SCENE III
JEANNt:, GALUCHET, ANATOLE, JEANNETON.
AXATOi.K, un peu troublé. Bonjour, nidiisieiir Galucltot , votiv serviieur, .Mesdemoiselles... je venais, parée que je craignais...
GALiCHET. Quoi (lonc , mon Jeune bourgeois?
ANATOLE, de même. De ne pas vous trouver.
GALUCHET. Et c'est pouv Ça que vous veniez !
ANATOLE, troublé et regardant Jeanne. Du tout! mjiis pour ces diamants qu'il faut renionler entièrement et au plus vite... car mon père dit que c'est pressé... c'est pour une noce... Et alors, en votre absence, je les aurais remis... à l'une de vos filles... à madeuioisellc Jeanneton, qui, je crois, estl'ainée.
GALL'CHET. NoU paS.
AN.vroLE. Ahl c'est mademoiselle Jeann.''
GALICHET. Encore moins!
ANATOLE, il nii' semble cependant qu'il faut qu'il y en ait une... qui soit la plus âgée... je veux dire la plus jeune.
GALUCHET. C'cst cB qui VOUS trompc... elles m'ont été données toutes deux le même jour.
4NAT0LE. Ail ! elles sont jumelles?
GALUCHET. tkinnne vous dites... Le même âge et le même nom... Jeainie Galuchet... Mais j'en ai appelé une Jeanneton pour la distinguer.
JEAN>ET0N. Et il me semble, mon père , que notre parrain, si c'est vous, ne s'est pas mis en frais d'fmagination... car il ne manque pas de noms.
GALUCHET. Jc n'en ai pas voulu d'antre... C'est celui de votre mère... Marie-Jeaime Caluchet... Une brave femme... mes enfants... l'iionnenr du quartier... Et vous serez comme elle, n'est-ce pas?
ANATOLE , à part, regardant toujours Jeanne , qui baisse les yeu^. Elle ne me regarde pas... elle ne me dit rien... Inipossible de savoirs! elle consent.
JEAN-NETON, lui présentant tme chaise. Assejez-vous donc, monsieur Anatole.
ANATOLE. Je vous remercie, Mademoiselle... (S'asseyant.) J'aime autant rester debout.
JEANNETON, lui a]>proc!ianl une chaise , le trouve assis. Ail!., sic'est connue ça que vousrestezdebout!.. [Elle s'assied.) C'est donc jiour une nc^e... ces diamants-là ?..
A'sxroLE, lui remettant un écrin. Oui, Mademoiselle, .le contrat se signe demain... demain!.. (Regardant Jeanne.) Il est bien lieurenx le marié !
jean.nf.ton. C'est selon... Si celle qu'il épouse... est viedie ou laide... et je le parierais.
GALUCHET, à SOU établi, et travaillant. En voilà une idée!.. Et qu'est-ce qui te le fait croire?
JEANNETON. C'cst (|ne k's diamants sont superbes!.. Et .si elle a besoin de tout ça pour être belle... c'est mauvais signe.
Air : Ualle-là!
La femm' qui ii'rst pas jolie.
Ou (|UL l'est (l'|iitis trop l(Jii;.:tetTips, F.iit |]ieii, qu.uiil t'il' se maiio, D'avoir de beaiu diainauts !
GALUCHET
II? nmplac' ce qu'on rc!.'rcttc.
Font oublii-r les aljsenls.
Miii^ tu peux t' passer, Ji'ann.tte, 1*1.' Irurs feux él)l(juissants, [Monlrant tour a tour Jeanneton et Jeanne. Dix-huit ans (hif.) Valent tous les diamants.
ANATOLE, avec dépit. C'est vrai... mais c'est peu de cbose que la beauté... c'est mon avis, du moins.
JEANNETON, à part. Et il est tout à fait désintéressé daiLs la question.
ANATOLE, regardant toujours Jeanne. C'est le caractère (|ui fait tout... et il y en a qui, sous prétexte qu'elles sont jolies... ne craignent pas de désoler ceux qui les aiment.
JE.\NNETON, le regardant, lui et sa sœur. Ça serait bien mal !
AN.VTOLE, de même. N'est-ce pas?.. Qui semblent prendre à tâche de leur faire de la peine... et de les désespérer... mais on prend sou parti. (Il tourne le dos de sa chaise a Jeanne et s'adresse à Jeanneton.) Et on les oublie.
JEANNETON. C'est ce qu'où peut faire de mieux!
.\N.woLE, toujours tourné vers Jeanneton. N'est-ce pas. Mademoiselle ?
GALUCHET, à gauche, et regardant Jeanne, qui se levé. Eh bien ! qu'as-tu donc?., comme te voilà pâle!
JEANNE, à demi-voiœ. Rien... mon père... ne faites pas attention... un mal de tète affreux.
GALUCHET, sc levant Vivement. Toi!., ma pauvre tille!,. (Regardant sur la cheminée.) Parbleu! je le crois bien... du jasmin dans cette caisse... 11 y a de ipioi vous asphyxier... Attends! attends! (Pendant (pie Jeanne fait queUiues pas afin d'entendre ce que dit .Anatole, qui parle bas à droite à Jeanneton, Galuchet va ouvrir la fenêtre qui est au fond du théâtre et y place en dehors la caisse de jasmin, puis revient a Jeanne.) Eh bien!., mon enfant... cela va-t-il mieux?..
AN.\TOLE, se levant et s'adressant a Jeanneton, qu'il salue, .\dieu. Mademoiselle... (Il va prendre son chapeau qui est au fond du théâtre, et aperçoit le vase que Galuchet vient de placer sur la fenêtre.)
JE.^NNETON. Adieu, Mousicur.
ANATOLE, à pari. Dieu! quel bonheur! Elle consent! elle m'atlendra ce soir!
iK\yyv-.JO's,â .4natole, qui vient de renverser avec son chapeau la corbeille à ouvrage qui est sur la table. Eh bien! monsieur .Vnatole... qu'est-c qui vous prend donc?.. Mes pelotons de fil et ma boite aux épingles que vous venez de jeter par terre...
GALUCHET. Oh! la boite aux épingles!..
AN.VTOLE. Ce n'est rien... m; faites pas attention.
JEVNNETON. Vous alIcz m'aider, s'il vous plaît, à les ramasser.
ANATOLE, mettant un genou en terre. Trop hrureux !
JEANNE, se retournant et voyant le vase sur la fenêtre, court fermer la croisée. Dieu! (ju'ai-je vu?.. (Haut, et courant à Anatole.) Monsieur... Monsieur... ne croyez pas...
GALUCHET, qui est au fond du théâtre, passant entre eu.v deux. Eh bien! ou vas-tu donc?
JEANNE. Aider ma sœur à chercher ..
GALUCHET, montrant .\natole qui s'est mis à genoux pour ra'uasser les pelotons de fil. Ils sont déjà deux... (|ui s'entendent... et Ir.qi bien... peut-être... Le voistu là, à genoux devant elle...
JEANNE. Quoi!., vous pourriez croire...
JEANNE ET JEANNETON
CAuciiKT, à thwi-voix. Que c'est un galaiitiii... Pounnioi p;\s?.. Jr'anuL'ton est bit.'ii assez jolie pour r;i!. Mai>;i nmi, vois-tu bien, cane me convient pas!
JKVNNK, à voix basse. Un jeune homme si liciie!.. qui aura ilcux cent mille francs de dot...
GUICHET, rfp w'jnc. Justement! quand ces beaux messieurs-là enjôlrut ta fille d'un ou\Tier... ça n'est pas pour la conduire devant M. le maire.
JEANNE. Ah! croyez bien, mon père, que jamais...
GAi.ucHET, lui prenant la main. Toi, à la bonne heure!., tues raisonnable et sérieuse, et ça éloigne les amoureux!.. Mais cette Jean neton est si gaie et si Iblle... que ça les encourage. Tiens, vois-tu, comme elle rit avec lui. [Il passe brusquement entre Jeanneton et .{nalole, à qui il frappe sur l'épaule.) Que je ne vous retienne pas, monsieur Anatole... Vous direz à M. Coquebert... le respectable auteur de vos jours, que nous avons de l'argent à lui remettre.
ANATOLE, vivement. Je reviendrai si vous voulez...
GALLXiiET. Non pas... Nous serons demain à Saint- Cloud, n'est-ce pas, Jeanneton?.. {Donnant une poi- (jnée de main à Anatole.)
.\iR : Berce, berce.
On vous alteinl clicz voire père,
Jiî vais serrer ces cliamunts!
[Bas, à Jeanne, lui montrant Jeanneton.)
Veill' sur ta sœur! tAclio surtout, ma ctièrc,
D' l'interroger sur ses vrais sentiments ! A^ATOLE, bas, à Jeanne.
Ce soir!., sinon de douteur je sucrombe! GALUCHET, bas, à Jeanne, montrant Jeanneton.) A ce ddiiger saclions l>i dérobei !
Avant de j'ter la pierre à cell' qui tombe. Soutenons-la, pour l'emiiècher d' tomber !
ENSEMBLE
GALCCIIET.
Pendant qu'il va retourner clicz son père, Je vais la-liaut serrer eus diamants.
De Jeanneton je crains l'Iium'ur légère Et veux d' son cœur connaitr' les sentiments.