‹ Pièces de théâtreChapitre 389 sur 575 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

BERTRAND, puis PlNCHiJ.N.

BERTR.AND, SBul , essuyont une larme. Ah! le brave homme! Mais c'est toujours bien désagréable de partir ainsi, au moment...

PINCHON, entrant par la porte du fond. Eli bien! tu as vu le général?

BERTRAND. Oui; il sort d'ici.

piNCHON. Et tu lui as pirlé?

BERTRAND. Saus doute.

PINCHON. Eh bien ! tant mieux, cousin. Tout ce que je demandais, et ma femme aussi, c'était de te voir marié. Il est si doux d'être en ménage! Moi, avec madame Pinchon, qui fait tout ce que je veux, je suis le plus heureux des hommes; je suis là comme un roi.

BERTRAND. .Mophleu ! c't'autrc qui vient me parler d' ça au moment où je pars !

piNciioN. Il se pourrait!

BERTRAND

Air de ilurianne.

Mon général me le demande ; Pouvais-je refuser, liclas!

PINCHON

Oui, ta complaisance est trop grande.

Et je dirais : «Je neveux pas. «

BERTRAND

Sur des soldats,

LE MAÏ\IAr,î' DF, RAISON.

Tu ne sais p.is C qu'un iiéni^ral et 1" devoir Ont d' iiouvoii' :

Qu'il dis' seiil'mcut :

Marche. . en avant!

FiU-ce au trépas.

Ou y va l'arme au bras.

Quand d'oWir on a l'usisej Loisque la discipline est là, Ca ne coûte rien.

PlNCnON.

J' connais ça :

C'est comm' dans mon menace.

BEBTRAND. Du reste, je le conterai tout cela peuplant notre cliner, cai' nous allons dîner ensemble avant mon départ.

piNCHON. Je ne demanderais pas mieux, mon ami ; mais je ne peux pas, parce que madame Pinetion est au marché, où je dois l'aller reprendre ; et si j'y ma nquiiis, vois-tu, cela serait mal.

BERTRASD. J'ensuis fàchélalors... je voulais te dire... 11 me faudra de l'argent pour mon voyage l et connue je ne veux pas en demander à M. le comte, il l'aut que tu m'en prêtes.

pl^cno^■. Pour ça, cousin, et avec plaisir. Mais auparavant, il faut que j'en parle à madame Pinehon, parce que si je faisais (iiielque chose sans la consulter...

BERTRAND. Ah çà ! qucl diable d'homme es-tu doUL? '.u ne peux rien l'aire sans sa permission?

PINCHON. C'est là le bonheur du ménage, mon ami; c'est ce qu'il y a de plus doux, tu le verras.

BERTRAND. À la honue heure. Je n'ai plus qu'un service il le demander, si toutefois madame Pmchim, ma cousine, ne s'y oppose pas. Écoute, je vais partir d'ici avec M. Edouard. Nous allons voir les Grecs.

piNCHON Les Grecs!

BERTRAND. Oui. Je n'ai jamais servi dans ce régimentlà; mais les Grecs, vuis-tu, ce sont de braves gens, des malins qui ne boudent pas. Il parait qu'on se bat chez eux, et gaillardement; c'est même le seul endroit, dans ce moment, où il y ait des coups à gagnei-; et comme je connais M. Edouard, il ira en amateur.

piNCHON. Tu crois?

BERTRAKD. Or, malgré ma jambe, tu sens bien ipie je ne le laisserai pas en roule.

piNCHON. Quoi! tu n'es pas content de ce que tu as déjà'?

BERTRAND. Nou ; l'appélit vient en mangeant, comme on dit; et si le hasard voulait... In m'eulenils bien, c'est dans les possibles, je le prie de remetlre celle lettre et ces papiers à la personne que tu sais bien. Ce n'esl pas pour cela que je les avais pris ; mais enliu, c'est dans ces cas-là que l'on compte sur ses amis.

piNcnoN. Et tu peux compter sur moi à la vie et à la mort. Dieux! pour un cousin, i)our un ami, il n'y a rien que je ne puisse braver. Dis donc, je puurrai parler de cette commissii)U-làà mad.ime Pinibon; cane te fâchera pas?

BERTRAND. Du loul ; j'aucais viiulu seulement l'embrasser avant inondeparl.

PINCHON. Eh bien! sois tranipiiUe, je vais la prendre au marché, et de là, tous les deux, nous reviendrons par chez toi. Que diable, d'ici à lanlôt, tu ne seras pas parti; il n'est encore que... (liffianlanl sa montre.) Ah! mon Dieu, onze heures! et pendant ipie je cause là, mes affaires ne se l'ont pas. [Allant a la fenêtre, à gauche.) Jean, atlelle luujours Griselle à la carriole. BERTRAND. .Mais écijute-moi donc.

PINCHON. Nous parlerons do cela en mareiumt, parce liU.e ma femme va m'atiendre.

Am de la valse des Comédiens.

Dcimis c' malin je suis séparé d'elle ;

De mou absence ell' me sronde toujours.

BKRTR.iND.

C'est un tourment qu'un amour si fidèle.

PlNXaON.

Ce tourment-là, c'est 1' bonheur do mjs jours. Qiiauil ell' se fiche, liélas ! elle est si bonne! C'est pour moi"! cœur un plaisir toujours neuf; Et ()uand prés d' moi j' n'entends £rrun<ler personne? La peur me prend, il m' sembl' que je suis veuf.

Deiluis c' malin { ■? ^ ,' ! séparé d'elle;

De 1 ™°" j absence ell' [ j"'^ j gronde toujours.

C'est un tourment qu'un anionr si fidèle;

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Mais c' lourment-là, c'est 1' boidienr de j ^ .^ ! jours.

{Ils sortent jxir le fond.)

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