‹ Pièces de théâtreChapitre 520 sur 575 · BABET, D'AUBIGNY · texte numérisé non relu

BABET, D'AUBIGNY

n'ArBir.NV. .le ne reviens pas de ma surprise, chère Babet!

BABF.T. Vous ignoriez que j'étais à Paris?

n'AïaiioNY. .le savais seulement que vous aviez quitté Dijim, sans confier à personne les motils de ce brusque départ; et j'allais y retourm-r, pour tâcher de découvrir Vus traces!

BABET. Comment! vous ne m'aviez pas oubliée?

d'aiuignï. Viius (iwblier, Babet ! le ciel m'est témoin que, pendant cette longue absence, mon am<iur s'est (neore augmenté; et je vous aime plus que jamais!

BABET, tri'itement. Vraiment! Ah! que vous m'affligez, et que je rcgrcttiî maintenant de vous avoir revu !

d'aubicny, surpris. Qu'entends-je?

UABET. Ecdutiz-moi, monsieur d'Aubigny, et surtout ne vous emportez pas, ne vous mr'ttez (las en Colère; car cela me Iroublr, et j'ai tant de choses à vous dire! Ni>us étions birii cnlants, bien peu raisoniiablis, lorsque nous nous jurions une tendresse éter-

nelle! Élevée près de vous, par les bontés de votre famille, je vous aimai dés ipie je me connus, sans me douter que c'était mal, que votre rang, votre naissance me le défendaient ! [En soupirant.) On me l'apprit plus tard. A peineétiez-vous parti pour votre régiment, à peine avions-nous perdu votre bonne mère, ma seule protectrice, que votre oncle, le conseiller au parlement, effrayé de votre attachement poui moi, et craignant votre retour à Dijon, me reprocha mon ingratitude, m'accusa de coquetterie, de séduction, et me menaça de vous déshériter, si je ne m'éloignais sur-le-cliamp !

n'AUBir.NY. Et vous avez consenti?

BABET. Je le devais à la mémoire de votre mère ! à vous ! je me résignai, je partis pour Paris, où j'espérais trouver nn parent, le seul qui me restait; mais hélas! quand j'arrivai, il n'était plus !

D'AUB1G^Y. 0 ciel !

BABET. C'est alors que je me vis sans ressource, sans appui, au milieu de cette ville immense! exposie à des dangers que je soupçomiais sans les connaître, et que je redoutais plus qui' la misère et l'abandon ! je n'avais qu'un moyen de m'y soustraire, le travail ! je suivis les conseils d'ime bonne femme qui m'avait recueillie; j'entrai dans un magasin, persuadée que partout, quand on le veut bien, ou peut rester honnête, et je ne me suis pas trompée ; car, sans blâmer celles de mes Compagnes qui pen'cnt autrement, j'ai mérité l'estime des autres et conservé la mienne.

d'aubigny, attendri. Chère Babet, et c'est moi qui suis cause !.. que de torts à vous faire oublier !.. mais maintenant vous avez nn ami, un did'enseur près de vous; je reprends tous mes droits... [Tiemaripiantson trouble.) Eh mais! vous tremblez! vous détournez les yeux!

BAiiET, avec embarras. C'est que je ne vous ai pas tout dit.

d'aubigny, étonné. Connnent?

BABET, timidement^ Vous ne vous fôchcrez pas?

d'aubigny, inquwt. Non; mais...

BABET, de. même. Vous me le promettez!

d'aubigny, cherchant. Qu'est-ce donc? {Comme frappé d'une idée subite.) Dieux! vous en aimez un autre!

BABET. Monsieur d'Aubigny !..

d'aubigny, très-agité. Vous en aimez un autre?

BABET, baissant les yeux. Eh bien! s'il était vrai?..

d'aubigny. S'il était vrai!..

babet. Pourquoi ne l'avouerai-je pas sans rougir, à mon frère, à mon ami?

d'aubigny. Votre frère!..

BABET. Je ne pouvais être à vou.s, monsieur d'.\ubignv, votre naissance, les menaces de votre oncle...

d'aubigny, avec emportement, (tue m'importe sa fortune! j'aurais tout bravé pour vous donner mon nom!

BABET. A moi ! vous vous en seriez bienti'it repenti; et jamais je n'entrerai dans une famille i|ui me mépri,serail! J'ai aussi (|uelque fierté; je suis bien jeune; je connais peu le monde; mais j'ai compris qu'une pauvre fille, pour être lieureii-e, ne devait pas avoir trand)ition, ne devait aimer cpic son mari; être mari, je l'ai trouvé, un honnête homme, de mon rang, de ■ mon état, eu qui j'ai placé ma confiance...

i AiB : Voilà trois a)is qu'en ce village {de Léocaduc).

I II »raline île toute son l'iule,

I II in'i^puusc sans en roiiitir;

LE MOl'LIN DE JAVELLE.

Et, moi sans redouter lolil;lme, Comme ('qioux jo peux le (liérir; Il faut que dans nu bun nH''Mase, Tniit soit égal, et, Dieu merci!

Je n'ai rien... lui. pas davant;ifxe!

Voilà (bis) iJOuTciuoi je l'ai choisi!

Jugez-moi, maintenant, snis-je donc si coupalile?

v'AvmGyy, atterré. .Mil Baliet, et voilà ma rrconiponso! f)nan(i je n'étais oeriipé qno de \ous, quanil, pour iil'affrancllir de ma famille, pour ni'assurer un sort indépendant, je m'expose peut-èlre...

BABET, avec intirêt. Vous vous exposez! et à quoi?

d'aiibigny, s'arrctant. Vous le saurez! il faut que je m'éloigne, un devoir sacré... mais je reviendrai bientôt; je verrai ee rival.

BABET. 0 ciel ! que prétendez-vous?

D'AUD1G^Y, lui serrant la ynain avec expression. Faire valoir mes droits! souvenez-vous que j'ai vos premiers serments, que nulle puissance humaine ne jieut vous enlever à mon amour, et malheur à celui qui oserait le tenter. (H sort par la seconde coulisse à droite.)

BABET, le suivant. Monsieur d'Aubigny! monsieur d'Aiihigny! [Elle s'arrête.) Il ne m'entend plus! .\li ! que je le plains, il méritait d'être aimé! mais un moment de réflexion le calmei'a, j'en suis sûre; il me rendra son amitié, il est si généreux, si bon, si aimable! pas tant ([ue M. François, cependant... [.'\vec joie, et regardant de côté.) Ah! c'est lui ! quel bonheur qu'ils ne se soient pas rencontrés !

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