‹ Pièces de théâtreChapitre 25 sur 575 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

LESTOCQ ; DIMITRI, sortant de la porte à gauche.

LESTOCQ. 0 destinée des empires! c'est pourtant de lui maintenant, de lui et de son amour, que dépondent le sort de la Russie et le nôtre... A quoi penso-t-il?

DIMITBI, à part. ^Refuser de me voir en l'absence de son mari; ne pas me recevoir; tout est fini! elle m'a oublié; son cœur est à un autre, et jo n'ai plus qu'à mourir!

LESTOCQ. Mon capitaine!

DIMITBI. Ah! c'est vous, docteur.

LESTOCQ. A qui ]iensiez-vous lit?

DIMITRI. A me faire tuer, et c'est le ciel qui vous envoie.

LESTOCQ

LESTOCQ. Pour vous guérir et vous consoler. Eles-vous toujours amoureux?

vimTRi. aveccolére. Eh! morbleu! oui; et j'ai graml tort.

LESTOCQ, vivement. Du tout; c'est bien, jeune homme, très-bien; c'est ce qu'il faut; une pareille constance vous fait honneur!

DiMiTBi. Bel honneur «tbeauproDt! quand un tel amour n'est qu'une folie, une extravagance; quand on aime sans espoir...

LESTOCQ. Et s'il y en avait; si celle que vous aimez, toute grande dame qu'elle est, partageait votre amour...

DiMiTRi, lui sautant au cou. Ah ! docteur, s'il était vrai, tout mon sang serait à vous; mais qui vous l'a dit! quelle preuve? quel témoin?

LESTOCQ, à demi-voix. Elle me l'a avoué i moi-même.

DiMiTHi. A vous, tandis (|u'avec moi cette froideur, cette indifférence; elle me craignait donc?

LESTOCQ. Eh! oui, sans doute; n'o-t-elle pas tout i craindre? et (|uand vous l'accusez d'indifférence, c'est elle au contiaire qui doute de voire tendresse, qui en exige des preuves.

uiMiTRi. Parlez; tout ce qu'elle voudra. Tout m'est possible si je suis aimé d'Eudoxie

LESTOCQ, stiiprfait.Ha'm'. que dites-vous là? quel nom?

niMiTRi, i'(reme«(. Eudoxie, madame Golofkin, comme vous voudrez ! Parlez, docteur... Qu'avez-vous donc?

LESTOCQ. Rien! {.i part.) C'est fait de nous!

DiMiTRi. Est-ce que vous vous trouvez mal? vous faut-;l un médecin?

LESTOCQ, cherchant à se remettre. Eh! non, vraiment; ne faites pas attention... [Cherchant à sourire.) Nous parlions donc de votre amour : vous disiez que vous aimiez madame Golofkin.

DiMiTni, à hiulc voix. Depuis que je me connais; depuis mon enf.mee, je n'ai jamais aimé, je n'aimerai jamais qu'elle.

LESTOCQ , tout en tremblant. Silence ! il ne faut pas dire cela, il ne faut jamais en p;irler, ici surtout.

DiMiTRi. Vous avez raison, à cause de son mari ; et encore, puisqu'elle m'aime, puisqu'elle vous l'a dit, je me moque maintenant du mari, et si je puis trouver une occasion de me rencontrer seul avec elle ..

LESTOCQ, avec effroi. Y pensez-vous!

DiMiTRi. Certainement! Mais vous parliez tout à l'heure des preuves de tendresse qu'elle exigeait de moi, quelles sont-elles?

LESTOCQ, arec embarras. M'y voici! En mé faisant un tel aveu, en me permettant de vous en faire part, elle a droit de compter sur votre discrétion et votre dévouement...

DiMiTRi. Ma vie entière est ,i elle.

LESTOCQ. Eh bien! pour la rassurer, c'est cela qu'il faut lui écrire.

DiMiiBi, se mettant à la table. Avec mon sang, s'il le faut. {Ecrivant.) «Mon Eudoxie, ma bien-aimée... »

LESTOCQ. Y pensez-vous ! est-ce que dans un pareil billet il f.iut.jamais nommer personne?

DiMiTBi, déchirant le billet. Vous avez raison. {Eu écrivant un autre.) « Je jure à madame Golofkin... »

LESTOCQ. C'est encore pire.

DiMiTRi, déchininl le billet. Dieu! que c'est Impalicntant! dictez-vous-méme.

LESTOCQ, dictant à Dimitri qui écrit. « Madame, je « viens de voir le docteur; son amitié a trahi un secret « que je ne puis payer qu'au prix de tout mon sang et de « tout mon amour! parlez, ordonnez en souveraine, c'est « le plus ardent de mes vœux. Obéissance et fidélité à « toute épreuve. « Dimitri. a

DiMiTRi. Pas autre chose?

LESTOCQ. Non; je crois qu'elle sera satisfaite, et qu'il n'en faut pas davantage.

DisiiTRi, à part. Pour elle, mais pour moi, il me faut un rendez-vous.

LESTOCQ, se retournant et apercevant Catherine. Ah! C'est Calherine.

DIMITRI, pcnrfanf que Leitoeqremonfe le théâtre, écrit à la hàle. « Post-scriptum. Avant ce soir, un moment « d'enirelicn, ou je meurs. »

LESTOCQ, à Catherine. Qu'y a-t-il?

CATHERINE. M. Golofkin sort du conseil et sera ici dans l'instant.

LESTOCQ, à Dfmifri. C'est bien, cachezbien vite ce billet, et surtout poi«it d'adresse.

DIMITRI. Cela va sans dire! me prenez-vous pour un étourdi? (.-1 Carten'ne.) Tiens, petite, prends cette lettre, et porte-la sur-le-champ... Dieu! Golofkin!

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