SCENE U
TCHIN-KAO, PEKI.
TciiiN-KAO, à Peki, qui entre et regarde par la croisée du fond. Eh bien! tu ne vois rienî
PEKI. Non, mon père... voilà bien en facode notrefcrme le rocher de granit où se place d'ordinaire le cheval de bronze... m. lis il n'y est plus.
TCHiiN-KAO. Et là-haut... là-li.àut, tu ne le vois pas revenir'f
PEKi. Non, vraiment! Pauvre prince 1
TciiiN-K.io. Et mou gendre!.. (liucanl.) Je crois bien que c'est fini... et qu'on n'en aura plus de nouvelles.
PEKI. Est-ce terrible, à son .^gc! si aimable et si gcntlll
TCiiix-KAii. Mon gendre !
PEsi. Non, le prince!
TCHix-KAO. C'est sa faute!.. Ils sont tous comme ça... l'ambition, le désir de s'élever... En attendant, ma tille, il parait que te voilà veuve...
PEKi. Oui, mon père...
TCHIN-KAO. Ne te désole pas... que veux-tu, mon enfant, nous sommes tous mortels... les mandarins comme les autres.
PEKI. Oui, mon père...
TcniN-KAO. 11 faut se dire qu'il était bien vieux et bien laid...
PEKI. Et quand il a fallu l'éiiouser... vous me disiez qu'il était si bien... vous lui trouviez tant de bonnes qualités,
TCiiiN-KAO. Il en avait de son vivant .. Cette dot qu'il m'avait donnée en t'épousant... toi, ma fille unique, car je n'ai qu'une fille... et c'est ce qui me désole... j'aurais voulu en avoir une douzaine, tant mes enfants me sont chers ..
PEKI. Mon bon père...
TcniN-KAO. Et tu seras satisfaite, je crois, du nouveau choix que j'ai fait...
PEKI, étonnée. Comincnt, un nonve.au choix!
TCHIN-KAO. Le seigneur Kaout-Chang, un riche fabricant de porcelaine.
PEKI. Qu'est-ce que vous dites là'?
icuiN'-KAO. C'est ce soir qu'il doit venir avec quelques amis... ainsi prépare-nous à souper.
PEKI. Mais ça n'a pas de nom... ce n'est p.as possible... sans me consulter... le jour même de mon veuvage...
TCHix-KAO. D;s donc de tes noces... Ne devais-tu pas te marier aujourd'lnii'?..
PEKI. Sans doule...
TCHIN-KAO. Eh bien! tu te maries toujours... Rien n'est changé que le mari!..
PEKI. Mais celui-là a soixante-dix ans...
TCHIN-KAO. Je n'aime pas les gendres trop jeunes...
PEKI. Eh bien! moi... je ne pense pas comme vous... j'.ai d'aulres idées... et si je me marie, si j'épouse quelqu'un, ce sera Yanko...
TCHIN-KAO. Yanko... un garçon de ferme! qui a tons les défauts...
PEKI. Lesquels?..
Tciiix-KAO.,i)ui a dix-huit ans... qui n'a rien.
PEKI. Je l'aime ainsi... Je suis maîtresse de ma main... je suis veuve...
TCHIN-KAO. Et moi, je vous ordonne...
PEKI. Je n'ai (dus d'ordres à recevoir... car, gr,\ce au ciel, je suis libre...
TCHIN-KAO. Ça n'est pas vrai... et je ferai ton bonheur malgré toi... voilà comme je suis... Je vais trouver mon nouveau gendre, pour toucher ta nouvelle dot, et je reviens avec lui... Songe à ce que je t'ai dit, et surtout au souper..
PEKI. Mais, mon père !..
tchin-kao/'hiYii» geste décolère, et lève lamainpour 1 In frapper. Elle s'incline devant lui. A labonne heure ! ' voilà comme je t'aime !.. (/i sort et ferme les rideaux de la croiiée du fond.)