SCENE VI
BABET, M. FRANÇOIS, JUSTINE, RUSE, et les
AUTRES GrISETTES.
[M. François entre par la droite, entouré de petitrs filles : d est velu d'un habit très-simple, recouvert d'une sleinkerque bleue à brandebourij ; il porte l'épée à poignée d'acier uni. Toutes sautent autour de lui.)
M. FRANÇOIS
Air : Vivent les Fillettes.
Vivent les fillettes.
Et vive l'amour.
C'est ohcz les grisettes Ou'il fixe sa cour.
Fraîcheur et jeunesse.
Corps souple et léger; Plus d'une duchesse Voudrait liien changer.
Vivent les fillettes, etc.
Sans rouge et sans mouche.
Vivent les appas Que Zéphire touche Et u'abime pas!
Vivent les fillettes, etc.
jcsTiNE, le pinçant. Je parie que vous m'avez oublié mes rubans?
ROSE, de même. Mes bonbons?
M. FRANÇOIS, gaiement. Ah! Mesdemoiselles, je me vengerai. (H les embrasse en leur donnant des paquets de rubans et de bonbons.)
BABET, s'approchanl, un peu fâchée. Eh bien ! Monsieur, que faites-vous donc?
M. FRA>çois, tendrement, et lui baisant la main. Pardon! c'était pour avoir le droit d'arriver jusqu'à vous.
JUSTINE, ne voyant plus d'Aubigny, et bas, à ses
compagnes. Elle a renvoyé l'autre! c'est bien; elle se forme !
BABET, à demi-rni.v. Comme vous venez tard".
M FR\Nçois, (/(' même. ISe m'en parlez pas! j'étais au supiilicr, un travail pressé avec notre contrôleur.
baiii:t, rfc jiiemc. Luiavcz-vous demandé la permission pour notre mariage.
M. FRANÇOIS, hésitant. Oui, oui, j'aurai sou agrément, et j'espère même di' ravancement, une pl.iceau Palais- Royal, dans la maison même du régent.
EABK.T. Une place! et laquelle?
M. FRANÇOIS. Je vous Ic dirai, ce n'est pas là ce qui m'ini|niéte.
BAUET, de même. Et quoi donc? .
M. FRANÇOIS, tendrement. C'est vous, chère Babel, cette défiance, celte réserve continuelle ipic vous opposez s^ins cesse à mon amour! on dirait que vous n'osez m'aimer qu'à l'abri d'un contrat. Ah! si votre cœur était réellenienl épris!
BABET, bas, et avec amour, ingrat ! plaignez-vous, je vous le conseille, quand je ne pense (pi'à vous, que je ne SUIS heureuse qu'auprès de vous.
M. FRANÇOIS, avec joie. Vrai?
liABET, t)as. Si vous me trompiez, je serais si malhi'ureu>e! si à plaindre !
JUSTINE,. se mettant entre François et Babet, et les séparant. .\li çà ! les amoureux, les conversations particulières sont défendues.
BABET, avec humeur. Quel ennui ! on ne peut pas causer.
JUSTINE. Ce n'est pas pour faire du seniiment à vous deux (pie nous sommes venue-^ Imrs barrières, il faut ipie .M. François suit aimable pour tout le monde.
M. FRvNçois, gaiement. C'est juste, je vais commander le dîner.
Air du Verre.
Allons, mes belles, dépêchons, La carte sera bientôt faite ; La g lite qui fuit les salons, •Se réfugie à la guinguette!
Je conçois pourquoi, dans P ris, Plaisir et bonheur n'entrent guère; Los amoureux et les commis Les retiennent à la barrière! TOUTES.
Les amoureux et les commis Les retiennent à la barrière!
(// s'est assis devant la table, a pris la plume, et va écrire la carte.)
BABET, l'empêchant d'écrire. Non pas ! c'est nous qui vous traitons; vous avez accepté.
M. FRANÇOIS. Soit, mais à une condition, c'est r|ue demain vous viendrez toutes souper chez moi, au Palais-Royal.
TOUTES. Au Palais-Royal?
M. FRANÇOIS, se reprenant. C'est-à-dire, près du Palais, rue de Richelieu, une petite |iorte à droite...
JUSTINE. Certainement, nous irons! C'est amusant de souper chez un garçon, on met tout sens dessus dessous.
BABET, bas, aux grisetles. Un tout. Mesdemoiselles, j'espère que vous ne toucherez à rien.
ROSE, aux autres. Tiens! ne dirait-on pas que c'est déjà son ménage.
JUSTINE, regardant à droite. Ah ! .Mesdemoiselles, je viens de voir Toinon !
BAPEr. Elle est ici?
M. FRANÇOIS. Qu'est-ce que c'est que Toinon?
loa
LE MOULIN DE JAVELLE
jfSTi>E. La fillo fie Ijoiiliquede l;i lingcreà côté de clioz nous; uiil' iiiijaiirce qui m'a dit ce iiiatin qu'elle allait diiur clicz.-a Imite, qui arrive de 1!. Hagne.
iiAiiET. Sa tante, elle n'en a pas.
M. FUA>çois, rhint. Très-bien !
JusTiNF., regardant. Et elle est avec un monsieur.
TOUTES, accc curiosilc. Un jeune homme?
ji'STixE. Non!
liOSE. Joli g.irçon?
JUSTINE. An contraire. Nous allons rire! chut! les voici. {François, Uabet, Justine, Rose et les autres griseltes se placent sur le côté à gauche, pendant que Prudhomme et Toinon entrent par la droite.)