‹ Pièces de théâtreChapitre 238 sur 575 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

CHARLOTTE, LE DDG.

CUARLOTTE. Ail! VOUS Voilà enlin, monsieur le duc!

LE iiuc. Oui, Mademoiselle ; je suis entré par la porte de la salle. (.1 pari.) Où Henriette n'est ]ias encore arrivée!

CHARLOTTE, riant. Quand je vous disais. Monseigneur, que j'aurais mon audience !

LE DUC. Il l'a bien fallu ! après ce qui s'est passé ce matin!., avec une tète comme cela, on est capable de tout!

CHARLOTTE, riant. Même de la perdre pour être agréable à Monseigneur... c'est du moins ce que voulait son excellence... il y a un mois, à Vienne!

LE DUC, contrarié. Ne parlons plus de cela, Charlotte; je fus un instant bien fou, bien étourdi.

CHARLOTTE. Certainement!., m'avoir laissé croire que votre amour pour Henriette n'existait plus...

LEDUC. J'eus toit, j'en conviens. .. je fus entraîné!., charmé, malgré moi, par des talents, des grAces, des succès, qui me rappelaient ceux que j'adorais dans Henriette.

CHARLOTTE. Et Monseigneur voulutme séduire paramour pour une autre.

LE DUC. Pas précisément! .

CHARLOTTE. Tenez, monsieur le duc, je me suis dit souvent que ce que vous aimez en nous, vous autres grands seigneurs, c'est moins la femme que l'actrice... vous adorez chaque soir Ninette, Desdemone; m.ais, par malheur, votre passion finit souvent avec la pièce, et la plus grande artiste du monde ne sera pas plus aimée qu'une femme ordinaire le jour où, comme Henriette, elle descendra du trône... Eh mais! Dieu me pardonne, je crois qu'il ne m'écoute pas !

LE DUC, avec distraction. Si vraiment, j'admirais votre raison.

CHARLOTTE. Écoutez (lonc, on ne peut pas toujours être folle, quand ce ne serait que pour changer.

LE DUC. Sans doute, Charlotte ; mais l'objet de votre demande... car vous en aviez une à me faire...

CHARLOTTE. Oui, j'ai besoin de votre crédit... vous m'aviez promis, à Vienne, un dévouement éternel...

LE DUC, embarrassé. C'est-à-dire, Charlotte...

CHARLOTTE. Comment, Monsieur? est-ce que vous l'auriez oublié?

LE DUC. Non vraiment... mais c'est que...

CHARLOTTE, avec malice. C'est qu'on est sujet à manquer de mémoire, parmi nous autres comédiens...

LE DUC, avec fierté. Vous parlez de vous ..

CHARLOTTE. Dc VOUS aussi, messieurs les diplomates... Le théâtre est idus grand... voilà tout... nous jouons le

L'AMBASSADRICE

soir, et vous toute la journée... voilà la différence... Si bien que voué m'avez dit : Charlotte... disposez de moi... de mon crédit...

LE DIX. Et je le dis encore...

CHARLOTTE. A la bonne heure... je vous reconnais... Et, comme vous êtes tout-pniss;mt auprès du roi... il s'agit seulement, et à ma recommandation, de faire un colonel.

TE Dic. Y pensez-vous?

CH.4RL0TTE. Quelqu'uu qui a des droits. . . un jeune homme charmant...

LE DUC. Que vous protégez?

ciuRLUTTE, riant. Vous le voyez bien.

LE DIX. Que vous aimez, peut-être ?..

CH.4RL0TTE. Et quand il serait vrai... si je veux me marier aussi !.. Fallait-il donc rester insensible; et garder toujours son cœur ici... à Berlin, pour qui? pour le roi de...? Ah! ma foi non... Ainsi, Monsieur, quant à mon protégé... je vais vous conter cela, nous avons le temps!

LE DIX, avec embarras. Non, Cbarlollo, non!., en restant ici... plus longtemps... je craindrais...

CBARLOTTE. Pour vous... Monseigneur?

LE DIX. Pour vous... Charlotte... le spectacle va commt-nccr, et vous chantez ce soir.

cn.\RLOTTE Ne craignez rien, je me suis arrangée... un enrouement tout exprès à votre intention, et ce qui m'élonne, c'est qu'on n'ait pas encore changé le speelade... on donne toujours le Sultan Mizapouf... {Vivement.) Je vois ce que c'est... pour ne pas perdre la lecctte, on a laissé l'afEche; on fera une annonce, et ce sera la troisième chanteuse, la petite Augela, qui dira mou rôle.

LEDUC. Mais cela va causer un tapage!..

cii.\RLOTTE. Je l'espcre bien !.. et nousl'entendrons d'ici, en loge grillée, c'est délicieux! et puis Angéla est une bonne enfant, que j'aime bien... mais elle sera mauvaise! ah! ce sera amusant! vous verrez!

LE DUC, à part. C'est singulier... elle ne m'a jamais jiaru si jolie. [Haut.) 11 estduiic vrai, Charlotte, que vous allez vous marier, sans hésiter, sans réfléchir?

CH.ARLOTTE. Si On réfléchissait ou ne se marierait jamais.

LE DUC, soupirant. Atil il est bien heureux.

CHARLOTTE. Qui? le colonel.

LE DUC. Il ne l'est pas encore.

CHARLOTTE, c'est tout couimc, vous l'avez promis.

Lt nue. Je n'ai#ien dit.

CHARLOTTE. Oh! c'est convenu, ou sinon... DUO.

CHARLOTTE

Je m'en vais

Pour jamais.

A vous fuir je mets ma gloire.

Et je pars : laissez-moi. Non, je n"ai plus de mémoire.

Voyez pourtant,

Voyez comment On veut to\ijours ce qu'on défend.

LE DUC

Non, vraiment.

Un instant, A me fuir tu mets ta gloire;

Non, ma foi.

Souviens-toi, Ah ! tu n'as plus de mémoire.

Jamais son œil vif et piquant N'eut plus d'attraits qu'en ce moment.

CHARLOTTE

Allons, finissez, ou sinon...

LE DUC

Crier ainsi...

CHARLOTTE

Mais il le faut

LE DUC

Vit-on jamais crier si haut?

CHARLOTTE

Finissez, ou saion Je m'en vais, etc.

LE DUC

Il faut franchement qu'on s'explique.

C'est héroïque.

Servir un rival!

CHARLOTTE

C'est Ires-bien!

LE DUC

Mais en ce monde, rien pour rien.

CHARLOTTE

Monsieur est toujours diplomate?

LE DUC

Je suis généreux.

CHARLOTTE

J'entends bien.

LE DUC

Mais vous...

CHARLOTTE

Moi, je suis très-ingrate!

LE DUC

Rien qu'un baiser, je vous prie...

CHARLOTTE

Non, non, de vous je me défie...

Et puis, le monde en parlera!

LE DUC

Le monde! eh! qui donc le saur.i?

CHARLOTTE, riaiil.

Voyez donc comme il s'humanise!

LE DUC, voulant l'eynbrasser.

Je brave tout en cet instant !

CHARLOTTE, riant.

Vous ne craignez plus qu'un médise?

LE DUC

Rien qu'un baiser!

CHARLOTTE

Non, pas en ce moment.

Munseigueur, votre femme attend!

(On entend un grand bruit au fond accompagnant le chœur suivant.)

CHŒUR

LES SPECTATEURS, dans la salle.

La pièce! la pièce!

C'est attendre assez .

La pièce ! la pièce !

.\llons, qu'on se presse !

Allons, commencez!

CHARLOTTE, OU duC,

Ecoutez! écoutez! silence!

Nous allons rire, ça commeuce!

LE DUC

Rire de quoi?

CHARLOTTE

Mais du début, El del'ajinonce qu'on va faire!

De Bénédict c'est l'atlrihut; Et le public, qui gronde et menace, Pauvre garçon! va bien le recevoir.

En apprenant, ce soir.

Quelle est celle qui me remplace.

CHŒUR, au fond. La pièce! la pièce!

Allons, paraissez!

La pièce! la pièce!

Allons, qu'on se presse!

Allons, commencez!

[Le duc et Charlotte s'approchent du fond pour écouler. Le duc baisse les stores, et l'on voit Bénédict haranguer le ptiblic.)

BENEDICT, au fond, parlant sut la ritournelle. « Mes- « sieurs, mademoiselle Charlotte se trouvant nibitement « indisposée...

PREMIER CHOEUR

A bas! i bas!

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