‹ Pièces de théâtreChapitre 211 sur 575 · CHANSONNETTE · texte numérisé non relu

CHANSONNETTE

PREMIER COITLET.

Il L'Iait un vieux bonliummo Aussi vieux que lîan-abas, Avec son habit vcrt-|iomnio Et sa peirminc a tVimns, Coulant sa llanimo amoureuse A Nancy la rcinisscuse, Qui, fie'lonuaut soir et malin.

Lui répétait pour tout rulraii] :

(Elle repasse.) Repassez demain

MADAME UAKNEK.

Que faites-vous dune, lleurielle?

IIENRlETTli.

Je viens i-epasser sans fM(;an Et mon njle el ma cuU relt.'.

MAnAMK IIAUNEK.

Cet air n'est pas dans votre rùlc?

UENRIETTE.

... Eli non!

C'est une vieille chansonnette !

MADAME UARNEK.

User sa voix à ces bétise<-l,"i, Lorsi|Me l'on a l'honneur de chaolcr l'oiiéra !

UEMUEITE.

R.iison de plus.,. i;.i me délassera!

DEUXIÈME COUPLET

le veux le plaire, et j'y coniiite; Ce front qui parait caduc, M.i cliere, est celui d'un comte...

Eb! fi'il-il celui d'un «lue !

J'admire, mon gentilbumme.

Vous et voire habit vort-pominc; Mais, hélas! mon cœur inhumain N'est pas sensible ce matin,

[Elle repasse.) Repassez demain.

MADAME iiARNEK, avcc impaticHce.

Mais tais-toi donc! tais-loi, tu in'cmpi)cbcs de lire! [Lisant.) « Belle Henriette! je soupire, « Je bride d'un lendie martyre.

« Hélas! (piand prendrez-vons enfin « Pitié de mon cruel ilesliu'? »

HENRIETTE, qui s'est mise devant la table à repasser sa collerette.

Tra, la, la, la, la, la.

Repassez demain, repassez demain.

MADAME BARNEK, ouccant uu uutre billet, u Sans bien et sans richesse, ■.( Je n'ai que ce cœur qui gémit... n

[S'interrnmpant ) Mon Dieu ! comme c'est mal écrit !

{Usant.) (t Mais je vous olfrc, ma déesse, « D'un baron le tilre et la main. »

iiENUiETrE, de même.

Tra, la, la, repassez demain de bon malin. (.1 madame liarnek.) Que lisez-vous?

MADAME RARNEK.

Des billets doux.

Écoute bien !

UENRILTTE.

Je Us connais d'avance :

Soupirs .. amour... élcrnclle constance. . Voilà, voilà, comme ils sont tous !

ENSEMDLE.

Aussi, loin de croire Leur style flatteur.

Mon art fuit ma gloire Et mon seul l)onbeur !

Travail et folie.

Succès et gaité.

Voilà de ma vie La félicité!

MADAME BARNEK.

Hélas! loin de croire Mon Age et mon cœur, Une vaine gloire Fait son seul bonheur !

Misère et folie.

Chansons et gaîté.

Voilà de sa vie La félicité !

MADAME DARNEK, qui a parcouru un dernier bil'el. Ecoule, écoule cependant, Voici (|urli|u'un de sage et de prudent I « .\ vus pieds .j'offre, mon enfant, « Quarante mille écus de renie !

« A votre res|iectable tante « Je prétends assurer un sort! »

C'est du vieux comte de Monifort!..

HENRIETTE, sans lut répondre, et reprenant sachansonnelte.

Il était un vieux bonbnnime, Aussi vieux i|ue 13irr,d).is, Avec son bab.t verl-pommc Et sa perruque à Irinias...

MADAME BARNEK.

Quoi! cette lettre intéressante...

HENRIETTE

Tra, 1,1, l.a, la, la...

MADAME BARNEK.

Colle lettre si prcssanle... HENRIETTE, la prenant, aimi que les autres, et les jetant dans le fourneau.

Tenez! voilà ce que j'en fais :

Cela ne vaut pas un succès.

EttSEUBLE.

HENRIETTE

,\nssi, loin de croire Leur style flatteur, Mon art l'ait ma gloire Et mon seul bonheur!

Travail et folie, Succès et gaité, Voilà de ma vie La félicité!

MADAME BARNEK.

Hélas! loin do croire Mon ilge et mon cœur.

Une vainc gloire Fait son seul bonheur Misère et folie.

Chansons et gaité.

Voilà de sa vie La félicité!

MADAME BARNEK. Avoir brillé Un pareil billot!., voilà les fruits de l'excellente éducation que je vous ai doninu;.

HENRIETTE, souriant. Que vous avez tout au pins continuée, ma tante... car sans la mort de ma bonne marraine, cette feinine si noble, si distinguée, qui m'a élevée, je no serais peut-être jamais entrée nu lliéàtre... mais je me trouvai alors sans appui... sans fortune... vous m'avez recueillie ! . (Lui tendant la main avec affection.) Et je ne l'oublierai jamais!..

MADAME RARNEK. Maiiiècc... VOUS in'atteudrissez! .. niais <|ui vient là '/

L'AMBASSADHICE.

bl

sœNE m.

Les pnÉcÉDENTS, charlotte.

nENniETTE. Ail ! c'est Cliarlolte.

MADAMt DABNEK. Lajolio rlianlcusc.

HENRIETTE. Et ma nieillcui'c amie.

MADAME BARNEK. La ]ihis iniiivaiso langue du foyer.

CHARLOTTE. Coiijour, Huurictle, bonjour, niaJame Birnck... Mon Dieu.' qu'elle est grande, relie maudile ville de Munich... je n'en nuis plus !.. avec caque vou» demeurez SI haut, mad.ime Barnek.

MADAUE BARXEK. Un étage de moins que vous. Mademoiselle, fias davantafte.

CHARLOTTE. Au fait, c'cst possiljIc,jc ne compte pas avec mes amis.' A propo.s, Henriette... j'avais à te parler.

niNRiETTE. Sur quoi donc'?

CHARLOTTE, de même. A toi, à toi seule.

HENRIETTE. Oh I uc te Qiaa pas avec ma tante, je lui dis tout.

CHARLOTTE. Eh hicH ! ma chère, comme je snis ton amie, (pic toutes deux nous tenons à notre réputation, parce (pie la réputation avant tout! je venais te prévenir qu'il roui t des hruits sur ton compte.

HENRIETTE. Et qu'cst-cc qu'on peut dire'.'

ciiARLOTiE. Ahl d'abord on dit toujours, même quand il n'y a rien... à plus forte raison...

HENRitTiE. Et qu'est-ce qu'il y a donc'?

CHARLOTTE. Ce qu'il y a!..

PREMIER COIPLET.

Il est, dit-on, un beau jeune lummc Qui, de très-près, lui l'ait la cour.

J'ignore comment ou le nninme ; Mais pour elle il se meurt d'amour.

Voilà ce qu'on dit.

Ce que l'on dit, car...

Dans tous nos foyers ou est si bavard ;

Chacun y médit

Du matin au soir Sur les amoureux que l'on peut avoir.

Là, c'est un amant

Que l'une vous donne ;

Là, c'est un ainaut

Que l'autre vous prend.

Leurs discours micliauts n'épargnent (crsonnc. Moi-même j'en suis victime souvent.

Aussi, moi je hais

Les moindres caquets,

Et, je le promets.

Je n'en fais jamais.

DEUXIÈME COUPLET

.absent siliit qu'elle est absente, l'our l'admirer il vient exprès.

Il l'applaudit quanil elle cliaiite.

Et lui jette après des bouquets...

Voilà co qu'on dit.

Ce que l'oudit, car...

Dans tous nos foyers on est si bavard, etc., etc.

MADAME BARNEK Eli bien! ((uand ce serait vrai. . c'ist un boninie qui aime la musique ..un amateur dùsiuléruisé.

CHARLOTTE. Désintércssé?. . . Hier encore, il a demau lé l'adresse d'Henriette à la portière du tliéitre.

MADAME BARNEK. Cela prouve qu'il n'est jamais venu "ci.

CHARLOTTE. Mais qu'il veut y venir.

HENRIETTE. Où cst le mal?., c'est uu ami... il m'applaudit toujours, et cela me f.iit plaisir.

CHARLOTTE. Voilà comme OU sc compromet... car dcijuis hier il n'est question que de cela ; d'où vient cet amateur ?. . quel est-il? moi, je n'en sais rien. . je ne l'ai p.as vu... sans cela, je l'aurais signalé... tant il y a, et je dois t'en prévenir, que ce pauvre Bénédictcst furieux.

MADAME RARXEK. Béllédict I

CHARLuTTE. Nolrc jeuuc premier... notre ténor qui est amoureux d'elle.

MADAME BARNEK. .\moureu\!

HENRIETTE. Tais-toi donc.

CHARLOTTE, à madame Barnek, sans écouter TTenrietle. C'est de droit... le ténor est toujours amoureux de la première chanteuse... c'est de l'emploi... et celui-là le remplit en conscience... il en perd le sommeil, il en perJ l'esprit, il en perdrait la voix, s'il en avait jamais eu.

HENRIETTE. Est-ellc méchante!

CHARLOTTE. Du tout... Car je le plains... un lentil garçon, un bon camarade... que nous aimons toutes... et lui qui n'est pas bien avancé, toi qui n'as encore que deux mille florins d'appointements... c'était bien, c'était un mariage sociable. .. car maintenant dans les arts, ou épouse toHJnurs, tint d y a de mrurs... il n'y a même pas que là où l'on en trouve... Aussi, tout le monde approuvait Henrletle... et voilà qu'elle va s'amour.aclicr d'un incounu...

HENRIETTE. Moi!

CHARLOTTE. Laisse donc !

HENRIETTE. Je te l'assure.

CHARLOTTE, MoH Dicu I ma clièr.!, c'est assez visible... je me connais en passion romanesque... moi-même, j'en ai iusiiiré une icrriblo.

ULNiiiETTE. Vraiment?

CHARLOTTE. Oui, un étranger de distinction, que j'ai rencontré quelquefois.

HENRIETTE. Il t'a parlé?

CHARLOTTE. Jamais... Et ma réputation! mais il me regard.iit avec des yeux... ah! ma chère, quels yeux! puis tout à coup, je ne l'ai plus revu... mon indifrereuce l'aura guéii de son amour... Il en est peut-être mort! Ainsi, tu vois, je suis franche, et tu ferais bien de l'être avec moi qui suis ta meilleure amie.

MAD.iME BARNEK. Par exemple!

CHARLOTTE. Oui , Madame, oui, je l'aime... quoiqu'elle ait du lalcnt, parce qu'elle n'est ni méchante, ni intrigante comme les autres... et moi, tant qn'ou ne m'enlève pas mes adorateurs ou mes rôles, je suis la bonté et la douceur en personne.

HENRIETTE, souriant. C'est trop juste.

CHARLOTTE. N'cst-il pas vrai?., et, pour te le prouver... nous avons ce soir, entre amis, entre c.imaraJes, une petite fêle, une réunion, qui ne peut avoir lieu sans toi... et je viens t'invitcr.

HENRIETTE. Ça ne se peut pas... nous donnons une pièce nouvelle.

CHARLOTTE. N'est-ce ijue cela? j'ai fait dire à Bcuédict d'élre enrhumé.., il ine l'a promis.., il est si bon enfant!., de soric qu'il y a relâche... et rien ne nous empêchera de nous amuser,

HENRIETTE. C'cst très-mal.

CHARLOTTE. Tiens! ce scrupule!

MADAME BARNEK, écoutciil OU foiid. Silence! Mesdemoiselles, . j'entends une voiture. . c'est celle de notre diiecleur, M. Fortunatus, pour le renouvellement de rengagement irHennelte.

CHARLOTTE, à Henrielle. .\h ! tu renouvelles?., à de belles conditions au moins'?

HENRIETTE. Je n'en sais rien... je ne me mêle jamais de ça.

MADAME RARNEK, à Charlotte. C'est moi que ça regarde, Mailemoiselle; les engagements sont de la compétence des grands parents... quant aux coiidiliniis, i;a sera maguiiique, surtout après notre succès d'hier au soir.

CHARLOTTE, riant. .\h! oui, les couronnes!., je les avals vu faire le matin,

MADAME DABNEK, piquée. Ça prouve qu'on ne doutait pas du succès du soir.

CUAHLOTTE. Comment donc? la veille d'un engagement, est-ce qu'on doute jamais de çj? A propos, madame lî.irnck, ililes donc à votre [lelit cousin de ne pas redi'mauder llciiriette si fort... ou n'entendait que lui hier au soir au parterre.

L'AMBASSADRICE

MADAME BAnNE'i. Mademoiselle, mon cousin fait ce qu'il veut... je iiL' m'en miMe pas. (Allant écouter à la fenêtre.) Voici notre directeur, laissez-nous. Mesdemoiselles , laissez-nous.

HENRIETTE. A la bonne heure... je vais m'occuper de mon costume.

CHARLOTTE. Je t'y aiderai... tout en causant du lui Inconnu, sans oublier ce pauvre Bénédict. {Elles entrent dans la chambre à droite , sur la ritournelle de l'air suivant )

MADAME BARNEK. Voilà M. Ic directcur... Eli bien! ce réchaud qu'elles ont oublié... de quoi ça a-t-il l'air ici!., comme c'est rangé !.. ah ! et notre ensaiienicut ? qu'est-ce que j'en ai fait?., il doit être là-dedans, courons le chercher. [Elle sort en emportant le réchaud.)

Page 1