‹ Pièces de théâtreChapitre 466 sur 575 · LA BARONNE, M. DE CLERMONT · texte numérisé non relu

LA BARONNE, M. DE CLERMONT

DE CLERMONT, o pocf . Commciit me débarasser d'elle sans éclat? Irène qui est ici!.. {Haut.) Gimmcnt, baronne, seule en voyage... à Toulon!., ipielle heureuse rencnulre! {Clermont lui offre un siège.) Si vous voulez...

LA BARONNE. C'est inutilc!..

CLERMONT, à part. Elle a un calme qui me fait frémir!

LA BARONNE, s'approcfianl de lui froidement. Monsieur le comte, vous savez qui je suis?

DE CLERMONT, s' inclinant. Vous êtes charmante!

LA BARONNE. Ne me répondez pas! baronne deSaint- Saviii, dernier rejeton d'une illustre maison, tenant à ce qu'il y a de mieux dans la Saintonge et le Poitou; des malheurs de famille m'avaient obligée, moi, orpheline, à me réfugier momentanément sur les frontières de l'Italie où je voulais vivre ignorée et solitaire, fuyant le monde et surtout les hommes, vous le savez... (.4 Clermont qui veut faire un rieste.) Ne me répondez pas! si malgré mes serments et presque ma volonté j'ai consenti à recevoir vos visiteset même vos hommages, c'est que j'ai pense que le vicomte Henri de Clermont, un oflicier français, un gi'iiiilhomme, comprendrait tout l(^ prix ilnn pareil sacrifice... car c'était un premier sentiment : .Monsieur, vous ne l'ignorez pas! je vous l'ai dit. {Clermont fait un mouvement.) Ne me répondez pas! je vous l'ai dit, comment avcz-vous reconnu de pareils procédés... je vous le demande, Monsieur, je vous le demande...

DE CLERMONT. M'cst-îl pcmiis de répondre?

LA BARONNE. Non, perfide! vous me deviez toutes vos pinséi'S .. toute votre confiance, et, sans m'en prévenir, vous quittez les îles d'ilyères et nos bosquets eraliaumés, vous venez vous établir mystérieugementdaiis cette auberge... dans quelle intention, par quel motif, dans quel espoir? parlerez-vous enfin, Monsieur, parlerez-vous, abnserez-vous plus longtemps du courroux que je modère et de la patience qui m'échappe!

DE CLERMONT, d'un ton Solennel. Madame la baronne... il n'y a pas d'amour sans confiance. Je vous ai juré...

LA BARONNE, avec colère. Un amour éternel !

DE CLERMONT, tendrement. Qui m'est facile... et il dure, vous le savez bien...

LA BARONNE, de même. Depuis quinze jours!

DE CLERMONT, gaiement. C'est déjà un à-compte sur l'élernité! un faible à-eoniple, j'en conviens, mais si vous voulez le prolonger... il faut...

LA BARONNE, SB modérant. Eh bien ! je vous écoute !

DE CLERMONT

Air : Vos maris en Palestine.

Il faut, dès que je l'atl.sU;, Croire tout aveuirlémeiit!

Et garder sur tout le reste Le.sileoce le plus grand!

LA BARONNE

Moi me taire !

DE CLERMONT

Eh oui. vraiment!

LA BARONNE

Me taire!., c'est impossible :

De moi, ne l'espérez pas!

Un tel sacrifice, liélas!..

DE CLERMONT, galamment.

Pour moi seul, sera pénible !

Je ne vous entendrai pas !

LA BARONNE, avec colére. Si, Monsieur... vous m'entendrez, et je veux savoir...

DR CLERMONT, à part. Elle ne s'en ira pas. {Haut ) Eh bien ! Madame... des ordres secrets nu; rappellent à Versailles, et voulant nous épargner à tous deux la douleur d'une séparation...

LA BARONNE. Une séparation...

DE CLERMONT. MoH trouble vous dit assez ce qu'elle me coûte !

LA BARONNE. Moi!.. moi ! vous quitter... mais vous voulez donc que je meure?

DE CLERMONT, à part. Nous y voilà!

LA BARONNE, suivaid Clermont qui s'approche d'un meuble. Eh bien I si ma mort .seule peut vous prouver mes tmirniiMits et mon amour, donnez-moi donc quelque arme, quelque poignard?..

DE CLERMONT, ouvrant froidement le nécessaire de voyage qui est sur la table à droite. En voici un !.. un poignarti turc, que j'ai rapporté de nies caravanes à Malte I

LA BARONNE, le prenant et le regardant avec effroi. Un poignard turc !..

DE CLERMONT, froidement. Désolé de n'avoir rien de mieux...

LA BARONNE. Ah çà, mais vous ne m'aimez donc plus du tout?

DE CLERMONT. Et VOUS, baronne?

LA BARONNE, jetant le poignard. Moi!., je vous déteste ! et je veux à mon tour vous abandonner et vous trahir! {Avec un soupir.) du moins, si je le peux!

HE CLERMONT, qui a ramassé et serré le poignard, froidement. Dans ce cas-là, baronne, vouloir c'est pouvoir, et je fais avec vous un pari...

LA BARONNE. Lequel ?

DE CLERMONT. C'cst qu 'avant vingt-quatre heures vous m'aurez oublié.

LA BARONNE. Periidc ! vous mériteriez bien de gagner !

Air : Du partage de la richesse.

En aUciulant, entre nous pucrre ouverte, Haine mortelle!., oui, vous le méritez; Et c'est lie moi que viendra votre perte. Adieu, Monsieur !

DE CLERMONT, ai'cc joie.

Quoi! vraiment vous parlez?

LA bahonne, revenant.

Non, non, je reste!

DE CLERMONT, souriont ovee contrainte.

Ah ! vous êtes charmante !

LA BARONNE, le regardant.

Car ma présence... oui... je crois l'éprouver, Grâces au ciel, est pour vous trop gênante. Pour que je veuille encor vous eu priver !

DE CLERMO.NT. Vous VOUS troiiipez, barofine.

i.A BARONNE. Et Ce p'est pastoiit! moi aussi. Monsieur, j'ai affaire à Versailles... des affaires de famille que je négliyeais pour vous !.. je ne vous quitterai pas! nous ferons route ensemble, et la route est liingue.

DE CLERMONT, ovcc colére. Baronne!.. (A part.) et aucun moyen de m'en délivrer, personne ne viendra à mon aide! (Apercevant le chevalier qui entre.) Ah! le chevalier !

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