JEANNE, LA MARQUISE
JEANNE, à fo cantonale. Oui , Jeanneton, oui, ma sœur... je vais voir... {Revenant sur le devant du théâtre.) C'est madame la marquise!
LA MARQi'isE , allant à elle, avec bonté. Ne craignez rien, mon enfant... je ne veux que votre bonheur.
JEANNE, tristement et baissant la tête. Oh!.. 11 est impossible... il y a trop d'obstacles!
LA MARQi'iSE. Et lesquels?
JEANNE, timidement. Mais... la fortune, d'abord!
LA iiARQVKE, avec joie. N'est-ce que cela? {D'union affectueux.) Parlez-moi avec confiance... comme à une mère! Est-ce là le seul vœu que forme votre cœur?
JEAN>E, baissant les yeux. Non, Madame, il y a quelqu'un que j'aime !
LA MARQUISE, avec douleur. Ah!
JEAN.NE. Quelqu'un... bien au-dessus de moi!
LA MAKûcisE, vivement. C'est bien... c'est bien, mon enfant!
JEAXNE. Le fils de votre joaillier, M. Coquebert!..
LA MARQUISE, d part, avec douleur. Une telle inclination'., ah!.. {Haut, à Jeanne.) Et croyez-vous que les conseils de la raison on de l'amitié parviennent un jour à bannir de votre cœur un pareil sentiment?
JEANNE, vivement. Non, Madame, plutôt mourir que d'y renoncer !
LA MARQUISE, à part. Comme sa mère!.. Je n'étais pas assez punie, et Dieu veut me châtier encore dans mon orgueil... Mais, dussé-je en mourir de honte... je eonuaitrai du moins mon enfant!.. {A Jeanne, lui remettant une lettre.) Tenez!., cette lettre fut écrite par ma fille, à son mari qui était un militaire... un général... Lisez !
]E\7i^E, lisantavecémotion. «Bruxelles, juin 181 5...»
LA MARQUISE. Oui, c'était dans les Cent-Jours !
JEANNE, lisant. « Mon ami, tu désirais un fils qui, a comme toi, un jour fût soldat, car l'empereur et la « France, disais-tu, ont besoin de défenseurs... Mais « le ciel n'a pas exaucé tes voeux, je viens d'avoir une « fille... )i {Jeanne s'arrête et regarde la marquise.)
LA MARQUISE. Continuez !
jEANNi:, continuant. « Mais le retour de l'ile d'Elbe, « et vos signes de ralliement, dont tu m'as si souvent « parlé, ont fait sans doute trop d'impression sur « moi... car ta fille, je t'en préviens, porte près du « cœur... une violette...» {S' interrompant.) Ah! mon Dieu ! {Elle relit la lettre tout bas, avec la plus grande émotion.)
LA MARQUISE, l'exominant. Ce trouble... cette émotion... c'est donc vrai?., vous connaissez?..
JEANNE, toujours lisant. Oui... c'est bien cela !
LA MARQUISE. C'cstelle!..
JEANNE. Oui... c'est elle!., c'est Jeanneton!.. c'est ma sœur!.. {Montrant la porte à gauche.) Ma sœAU'!..
LA MARQUISE, s'élunçant par la porte à gauche. Sa sœur!