‹ Pièces de théâtreChapitre 558 sur 575 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LÉOME; M. DE VERCOIS, à qui BABET donne le bras .

BABET

Air du vaudeville du Colonel.

Prenez, Monsieur, ce bras que je vous donne ;

Il voudrait marcher seul, je cioi!

M. DE VERBOIS

Oui, maintenant, voilà mou Antigone.

BABET

Allons, Monsieur, appuyez-vous sur moi.

M. DE VERBOIS

Tu sais, Babet, d'un sexe qu'on redoute

Réparer les torts aujourd'luii .' Lui qui souvent me fit broncher en roule. Sur mes vieux jours me devait un appui !

BABET. Là, là, doucement. Monsieur. Vous allez vous faire maL {Avec mauvaise humeur.) 11 est si étourdi...

M. DE VERBOIS, s'asseijant avec peine. Moi étourdi ! Cette Babet me fait toujours des compliments...

LÉONiE. Bonjour, grand-papa! comment avez-vous passé la nuit?

M. DE VERBOIS, lo baisant sur le front. Pas mal, mon enfant. C'est bien aimable à toi d'être venue, de si bonne heure l'informer de mes nouvelles : je me ressens un peu de la soirée d'hier.

BABET. Je crois bien, à votre âge... à soixante-dix ans, donner un bal.

H. DE vERBiiis. D'abord, Babet, ce n'est pas moi, ce sont mes petits-cufants qui l'ont donné, pour célébrer l'anniversaire de ma naissance.

Air : Muse des bois.

Voilà soixante et dix ans, ipiandj'y pense, Qu'i pareil jour j'arrivais impromptu ;

[Montrant Léonie.) Et leur bouquet, quoiciuattendu d'avance, Me fait toujours un plaisir imprévu, C'est uiiejo e à nous seul réservée.

Car il est doux pour le cœur d'un vieillard De voir eiicor léler son arrivée Quand il se trouve aussi près du départ.

BABET, montrant son livre de dépense. Oui ; mais qui est-ce qui le paiera, ce bal?

M. DE VERBOIS. Eh! pai'blcu ! c'est moi; qu'est-ce que tu veux donc que je fasse de mon argent? Je n'ai plus d'autres plaisirs que ceux que je puis procurer aux autres, et je donne tant que je peux à mes [ilaisirs.

BABET. A la bonne lieiu'e. Monsieur; mais vous verrez le livre de dépense... quatre cents francs pour un bal !

M. DE VERBOIS- Je sais qu'autrefois c'était meilleur marché : mais depuis que les contredanses sont des concertos, et 1rs ménétriers des Viotti, ça a dû renchérir ; c'est comme le menuet, qui a été remplacé par les entrechats .. il faut bien s'élever à la hauteur du siècle : du reste, je n'y ai pas de regret. Mon petitfils Adolphe a dausé l'anglaise dans la. perfection, et Léonie... (Essuyant ses yeux.) je croyais revoir sa pauvre mère... enfin, des personnes qui viennent rarement chez moi... de simples eonnais-ances médisaient à chaque instant : Monsieur de Verbois, qhelle est donc cette jolie per-onne qui danse avec tant de grâce ? — C'est ma petite-fille, Monsieur. — Tu sens que c'est infiniment flatteur pour un grand-papa!

BABET, se levant. \ii\Vd votre déjeuner. Monsieur.

M. DE VERBOIS. C'est bien. Veux-tu la moitié de ma tasse de chocolat, Léonie ?

LÉONIE. Mon, mon grand-papa. J'aurais à vous parler, et mon frère .Adolphe aussi, du moins à ce qu'il m'a dit.

BABET. Et puis une autre audience encore que Monsieur sait bien.

M. DE VERBOIS. Qui donc?

BABET

Air du vaudeville de l'Écu de six francs. Eh mais! cette jeune personne Que Monsieur peut-être attendait.

M. DE VERBOIS

Qui, moi ?

BABET

Surtout ce qui m'étonne, C'est qu'on veut vous voir en secret.

M. DE VERBOIS

Comment, me parler en secret?

BABET

Oui , Monsieur, sachez que tes belles Courent après vous...

M. DE VERBOIS

Quoi! vraiment? Elles font bien, car maintenant Je ne puis courir après elles.

Mais je n'attends personne, et je ne sais pas ce que tu veux dire.

BABET. En ce cas. Monsieur, je vais vous la chercher.

LÉOME. Du tout: mon grand-papa commencera par m'éconter.

M. DE VERBOIS. C'cst trop juste ; la famille d'abord. Prie celte personne là et celles ipii pnurraient arriver de vouloir bien atti'udrc, mais pas ilaus l'antichambre comme tu le fais ordinairement; lu me donnes l'air d'un ministre.

BABET. {'.'e>t cela, pour gâter mon salon et tous mes meubles; je n'ai peut-être pas déjà assez de peine à les nettoyer.

LÉOME. 11 me semble, Babet, que vous pourriez dire le s don de mou grand papa.

M. DE vEiiBois. Il n'y a pas grand mal, ma fille; c'est l'Iialiitudc : les cinq premières années que Babet était ici elle disait : le salon de Monsieur; cinq ou six

LE BON PAPA

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LBOniB. Eli bieD 1 la mariée qui so Irouve iiaî. — Acte 1, scène 17.

ans après elle disait : Notre salon ! et maintenant : Moi) salon. Que veiix-tu; elle prend tant d'iiitirùt à fie qm me toiiehe, que tout ce qui est à moi lui appartient. (Lui donnant un petit coup sur la joue.) Cette pauvre Baljet! Allons^ allons, laisse-nous. [Elle sort.)

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