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SCÈNE VIII

LDOU.VRD, au fond , caclu' derrière le paravent; SUZETTE, M.\D.\ME l'INCHON.

MAOVME riNciiON, en dehors, parlant à la cantonade. Comment donc, iMessieurs, avec plaisir. Cette contredanse-là et les autres. Pour valser, c'est diffrri'nl, impossible. Non pas que M. Pinchon soit jaloux ; mais je me di'is à moi-même, je ne peux pas me iurmettre... parce qu'avec des jeiuies gens de Paris la tète tuurne. si vite. {Apercevant Suzelte.) Ah', cousine, vous v(jilà! que faites-vous donc seule? un jou r de noce, cela n'est pas convenable. Est-ce que vous n'avez pas vu les apprêts du bal ?

SLZETTE, troublée. Si, si vraiment.

MADAME piMciio.N. Cc que VOUS nc savez pas, ou plutôt ce que tu ne sais pas, parce qu'entre cousines on peut se tutoyer, les dames du château y viendront, les jeunes gens aussi. Je suis invitée pour' toutes les contredanses; et connue ce sera joli, des guirlandes de fleurs, un (U'cheslre magnifique! C'est Bertraml qui arrange tout cela; il est [lartout, il se donne un mal qui le rend si heureux! pirce qu'avec lui, je le connais, cc sera toujours comme ça. Pour lui la pcme, et pour toi le plaisir : et vois-tu, cousine, ce n'est pas parce qu'il est de ma famille, mais tu ne pouvais choisir un meilleur mari.

SLZETTE, se tournant du côté du paravent. Je le crois; aussi je l'aime beaucoup.

jiiDAMEiMNCHo.N. C'est-i(-dirc, tu l'aimes, tu l'airars.. tu n'en es pas folle.

SLZETTE. Que dites-vous?

MADAME piNCHO.N. Tu nc l'aimcs pas d'amour;

c'est bien aisé à voir, et je m'en suis aperçue au premier coup d'œil ; mais il n'y a pas de mal, c'est ce qu'il faut : ç\ n'en ira que mieux.

SLZETTE. Comment, madame Pinchon?

MADAME riNCHON. Euice feiumis, entre cousines, on peut toutsedire; et je l'avonrrai que moi aussi, (piand je me suis mariée, je n'avais pas d'amour pnur .\1. Pinchon. Oh! mon Dieu, pas un brin; et d'un antre a'ité je ne manquais pas d'amoureux, et de bien gentils. Mais les amoureux, vois-tu bien, ça n'est que pour durer un instant ; les maris, ça dure toujours. Il faut donc, en fait d' ça, choisir du bon et du solide, jiarce qu'une fois pris, on ne peut plus en changer, et c'est ce que j'ai fait. M. l'inchon n'était pas un élég-ant, mais c'etiiit un biave garçon; c'était surtout {\n bon caractère; j'ai son amour, si contiante, c'est nidi t|ui cj)mmaude,qui ordonne, qui fais tout dans la maison; chaque jour je me félicile d'avoir un si bon nuui. Eh bien! Bertraml vaut eni-ore mieux, si c'esi po sible.

siZETiK. N'est-il pas vrai?

MADAME pi>ciiON. Il a autant de bonnes qualités, et plus de mérite encore, plus de considération; c'est un brave militaire, c'est l'honneur du pajs, it jamais on ne s'avisiu-ait de nruiqui'r i» lui et aux sien». Faut voir seulement qu.iUil il passu d tus le village, connue tout le monde met la main à son chapeau, in disant ; « C'est M. Bertrand. » Et l'autre jour, à la vdie, où je lui doiuiais le bras, louuui' les factionnaires lui portaient les arms! connue j'c'tais liere, en disant : « C'est mon cousin ! » bh biui ! toi, tu diras ; « C'e^t

mon mari ! « Et chez toi, dans ton intérieur, en voyant combien il te rend heun.use, tu feras comme moi ; cet amour, que tu n'avais pas, viendra peu à peu, peu il peu.

Am : T'en souviens-tu?

Dans mon méiKige, et sans 1' vouloir peut-être.

Je fais parfois enrager mon mari ;

Et si pourtant 1' moindr' danger [jouvait naître,

Sans tiésiter, j' donn'iais mes jours pour lui.

Car je lui dois c' boiitieur que rien n' raclicte,

Mes deux garçons, ma fille .. et dans queuq' temps,

Ainsi que moi tu le sauras, Suzette,

On aim' toujours le pèr' de ses enfants.

ÉDOi'AiiD, cntr'ouvrant le paravent. Maudite femme ! elle ne s'en ira pas.

SLZETTE, réfléchissant. Comment, cousine, répctcmoi ça, je t'en prie.

MADAME piMCHON. A la bomiB hcurc, voilà que tu me tutoies aussi.

SLZETTE. Tu n'aimais pas ton nviri?

MADAME PINCHON. Demaude-lui plutôt.

SLZETTE. Mais au moins tu n'en aimais pas un autre, tu n'aimais personne.

MADAME PINCHON. Eh! cli ! je uc voudi'ais pas en jurer.

Am : Ce que j'éprouve en vous voyant.

C'est mon secret : j' veux bien tout lias T'en faire ici la confidence; Mais surtout garde le silence ; Car Pinrlion ne s"en doute pas, Mon mari ne s'en doute pas.

Vois-tu Ijieii, en pareille alT.iire, Sur r passé n' faut pas revenir.

On n' pouvait pas le garantir :

C'est déjii bien a^sez, ma chère.

De répondre de l'avenir.

Je crois donc que j'aimais un jeune homme bien gentil ; seize ans tout an plus.

SLZETTE. Quelqu'un du village.

MADAME PINCHON. Micux quc ccla ; qiieliprun du château. Tu ne le dirasà personne ; le (ils de .M. le comte, M. Edouard. {Edouard , qui avait avancé sa tête, hors du paravent, la retire vivement.)

SLZETTE, « part. G ciel! comme moi ! et je ne m'en suis pas aperçue. {Haut, et avec émotion.) Et lui ne t'aimait pas?'

MADAME PINCHON. Ad Contraire; comme un fou, à en perdre la tête. Il me poursuivait partout; il me disait qu'il n'avait jamais éprouvé d'amour pareil.

SLZETTE, à part. Comme moi.

MADAME PINCHON. El qu'il m'aimerait toujours; et puis il iileurait, il se désespérait, et se jetait à mes pieds.

SLZETTE, 0 part. Comme aujourd'hui.

MADVME PINCHON. Et Ull jolIP Cufill... jC UC Sais plUS

au juste ce qu'il meilemandait; car il demandait toujours, et il était très-exigeant : il s'écria ipie si je le refusais, il allait se tuer.

SLZETTE, apart. Ociel ! comme tout à l'heure. [Haut.) Et qu'i?n <st-il arrivé?

MAD\MK PINCHON. Jc u'cn sais ricii. Je me suis enfuie tout eirrayée, parce que j'ai toujours eu peur des armes à feu ; mais ce que je sais, c'est que j'ai épousé .M. Pinchon, et qu'il n'en est pas mort.

SLzi.TTE, avec douleur. Il te trompait dmir?

MADAME PINCHON. Lui !.. ou! mon Dieii non! le pauvre garçon était di' bonne foi, et il m'aimait autant qu'il pouvait aimer. D'abord j'étais sa pivmii'iv inclination; mais ça ne pouvait nous mener à rien; il ne poii\ait pas m'épouser : il a pris sou parti, et moi le liiieii. Il s'est consolé : c'est ce qui arrive toujours.

sizKTiK. Tu crois !

MADAME piNCHuN. Par exemple, iuk- chose dont je suis bien sûre, c'est que depuis il m'est resté fidi'Ie. Il 111' me rencontre pas de fois qu'il ne inc dise des mots de tendresse... sans cou.séquence.

siZETTE. Comuicnt! il oserait...

MAPAME piNCiioN. .\\ aiil-liici' cncuiv, il a couru après moi dans lej.inliii; il ni'acuibrassée..., toujours sang coiisOquoncc. Mais ce. matin, il voulait qui' je vinsse dans ce pavillon pour rc.^ler les comptes de la ferme, et ce Pinchon qui le voulait aussi; mais ça, c'est différent.

Ain : De sommriller encor, ma chère.

On ne sait pas, dit la prudence.

Ce qui peut arriver; aussi

J'ai refusé par prévoyance.

Non pour moi, mais pour mon mari.

Pauvre ïarçon, lorsque j'y pense.

Si janjais il était tralii...

Je l'aime tant qu'en conscience.

Ça m' l'rait trop de peine pour lui ;

parce que, vrai..., il ne mérite pasra; et tiens, tiens, le voilà, ce lirave et lioiinèle homme. [SuzeKe et madame Pinchon vont au-devant de Pinchon, qui entre en ce moment.)

EDOUARD, oîiironf le paravent et apercevant Pinchon. Allons, encore un antre; impossible de s'en aller; ils nie feront rester là jusqu'au soii'. (// se cache derrière le paravent.)

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