‹ Pièces de théâtreChapitre 275 sur 575 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

LE PRINCE, STELLA, entrant par la gauche en se disputant,

DUO

STELLA

Eh quoi! Monsieur, toujours vous plaindre!

LE PRINCE

Et n'ai-je pas raison, hélas !

STELLA

Lorsqu'au terme on est prêt d'atteindre!

LE PRINCE

Mais ce jour ne finira pas!

STELLA

C'est peu de patience, ou bien peu de tendresse! Songez qu'une heure encore!., une heure do sagesse... Et je vous appartiens pour jamais !

LE PRINCE

J'enteuds bien!

Mais une heure est un siècle!., une heure de sagesse, Quand le cicur bat d'amour et d'esjioir et d'ivresse C.ir vous ne savez pas quel amour est le mien

{Se rapprochant très-prés d'elle.) El si je vous disais depuis cpiand je soupire!..

STELLA

Oui... oui .. mais de plus loin tâchez de nie le dire.

ENSEMBLE

Plus loin, plus loin!., encor plus loin! Oui, j'en prends le ciel à témoin.

Votre amour lui-môme

Me glacc! d'elfroi !

Et si je vous aime,

Ah! c'est loin de nioii ' Iw '

LE PRINCE, qui s'est placcà l'autre extrémité du théâl re.

Eh bien! eh bien ! est-ce assez. loin?

Sagesse suprême.

J'admire ta loi!

Quoi ! son amour même L'éloigné de moi !

STELLA, regardant le prince qui lui tourne le dos. Quoi! vous êtes fiché! vous boudez?

Oui, vraiment!

STELLA

D'où vient cette colère extrême?

LE PRINCE

Me renvoyer !

STELLA

Parce que je vous aime !

Songez qu'un désir imprudent.

Songez que la faveur même la plus légère...

LE PRINCE

Quoi ! rien qu'un seul baiser !..

STELLA

Vous renverrait sur terre!

LE PRINCE

0 ciel !

STELLA, s'approchant plus prés encore de lui.

Et qu'il faudrait renoncer à l'espoir

De s'aimor... et de se revoir!

LE PRINCE, sans la regarder et l'éloignant de la main.

Plus loin! plu? loin?., encor plus loin!

Oui, j'en prends le ciel à témoin!

Votre aspect lui-même Me glace d'elfroi, Et si je vous aime, Ah! c'est loin de moi !

STELLA, à l'autre bout du théâtre, à gauche. Eh bien!., eh bien! suis-je assez loin? Sagesse suprême.

J'admire ta loi.

Son amour lui-même L'éloigné de moi!

(le pi!>ice s'asseoit au bout du théâtre, à droite.) LE PRINCE, assis.

Allons ! sur ce sopha, s'd le faut, je demeure!

STELLA

C'est plus prudent!

LE PRINCE

Mais c'est bien ennuyeux!

Nous n'avons plus, je crois, rien qu'une demi-liourc! STELLA.

A peu près !

LE PRINCE

Et comment l'employer à nous deux?

STELLA

On peut causer !

LE PRINCE

Sur quoi voulez-vous que l'on cause ?

STELLA

Ou danser!

LE PRINCE

Non vraiment!

STELLA

Monsieur, je le suppose, Prél'ère la musique, et cela vaut bien mieux! Séduisante et folle. Elle nous console ; Son pouvoir divin Calme le chagrin.

Le temps qui se traiiie S'érouli' sans peine Et s'enfuit soudain Au son d'un refrain!

Et je le vois, ce i>(juvoir-l.'i.

Ah! ah! ah! ah! ah! ali !

Sur votre crcnr a réussi dijà, Ah ! ah ! ah ! ah ! ah!

LE CriKVAL DE lîFinNZK

E^SEHBLE.

LE PRINCE

0 toi, mou idole, Mon cœur se console Au pouvoir ilivin Do ce gai refniin !

Ta voix qui m'entiainc Dissipant ma peine.

Loin de moi soudain Bannit le chagrin !

STELLA

Séduisante et folle.

Elle nous console; Son pouvoir divin Calme le chagrin.

Le temps qui se trainc S'écoule sans peine Et s'enfuit soudain Au son d'un refrain !

LE pniNCE, courant brusquement à Stella. Stella! Stella!

STiîrn Qu'avez-vûus donc'?

LE FRINCE.

L'heure a sonné!

STELLA

Vraiment non !

LE PRINCE

.Tcn suis sûr et je crois eideiidre...

STELL.\

El nini, j'en suis certaine, il faut encore attendre !

LE PRINCE, avec dépit.

Attendre est bien facile alors qu'on n'aime rien I STELLA, avec douceur.

Mais je vous aime, et vous le savez bien! LE PRINCE, avec chaleur.

Ah! si Yous m'aimiez, inhumaine!

Vous seriez sensible à ma peine!

[Lui prenant la main.) Si vous m'aimiez!

STELLA, retirant sa main avec effroi.

Laissez-moi, je le veux!

LE PRINCE, arec dépit.

C'eu est trop! je rougis de l'amour quim'enchaine. Oui. je sais le moyeu de fuir loin de ces lieux! El j'y cours!..

(Il fait quelques pas pour sortir.)

STELLA

Partez donc ! partez !

LE PRINCE, revenant.

Oui, je le veux !

EN .s EU BLE.

Cédons au dépil qui m'entraîne, Oui, fuyons loin d'une inhumaine Dout les regards indiQ'érents Portent le trouble dans mes sens!

STELLA

Qu'il cède au dépit qui l'entraîne.

Que rien ici ne le retienne!

Cachons à ses yejx les tourments Et le trouble que je ressens?

(Stella va s'asseoir sur le banc à gauche.)

STELLA, assise, et regardant le prince qui ne s'en va pas. Eh bien?..

LE PRINCE, revenant prés d'elle.

Oui, Ters toi me ramène Un feu que rien ne peut calniL-r!

(// se met à genoux prés d^: Stella toujours assise. \

STELLA

Laissez-moi, je respire à peine!

LE PRINCE

Ah! si Ion cœur savait aimer.

Si le mien pouvait l'animer!..

ENSEMBLE

LE PRINCE

Sa main a frémi dans la mienne.

L'amour et m'enivre et m'enlrahie,

Je Cfdc aux transports délirants

Qui s'emparent de tous mes sens!

STELLA, cherchant à se défendre.

Laissez-moi, je respire à peiue...

Sa voix et me trouble et m'entraîne.

Ayez pitié de mes tourments

Et du trouble que je ressens!

(Stella éperdue, hors d'elle-même, laisse tomber sa tète sur l'épaule de Yang, qui l'embrasse. — Le tonnerre gronde, et Yang, qui était un genou en terre près de la princesse, est soudain englouti et disparait. Stella pousse un cri d effroi, et tombe à moitié évanouie dans les bras de Lo.Vangli, qui entre en ce moment.)

Page 1