LE CHEVALIER, DE CLERMONT, LA BARONNE
LE CHEVALIER, en pointe de gaieté et en fredonnant, sans voir la baronne et s'adressant au chevalier. Eh bieni mon cher, nous t'attendons toujours! Madame Jacquemart nous dit qu'une affaire imprévue et fâcheuse te retenait.
LA BARONNE, à part, d'uH ton piqué. Ah 1 fâcheuse !
LE CHEVALIER, s'adressant toujours a Clermont. J'ai laissé le comte qui en est à sa Iroisiéme de Champagne... sans qu'il y paraisse... [Riant.) landisque moi, des les premiers verres... C'est etoiuiant comme cela v<ius égaie et vous enhardit! [Il chante.) « Vivent les fillettes ! 1) (.Apercevant la baronne.) Ah! mon Dieu... une femme... une femme charmante !
DE CLERMONT, à VOix boSSI:. N'eSt-CC paS ?
LA BARONNE, o part. 11 cst très-blcn, ce petit jeune homme.
LE CHEVALIER, bas, à de Clermont. Tu la connais"?
DE CLERMONT, de même. Nullement! je viens d'apprendre par notre hôtesse que c'était madame la baronne de Sainl-Savin.
LE CHEVALIER, avec Tespect. Une baronne!
DE CLERMONT, àdemi-voix. Qui tient aux premières familles de la Sainlonge et du Poitou ! une jeune voyageuse fort intéressante... qui, seule et sans chevalier, brave les dangers d'une longue route.
LE CHEVALIER, de même. En vérité! [Nuit graduée à la rampe.)
DE CLERMONT, de même. Une affaire Importante et pour laquelle elle a besoin de protecteurs l'appelle à Versailles !
LE CHEVALIER, possaut près de la baronne. Si mes amis... si ma famille pouvaient être utiles à madame la baronne...
LA BARONNE, s'incHnant. Vous êtes tro[i bon !
LE CHEVALIER, uvcc embarras. Si moi-même... je pouvais ici en cette ville .. (S'incHnant.) Le chevalier de Monlaran, officier de marine... dès que j'en aurai le brevet!., d'ici là, je suis libre, parraitement libre... et vous servir serait pour moi un honneur... dont je serais bien fier... un honneur... que... (|ue...
LA BARONNE, d'un air aimable. Que je ne refuse pas. Monsieur!..
LE CHEVALIER, O Clcrmont avec joie. Elle ne refuse pas! [A voix basse.) Un mot encore, vicomte... parce que la délicatesse et le sentiment de mon infériorité me défendent d'aller sur les brisées de mes anciens ; dis-moi si tu n'aimes pas déjà cette jolie voyageuse que lu viens d'apercevoir?
DE CLERMONT. Moi, dU tOUt!
LE CHEVALIER. Bicu vrai?
DE CLERMONT. Jc tc Ic jui'e... pourquoi ccttc demande?
Li; CHEVALIER. C'cst quc du premier coup d'œil, jc me suis senti entraîné et séduit... mais plutôt que de trahir un ami... je résisterais...
DE CLERMONT. Ne résistc pas! je t'en prie...
LE CHEVALIER. Je te dis Cela, mm pas que j'aie la moindre idée... ni surtout le moindre espoir... car je n'ai jamais été aimé de ma vie!
DE CLERMONT, riant. Ce pauvre chevalier...
LE CHEVALIER. Jauiais! ce doit être si difficile de faire une passion !
DE CLERMONT. DU tOUt.
LE CHEVALIER. Eu vérité !
DE CLERMONT. Le dd'licilo, vois-tu bien, c'est de s'en défaire!
LE CHEVALIER. AlloilS dollC !