‹ Pièces de théâtreChapitre 70 sur 575 · SCENE vm · texte numérisé non relu

SCENE vm

HECTOR, ODOAKD.

HECTOR, a M canlonailc. C'estbon, c'est bon, Mam'selle, on y va. (.1 pnri.) Que di.djle peut-elle vouloir au lits de l'aubergiste?., peut-ètie un ancien compte...

ODOARD. Me Irompé-je?.. Hector !..

HECTOR, à part. Odoard!.. au diable!.. {Haut.) Enchanté!,.

ODOARD. Cimimenl étes-vous ici, -mon cher?

HECTOR. El vous qui parlez, qui vous y amené? N'ètesvous pas de l'escorte qui attend la jeune reine?

ODOARD. Ah! vous le savez?

HECTOR, x'inclinmit. .le n'ai pas été étranger i un choix aussi honorable !

ODOARD, avec dépit. Oui nu: fera rester loin de Najilrs deux jouis, etpi'ut-ctrc |ilus.

HECTOR, soiiriitnl. J'avais prohablement mes raisons., cl dans votre intérêt je vous engage à ne p.as rester ici... La reine peut arriver d'un inslant à l'autre...

ouoARD. Vous êtes trop bon! mais rassurcz-vouiï, je scr.ii prévenu.

iii.r.TOR. Et cnmni.'iit''

onoAiin. Deux ou trois piipieiirs écheliinués sur l;i roule... et le dernier, qui est à quelques i:enls jias d'e i, m'av.rlira sur son cor de chas.ie... vous savez? celte finfare brillanle...

HECTOR. Que l'aulre jour nous exécutions cns,niblc?

ODOARD. Vous surtout! avec tant de succès!..

HECTOR. Vous me faites rougir!

ODOARD. Pourquoi donc?., vous avez tous les talents distingués... celui de piqueur... celui de cocher... et ce costume de voiturin...

HECTOR. Un habit d'étude... pour m'exerrer à conduire... c'est gr.'ind genre...

ODOARD. Allons donc!

HECTOR. Genre anglais!

oniiAiiD. Allons donc! vous dis-jo; Jo sais tout.

HECTOR. Vrai?.. Eh bien! alors, j'y mettrai de la confftince... Une idécadmirable .. diabolique... une idée digne de vous... Hier, après notre séance, je m'en retournais à mon bùtel, rêvant à notre iiari cl à cotte jeune beaulé que vous me disiiutiez, lorsqu'on Iraversiinl la Cliiaia j'aperçois sur la place notre jolie couturière entourée de muletiers, de voituriiis qui se la disiiulaient. J'apinocbe, et je l'entends conclure son marché avec l'un d'eux [lour aller jusqu'à Tarenla...

ODOARD, Jo lo savais! -

HECTOR. Où elle doit se rendre.,.

ODOARD, En passant par ici. , . Voilà pourquoi je l'atlcndais.

HECTOR. J'ai fuit mieux!

ODOARD. Vous êtes parti avec elle?

HECTOR. Justement!.. J'accoste le voiturin, cl sans marchander, costume, voilure, équ'qiago, je lui achète tout en bloc, y compris la voyageuse, et ce matin je me présente eu son lieu et place à ma nouvelle acquisition.

ODOARD. Et elle vous a pris pour lui?

HECTOR. .\ peine si elle l'avait regardé... et je me suis annoncé si naturellera^nt coniuio celui avec qui elle avait Iraito la veille, que, grâce à cet aplomb, à cette candeur d'elfrouleric qui nous est prescrite par l'article trois de notre règlement...

ODOARD. Que vous possédez à merveille !

HECTOR. Et vous donc!., jo l'ai entendue dire à ses compagnes en leur faisant ses adieux : C'est singulier! il ne m'avait pas semblé si bii.'n hier...

ODOARD. Elle a dit cela?

iiiicroR. C'était de bon augure, et la suite a répondu à cette heureuse entrée en campagne.

ODOARD. Quoi! vous VOUS étes déclaré?

HECTOR. Je m'en serais bien gardé... quand j'ai vu les avantageS'de ma position... On ne se défie ji.is d'un voituriu... c'est sans conséquence... on est là, près de lui... on cause... un cahot rajiprocbe les dislances.», et, grâce au ciel clan gouvernement, les routes sont si mauvaises!.. El quand il faut descendre de voiture, il n'y a pas de marchepied... c'est gênant... je suis obligé de la recevoir, de l'enlever dans mes bras... Et quand elle remonte en voilure... c'est bien mieux encore... une jambe charmante...

ODOARD, avec humeur. C'est trop fort! et je ne la laisserai pas exposée plus longtemps à un pareil danger... Je la sauverai !

nccTOR. Comment cela?

ODOARD. En lui disant qui vous êtes... en la prévenant des pièges que vous lui temlez!

HECTOR. Avisez-vous-en! et de mon coté je l'avertis do se délier de Vous!

ODOARD. Je dénoncerai vos projets!

HECTOR. Moi les vêtres!

ODOARD. Elle sera perdue pour vous!

HECTOR. Et vous ne l'aurez pas gagnée!

onOARR. i\u i'.iit, ça no servirait qu'à nous auunler l'un par l'autre; et c'est d'autant plus honteux que j'avais invité pour ce soir tous noscompaguons... vousic premier... Il letlie doit être à votre lièlel.

ni:CTOR. Vraiment!

ODOARD. Eh! oui... me croyant sib' du succès, j'airnmni.inde ici un souper do treize couverts, afin que nos amis fussent témoins. de lunn trionqibe.

LES TREIZE

UEcruii. Ils le seroiil Ju niiuii.

ODDARD. Non pas!

HECTOR. C'est ce que nous verrons!

ODOARD. Plutôt y renoncer tous Jeux!

HECTon. Eli bien! eh bien ! ne nous ttchotis pas! mettons dans nos trahisons toute la loyauté possible, et faisons de franc-jeu une conTention...

ODOARD. Lai[uclle ?

HECTOR. Quelque stratagème, quelque mensonge que puisse inventer l'iin de nous d'eux, l'autre ne le démentira i)as... quitte à enchérir en ripostant par quelcpie chose de plus fort.

ODOARD. Soit!., une assurance mutuelle!..

HECTOR. Pour tromper avec publicité et concurrence. Et pour commencer, vous ne direz pas qui je suis.

ODOARD. Je le jure sur l'houneur!

HECTOR. J'ai l'avantage, et je le garde !

ODOARD. Jusqu'à ce (|ue je vous l'enlève.

HECTOR. Ce qui vous sera difficile, car je ne quitte pas la petite d'un instant.

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