SCÈNE III
SUZEÏTE, EDOUARD, s'appuyant iur le hnis de BERTRAND.
BERTRANP. Ne craigiicz rien, mon rapitaine, je suis là pour soutenir le corps d'armée.
SLZKTTK, courant ùlui. Y pensez-vous, Bertrand, avec votre janihe?
ttiOv.KRn, prenant le hras de Suzelte. Elle a raison. Tu aurais besoin toi-mèuie de soutien.
DERTRA>D, frappant sur sa jambe. Laissez donc, c'est aussi solide iju'une autre, et quand r.\ casse, on en a de rechange. Vous ne pourriez pas en dire autiuit.
si'ZRTTE, donnant toujours le bras à Edouard, et le conduisant vers le fauteuil qui est à droite. Ne vous pressez pas, et appujez-vous sur moi. Commeut cela va-t-il ce matin?
EDOUARD, s'asseyant. Mal. Je souffre horriblement.
BERTRAND. Allous douc, mou Capitaine, qu'est-ce que de s'écouler comme une petite maîtresse? Je vous ai vu marcher gaiement sous le feu du canon, et pour un misérable accès de fièvre, voilà que vous avez le frisson.
EDOUARD. Tu en parles bien à ton aise. Si tu avais dansé hier, comme moi, douze contredanses.
BERTRAND. 11 cst de fait que dans le moment je ne pourrais pas en fiire autant, parce que chez moi les amours et les zéphyrs ne l.iatteut plus que d'une aile. Mais vous, morbleu.'
suzETTE. N'allez-vous pas le gronder parce ipr'il souffre, et lui faire mal à la tète?
BERTRAND. C'est justc; je n'entends rien à tout cela.
Air : Au temps heureux de la chevalerio. Des ni('ilecins et de la pliarinacio Un bon solr.lat connaît peu les secrets : Esl-il blessé, le sclniik et l'eau-de-vie D'une compresse ont bientôt lait les frais. Et je m" souviens qii' souvent, à l'ambulance, Pour nous panser quanJ ariivait 1' flacon,
{Faisant le yeste de boire )
En d'daiis, moilileu, je prenais l'oriloaiiance,
Et la victoire acb'vaitla gnèrison.
{Pendant ce couplet, Suzctte va s'asseoir auprès de la
table, à la droite d'Edouard.)
Aussi, je vous laisse avec mademoiselle Suzette, parce qu'en fait de garde-malade, elle vaut ni^'ux i]ue moi ; si atlentive, si diligente I Ce matin, vous ne croiriez pas ((u'elle était levée à quatre heures?
EDOUARD. I! se i)i)un'ait!
BERTRAND. Peut-ètrc plus tAt," Car, en sortant de votre appartement, je l'ai trouvée qui m'a demandé de vos nouvelles avec tant d'intérêt, que ça m'en a fait peur. Je vous ai cru plus malade que vous n'étiez.
EDOUARD. Bonne Suzette!
BERTRAND. Vous avcz raisou, r'est une bonne fille; ça ne fait pas de phrases ni(remban'a<, comme toutes les femmes de chambre de ces dames, qui fout lanl de coquetteries dans rauti{-hanibre, que ipielqurfuis oi! se croirait au salnn. Mais en revanihe, c'est modeste, c'est hoimète, c'est attaché à ses maîtres, c'est .'âge surtout; car parmi tous ces jeunes gen.s, vos amis, il
n y en a pas un qui n'eu soit auiouriuv, et qui ne ciiurc après elle.
EDOUARD, se levant. Vraiment!
BERfRAND. Eh bicu ! qu'est-ce que vous faites donc? v'Iàses vertigos qui le reprennent. Je vous le laisse, niadeniolscllc Suzette, tâchez de le calmer. (.1 pari.) C'est fini, je n'y tiens ]>lus; elle est trop gentille. {Montrant sajamiie.) Et malgré les inconvénients, en avant. {Suzette passe de l'autre côté du théâtre, i'i/yjproche du yuéridon et verse dans la lasse.) Ji; vais de ce pas me consulter avec le cousin tMiichon qui vient d'arriver au château, et de là la deiuauder à mon général, parée (pu', dans ce monde, il faut toujours marcher droit, autant (pie possible. Adii^u, m.idemoiselle Suzette; adieu, mon capitaine. [Il sort.)