SCENE n
Les mê.wes, GALUCHET.
GALUCnET.
Air : Les gueux, les gueux. (Bèraugcr.
Les gueux, les gueux, Sont les gens heureux.
Ils s'aiment entre eux.
Vivent les ijueuxl Si le pauvre a il' la souiïrancc.
Dieu lui donn', pour l'alléger, Gaité, travail, espèr-nce.
Et les chansons d' Bérauger.
Les gueux, les gueux.
Sont les geus heureux, etc.
JE.\NNE. Comme vous avez l'air coulent!
JEANNETON. Et fatigué!
GALUCHET. J'ui couEU pour peidio moins de
temps.
JEANNETON. Et comiiic VOUS avcz chaud !
GALUCHET. Ça ne sera rien... Donne-moi un verre d'eau...
JEANNETON. Laissez donc!.. Un verre de vin, s'il vous plail.
GALUCHET. .\llons douc... cst-cc qu'il v Cil a ici?
JEANNETON. Cei'Iainemeiit... Nous faisions tout à l'heure nos comptes avec ma sœur... Vous pouvez vous repo.ser un peu aujourd'hui.
GALUCHET. VilUS ClciyCZ ?
JE.VNNE. Oui, mon père.
JEANiNE ET JEANNETON.
jKANNETON. ISoli'e mois est bon... nous sommes en avance.
CALi'CHET. Moi qui craignais de rarriéré.
JKA^^F.TO^'. .\ii cou Irai ici.. Demandez à ma sœur, elle eonuail comme moi le total... N'csl-ce pas?
JEANNE, lui préseiilaiil un verre pendant que J anneton lui verse. C'est vrai!
JEANNETON Buvez, nionpèie!.. buvez sans crainlo... nos all'aires vont bien.
JEANNE. Et iront encore mieux... je vous le promets.
JEANNETON. Jc Ic CFO Is bien !.. Avec de l'ordre et de 1 ecoriomie, on s'en tire toujours.
GALienET. lili bien! tu dis vrai, ma Jeanneton, et un bonlieur n'arrive jamais seul .. Vous ne \ous douteriez lias de ce nue je rapporte là... un billet de banque !..
JEANNETON Ail bail!
JEANNE. Allons donc !
GAU'CHhT
.^IR : Un homme pour faire un tableau.
La chose est bizarre, en eflVt, Et doit vous pai'aitL' siiignlièrc :
Un Ijittet d' banque i;n mon gousset.
Des gros sous l'asile ordinaire!
De se lencontrer avec eux 11 aurait rougi, je parie; Mais, par un liasard tort heureux...
{Frappant sur sa poche.) 11 n'a pas trouvé d' compagnie!
JEANNE; s'appuyant sur le dos du fauteuil, à gauche. Contez-nous doue cela !
JEANNETON, s'asseyaiit sur le bras du fauteuil , à droite. Nous vous écoutons.
GALiCHET. Ah! où cst le temps où je vous tenais toutes les deux sur mes genoux?.. Vous êtes trop grandes maintenant, et c'est dommage!.. Mais vous êtes plus gentilles... (;a se compense. Or donc, couime je vous le dis.iis, ce jour-là j'elais un peu gris.
JE.VNNETON. Du loot! VOUS uc uous dislez pa-^ ça, car ça ne vous arrive jamais.
GALiciu-.T. Maintenant non... mais autrefois! Voyezvous, mes enfants, "(Hiand Touvrier a eu toute la !-emaine du travail et de la misère, il est tout naturel que le dimanche ou le lundi, il se donne un peu de bon temps et de lionbeur.
JEANNETON. Quaud OU boit , on est donc heureux? GAteciiET. Non... mais on rêve qu'on l'est, c'est la même chose. Or, votre mère, qui était une belle fiMunic, connue toi, Jeanne, et une femme de tète, connue toi , Jeanneton , votre mère avait beau me gronder, elle n'avait pas pu me corriger de ce bonheur-là, qu'elle appelait un défaut, JEANNETON. Elle avajt raison.
(;ali CHET. Voyez-vous ça,mam'sclle Galuehet!..uu plutôt uiadanu; f ordonne... car e'ie fille-là, c'est la murale en cornette et en jupon... Eh bien! donc... lim n'y avait fait... Quand je me suis vu avec deux jeunes filles, qui n'avaient que moi pour père cl mère...
Ain (le Préfille nt Tacontiet.
.le compris lii, sans avoir grand mérite, C ipu' ni'imjjosait un aussi dou.v lardcau. .\u iiMii'hand de vin soudain je fis laillite, Kl connaissance avec le porteur d'eau.
Oui, je me dis : plus d" nhotte et d' homhaucc, l'uiMiu'a iiréseut de guide je vous sers; Pour vous a|i|jrendre à miirchei' droit, je pense... Qu'il faut d'al)ord ne plus marcher d' travers,
El c'est à vous que je dois ça.
JEANNE. Ah ! mon bon père !
G\LiciiET. Minute!., faut pas se vanter!.. De temps en temps... de loin en loin .. je retombais... pas souvent... Mais enfin, une fois... ce fut la dernière... M. Coquebert, mon bourgeois, le joaillier qui nie faisait travailler , m'avait donné à monter un diamant de deux mille francs. La tète un peu comme je vous disais... je l'ai perdu.
JEANNE ET JEANNETON. 0 ciel !
GALLCHET. Ah! dauic ! il a fallu travailler pour regagner ça, et malgré tous mes efîorts j'en devais encore prés delà moitié... lorsque hier je reçois avis qu'il y a pour moi à la poste une lettre chargée... J'y vais ce malin... et tenez, mes enfants, tenez... lisezmoi ça...
JEANNE, lisant. « Vous devez mille francs à M. Co- « quebert ; les voici. Quant à votre nouveau créan- « cier, ne vous en inquiétez pas, ne chei'chez pas à le « connaître, et permettez-lui seulement de signer :
(( L'ami des honnêtes gens et des bons ouvriers. »
JEANNETON. C'cst-y bien possible?
JEANNE, lui montrant la lettre. Vois, plutôt.
JEANNETON, pOUSSOUt UH Cri. Ah!
JEANNE. Qu'as-tu donc?
.lEANNETON. Rieu!.. Mais je disque c'est un brave jeune homme.
GALi'ciiET. Qu'est-ce qui te dit que c'est un jeune homme.
JEANNETON, lui rendant la lettré. Au fait, c'est pentèlrc un vieux.
GALuctiET, repoussant la lettre. Non, non, garde ça, Jeanneton... toi qui es le caissier et le ministre des finances. Nous paierons M.Coquebert... Et maintenant que nous n'avons plus de dettes, vive la joie!.. Tout C(! que je gagnerai désormais...
JEANNETON. Il faudi'a l'économiser.
GALucHET. Laissc donc! c'est trop ennuyeux.
JEANNETON. Mettre de côté pour les mauvais jours.
GAi.i'CHET. 11 n'y en aura plus!.. Il n'y avait (|ue ça qui me tourmentait.
JEANNETON. Et si VOUS éticz malade, mon père?
GALUCHET. Je Ile léserai pas... je ne veux pas l'être!.. Je suis si heureux quand je vous vois là, près de moi, à lamaison... je travaille en vous regardaut,et l'ouvrage va tout seul... Et le. dimanche donc!., quand nous sortons tous les trois, cl que je vous tiens chacune sons le bras... avec votre jolie tournure, votre bonnet rose et votre figure... idem... et que ceux qui passent se retournent pour vous regarder encore, et ont de ces airs qui disent : Morbleu ! v'ià de jolie-s tilles!.. Vous ne voyez pas ça, vous autres.
JEANNETON, souriant. Si , mon père.
JEANNE, de nu'iiw. Et ça nous fait plaisir.
GALLCHET. Et uioi doiic !.. J'aimc i|u'on vous trouve belles!.. Aussi demain nous irons à Saint-Cloud... c'est la fête.
JEANNETON. Nou pas... carpour ça il faut de la toilette et ça coûte cher.
GALicuEr. l'ni.sque nous sommes en avance,., tu me l'as dit.
JEANNETON. l'ilS aSSCZ !
gallcult. Ça me regarde...
JEANNETON. Mais, uioii pèic...
GALUCHET. Ne vas-tu pas thésauriser pour tenter les voleurs?.. L'argent qui dort.,, peut faire de mauvais rcvci .. {On frappe.) Hein !.. qui vient là?..
jEANNinoN, allant ouvrir, IS'avez-vons pis déjà peur?.. C'est M. Anatole... le liis de M. Coquebert.
JEANNE ET JEANNETON
JEANNE , avec èmolion. Anatole ! {Elles' assied près lie l'établi de Galuchat, (jui ôte son habit , met son tablier, vient se placer prés d'elle devant une petite table, et travaille.]