl, j'y consens, je veux mêni ■ que Raleigh vous accompagne; il n'est pas jusir qu'un nouveau marié soit si longtemps séparé de sa femmr!
RALEIGH, s'inclinant. Votre Majesté est trop bonne.
LEICESTER, à part. Allons, il ne manquait plus que cela.
RALEIGH, bas, à Leicestér. De grâce, contraignez-vous.
LEICESTER, Je mcmc. Non, c'en est trop, et je ne soiil'tVirai pas. (Haut, à Elisabeth.) Madame, je demanderai à Votre Majesté un moment d'audiunce.
ELISABETH. Nous VOUS l'accordcroiis volontiers, Milord, car nous avons il vous consulter sur uni' drprcln importante; mais je vois votre intendant qui meurt d'envie de me montrer le plan de la fête.
DOBOOBiE. Oui, Madame, c'est, je crois, une idée assez ingénieuse, que je serais trop heureux de soumetin.' a Votre Majesté. (Pendant (pie lu reine regarde, Italeii/li s'approche inventent de Leicestér et lui dit à roix busse : )
uAi.EiGH. Que préicndoz-vous faire?
LEICESTER
LEiCESiEn. Tout avouer, ma positioa est trop pénible...
RALEiGH. y pensez-ToHs?
LticESTEB. Un aveu peut seul (l.Mourner la tempête.
nALtiGH C'est nous p.rilro.
LEICESTER. Moi, peut-être! mais ne craignez rien pour vous, je saurai vous mettre a l'aljri Ju ressenlimeul île Il r.ine! Reudez-mii le dernier service de faire tout disl'Oser pour mon départ, et revenez ici m'avurlir; j'aurai tout déclaré ;i Elisabeth, et lui aurai dit un éternel adieu.
ELISABETH, fermant le papier. C'est à merveille, et nous ne douions poiut que l'exécution n'y réponde. {Kaleiyli Aort.) A tantôt, Milord. Nous nous revenons {Â Doboobie et aux paysans.) Laissez-nous.