SCÈNE XIV
Les précédents; LE BARON, LE GOUVERNEUR, CONSTANCE. Ils sont (hius le fond , .Klfred est entre Elvina et Franck, de manière que ceux-ci ne voient pas les autres acteurs.
elvisa, dictant. «Monsieur...
ALFRED, répétant. Monsieur...
ELVINA. « Je ne puis être libre si mon père ne l'est « pas. C'est moi seule qui suis coupable... »
FRANCK, avec un mouvement. Et moi donc !
ELVINA. Non, Franck, c'cit mon étourderie qui !'a compromis, exposé... (.1 .Alfred.) Oui, monsieur Alfred, mettez .. «seule cou|Kible.» [Elle dicte.) «Et « puisque je ne puis prendre sa place, ordonnez au « moins que je partage sa prison. »
LE GOUVERNEUR, au baron qui s'avance. Chut! mon ami.
ALFRED. Quoi! belle Elvina!
ELVINA, vivemt:^!. Ah! ne me plaignez pas : je suis indigne de paraître dans le monde... Cette captivité sera un bonheur pour moi... j'en profiterai pour corriger mon caractère, pour former mon esprit... Oui, oui, je ne m'abuse plus; je me connais maintenant: j'ai dû faire le malheur de mon père, et je veui, à force de tendresse, de soumission, effacer les chagrins que je lui ai causé.?.
LE BARON, courant à elle. Elvina, ma chcrc fiilc... ELVINA, tombant dans ses bras, .Mon père, c'est tui!
CHŒL'R.
Air : Honneur à la musique.
LE GOUVERNEUR, CONSTANCE, AlFRED.
Qu'ici la gjilé l)ril1e ; Quel moment [lour son cœur!
Il retrouve sa fille, Il rcnait au bonheur.
LE BARON, à Elvina.
Oui, de notre famille Tu dois iHrc l'iioiineur ; J'ai retrouvé ma fille, Je renais au bonheur. ji
FRANCK
Oui, de votre famille Elle sera l'honneur ; En retrouvant sa tille, Il renaît au bonheur.
ELVINA. Quoi! mon père, tu n'es pas en prison? LE GOUVERNEUR, ja/eiiifnf. Eh! non, morbleu! il n'y a jamais été, ni vous non plus , ma belle enfant. ELVINA. Est-il vrai? (I oi/a/if Co/i«(anee.) Que vois-je?
LE GOUVERNEUR. Ma niècC.
CONSTANCE, sowiant. Une femme terrible, qui n'est pas si méchante pourtant qu'elle en a l'air, et qui brûle de vous appeler sa sœur. (Elle l'embrasse.)
ELVINA. Ah! Madame...
FRANCK. Comment! mill' s' yeux, nous aurions été dupes...
Lé baron. D'un stratagème dont je m'applaudirai toute ma vie, puisqu'il t'a fait prendre une résolution si courageuse.
ELVINA. Je l'exécuterai... oui, mon père, je te le promets.
fcF, BARON, avec douceur. Ma chère Elvina, je sais bien qu'une leçon de deux heures n'a pu te corriger entièrement. Tu retrouveras encore quelquefois ton ancien caractè?j; mais tu en as vu les dangers, tu as rougi de ton ignorance, je suis sur à prisent de ta conversion; et bientôt, les grâces, tes talents...
FRANCK, en frappant du pied. Des grâces, des talents!... Ah! venlrebleu! on va me la gâter!
VAUDEVILLE
LE BARON
Air du vaudeville des Maris ont tort.
Ici ton amitié fidèle Répond Ju parti que tu prends.
Mais de ta conduite nouvelle Je connais de meilleurs garants; Peut-être, en vain, malgré mon zèle, A ton bonheur j'aurai songé ; Mais sitiit que l'amour s'en mêle.
Ou est bien vile corrigé.
LE COIVERNEUR.
J'aimai, je défendis les hillcs, Et si je fis dans mon prinleni;>s Le serment de vivre pour elles, Je le répète à cinquante ans.
LE PETIT DRAGON
En vain la sagesse en murmure.
Sous leurs lois pronipl à me r nger.
Si c'est un ili^feuit, moi, je jiu-c De ne janiiiis nren coniger.
CONSTAXCK.
CcTur superbe, de voti e auilace,
Un ilonx regard devint l'eciieil;
Fier coulisan, une disgrAre
Saura toniger votre orgueil.
Dans les nœuds d'une anio.;r trop vive,
Redoutez-vous d'être engagé...
Rassurez-vous, l'hymen arrive :
On est bien vite corrigé.
ALFRED
A ebaquê instant, changeant d'idole, Le Français, ilaiis son libre essor.
Se corrige d'un goiit frivole Par un goût l'ius frivole encor; Mais aux cuuibals que Mars prélude, Eu tout temps il vole au danger •
Car la gloire est une habitude Dont il ne peut se corriger.
FRANCK
L' vin est mon meilleur camarade, Et ponitant que d' tours il m'a fiifs : Il m'a fait man(|ner la parade, Que d' fois il m' fit mettre aux ai rets! De ces malic's, à ce qu'il m' semble.
L'eau seule pourrait me venger; Et pourtant toujours ma main tremble Dès que je veux le corriger.
ELViNA, au public.
Quand sur mes défauts un bon père A fermé les yeux aujourd'hni, Messicnrs, pourriez-vous, au jiarterre.
Etre plus sévères que lui'?
Vous êtes notre premier mniire.
Songez-y bien à votre tour.
Ce sérail trop, s'il fallait être Deux fois corrigée en jour.
VIALAT ET C", LMPU[MEURS ET ÉDITEURS.
BâBET* C'est que je ne vous ai pas tout dit. — Acte 5, scène 5.
LE MOULIN DE JAVELLE
ri)MÉlilE-VAlDEVIl,l,F. E> DELX ACTES Kcpréseutée, pour la preiuicre fois, îk Paris, Nurle thoâtredn Gymnase dramatique, le 8 juillet 1S33.
EN SOCIETE IVBC H. MBLESriLLE.
tJtreoniiagcs.
LE RÉGENT, sous le nom de M. Frauçois,
commis aux aides.
L'ABBÉ DUBOIS, son uiiiiistre, sous le nom
de M. Prudliomme.
BABET, maîtresse de François.
TOINON, maîtresse de Prti llmmme.