SCÈNE XIII
DE CLERMONT, TÉRÉZINE.
DE CLERMONT, à part. Maintenant et à tout prix, il faut p;irvenir jusqu'à Irène! [Appelant Térézine.) Térézine !
TÉRÉZINE, accourant vivement. Mon,seignenr !..
DE CLERMONT. Oij as-tu logé madame la baronne?
TÉRÉZINE, vivement. Pas de ce côté.
DE CLERMONT. C'cst bien.
TÉRÉZINE. Dans l'autre bâtiment! et si maintenant monsieur le vicomte veut souper?..
DE CLERMONT. Mcfci!.. je 11' ai pas faim !
TÉRÉZINE. Et votre autre ami ([ui vous attend toujours !
uE CLERMONT. 11 sc passcra de moi sans peine ! A table il oublie tout!
TÉRÉZINE. C'est vrai ! René , notre premier garçon , m'a dit qu'il en était à sa cinquième de Champagne.
DE CLERMONT. Tu vois bien !.. Peut-être même a-t-il déjà regagné sa chambre.
TÈRti\SE, montrant la porte à droite. Si monsieur le vicomte en veut faire autant. (Montrant le bougeoir qu'elle tient à la main.) Je vais l'éclairer.
DE CLERMOiNT. Ce u'cst pds la pciue! je n'ai pas sommeil !
TÉRÉZINE. C'est comme ces dames!., nous en avons ici beaucoup ! Madame la inari|uise d'Effiat et ses trois filles, et la sœur et la fille d'un vice-amiral ! car nous logeons ici le vico-amir.d! rien que cela! M de Brienne, qui doit,(lit-oii, appareiller cette nuil.
DE CLERMONT, vivemcnt. Cette nuit!., et tu dis que sa fille et sa sœur ne dorment pas... c'est tout naturel!..
TÉRÈziNE. C'est-à-dire, sa sœur est déjà j-cntréedans sa chambre depuis longtemps; mais la jeune fille ainsi que madame d'Effiat et les autres demoiselles sont encore sur la terrasse.
DE ci.EioiONT, avec émotion. Vraiment?
TÉRÈZINE. Dame!., il fait si chaud sous ce beau ciel de Toulon, qu'il est agréable de respirer la fraîcheur de la nuit et la Iraicheiir de la mer! sans com|)ter qu'on aperçoit de loin les vaisseaux de l'escadre qui sont à l'ancre ! {Se retournant et apenevaiit Clermont iiui vient de monter l'escalier du fond.) Eli bien! où allez-vous donc !
DE CLERMONT , sur Vescalier. Je vais voir les vaisseaux de l'escadre à la clarté des étoiles, ce doit être un coup d'u'il magnifique.
TÉRÈZINE, d'un air de regret. Vous croyez !
DE CLERMONT, du haut de la galerie où il vient de monter, à Térézine qui est restée sur le devant du théâtre prés de la table à droite. Porte de la lumière dans ma chambre.
TÉRÉZINE. Oui, Monsieur.
DE CLERMONT. Et Va à tcs affaires? ne t'occupe pas de moi?
TÉRÉZINE, sur le devant du théâtre. Vous n'avez rien autre chose à me demander?
DE CLERMONT, ni'cc i/npatience. Eh non, te dis-je! vat'en!., va-t'en! (.4 part,s'ai>provhant de l'extrémité de la galerie , et jetant un regard sur la terrasse quil est ■ censé apercevoir.) Ces dames ont quille la terrasse... une seule est restée... mais je ne vois que sa taille!.. Assise sur un banc... rêveuse et les yeux fixés sur la pleine mer!.. {Avec joie.) C'esl Irène!! elle contemple le navire qui demain doit einporler son père?.. Pareilli' occasion ne se présentera jamais!.. Mais... si en me voyant, elle s'éloigne?.. Allons!., allons!.. [Il se précipite sur la terrasse a gauche et disparait.)
TÉRÉZINE, pendard ce temps, a allumé deux bougies, ( lie en laisse une sur ta table éi droite.^ elle porte l'autre, ainsi que le i}écessuire de voyage, dans ta chambre n" 13, dont elle laisse la porte ouverte. Elle rentre un instant après , un peu avant que Clermont ait disparu. Toul est prêt là-dedans, et (juaiid il voudra!.. Vat'en, a-t-il dit, \a-t-en! Il a raison. [Tenant son bougeoir ii la main , elle remonte le théâtre.) .Vllons!.. (.ivec un soupir.) Allons retrouver M. Jacquemart! [Elle sort par la porte du fond qu'elle referme.)