SCÈNE m
LE COMTE, pKwIHÈNE.
LE COMTE, se jetant dans un fauteuil, et à part. Allons, et quoi qu'il m'en coûte, pourvu que I lii.unenr de ma famille suit intact, puurvu qu'un éternel silence en.sevelisse ii jamais... ce que je voudrais nie cacher ii moi-même... [Se retournant sans regarder.) Ah !.. c'est vuus, Irèu;.
iREXE, en tuilelle de mariée, s'adressant timidement à son père. Oui, mon père... j'ai obéi ;i voi ordres. Je me .suis parée de ces présents qui me venaient de vous! Ne laisserez-VDUs pas tomber un seul regard sur votre lille"?
LK COMTE, se retournant el poussant un cri d'approbation. Ah!.. (.1 part el se coidenant.) qu'elle est belle! etipii dirait, mon Dieu, il voir ce front si modeste et si pur {.•! Jrène, qui vivil de se jeler
(( .ïP.v (/e/joi(,r.) Que l'ailes-vons?.... que mi' voulezvous?..
IRÈNE. Si j'ai re|.nus-é d'.ilMird 11' mariage que vous
IRÈNE
et ma lante m'imposiez... que mon obéissance actuelle mViljtieiine muii pardun ! Votre Ijéiiédiitioii, mon pén-... (Vvyaiit M. de Brienin' qui rjanle le silence.) Me larefusercz-vous?
LE COMTE, avec ciiiolioii. Non... je vous la donne! et si vous le pouvez, soyez heureuse!
iiiÉNE. Puis-je l'ètrè, quand votre cœur est changé à &■ point! un an liiin de moi!., un an sans m'écrn-e!.. 11 y a un an cependant, quand je vous ai qnilte, mon père... quand je vous ai emlirassé pour la deiniere Ibis... vous étiez pour moi bon et indulgent... vous m'aimiez...
LE COMTE. Ah! c'est qu'alors vous étiez ma lille ! IRÈNE. Ne le suis-jed(ine plus? votre colère, votre sévérité que l'on disait si lerribles et que je n'avais jamais connues, devaient-elles éclater p.jur quelques instants de résistance, bien naturelle! J'ai pu me tromper... mais on m'avait assuré, et vous l'ignorez sans doute, que M. le comte Annibal avait beaucoup de dettes !
LE COMTE. Je le sais!
iiiÈ>E. Qm sa société, ses liaisons, sa conduite étaient loin d'èlre irréprochables. LE COMTE, de même. Je le sais ! je le sais! IRENE. Et vous lui livrez voire fille?
LE COMTE, avec une colère concentrée. Parce qu'à tout autre, puisqu'il faut vous le déclarer, à tout autre qui me l'eût demandée,, moi, gentilhomme, |e n'aurais pas voulu la donner.
IRENE. Qu'entends-je?
LE COMTE. Et qu'avec celui-là même je n'ai voulu manquer ni déloyauté, ni de franchise... Eh bien oui... je lui ai écrit hier... je lui ai tout dit! IRENE. Eh ! quoi donc?
LECoMiE. Ce que j'ai appris à votre frère en lui ordonnant de nous venger et de punir...
IRENE. Ociel! et que lui avez-vous donc appris? LE COMTE. Vous lue le demandez! vous avez cette audace!., vous!
IRENE. Vous me faite? peur... mon père! LF COMTE, cherchant à se modérer. J'ai tort ! j'ai fort... j'avais juré de ne pas prononcer ce nom-là... mais puisque vous m'y forcez, faut-il donc vous rappeler .M. Henri de Clermont!..' IRÈNE, à part. 0 ciel!
LE COMTE. Poun|uoi avez-vous tressailli? {Lui prenant la main.) Pourquoi maintenant ètes-vous tremblante?
IRENE, se récriant. Moi! mon père!
LE COMTE, lui faisant sifjne de se taire. Parlons bas ! {Avec une colère concentrée qui aurimentc toujours.) Sesfolies, SOS aventures scandaleuses^ lors(|u'ilen était question en votre présence, n'e.tcitaient-elles pas votre mé|)ris?
IRENE, de même. J'en C(mviens.
LE COMTE. Eh bien! cette froideur, ce dédain, celte liaine que vous atlectiez, sont-ils des sentiments qui régnent d:!ns votre cœur... répondez!
IRENE. Mon père !
LE COMTE. Ainsi donc, il n'a reçu de vous aucune préférence?..
IRENE. Qui, moi?..
LE co.MTE. jamais il ne s'est trouve... seul... avec vous?..
IRENE. Jamais!., quelle ulée!..
LE COMTE. Jurez-le donc!., juroz-le devant votre père ! . .
IRÈNE, levant la main. Devant Dieu!..
LE COMTE, 0 par/. Ah! C'est trop fort... quand de mes propres yeux... (Haut.) Quand moi-même... IRENE. t}u'avez-vous?..
LECOMIE. Silence! Silence! {A voix basse.) cl tciiietlez-vous. car on vient! {Irène, pendant le commencement de la scène suivante, se retire vers la toilette à iiauche, et pour cacher son trouble a l'air de s'occuper u arranger sa toileUe.)