SCENE Vin
Les PRÉCÉDENTS , DIMITRI.
DiuiTRi, entrant avec colère. Oui, j'en fais serment, il ne mourra que de ma main.
LESTOCQ. Eh qui donc , mon odicier? est-ce un malade que vous voulez me recommander ? un oncle à succession? me voilà.
DiMiTRi. Ah! c'est vous, Lestocq, vous me voyez furieux!
LESTOCQ. Et contre qui?
DiMLTRi. Contre cet indigne, cet infime Golofkin.
STROLOF. Prenez garde ; s'il entendait...
LESTOCQ. Il est ici !
DiMiTRi. Je le sais bien! et peu m'importe! il ne m'enverra pas en Sibérie. Mais il a fait plus encore; on vftnt de nous signifier de sa part que notre régiment n'avait qu'un jour à rester dans la capitale.
LESTOCQ. Vraiment!
DIMITRI. Après deux ans d'absjnce ; et l'infamie , docteur, c'est que j'allais me trouverprès de celle que j'aime; et repartir encore pour Smolensk. Non , morbleu! plutôt donner ma démission, plutôt briser mon épée.
LESTOCQ. Modérez-vous !
DIMITRI. Jamais. C'est une atrocité que je ne pardonnerai pas , et que Golofkin me paiera dans ce monde ou dans l'autre. Ne pas la-voir, être séparé d'elle ; concevezvous, docteur? et pourquoi? parce qu'il dit que nos soldats ,que le régiment de Novogorod est animé d'un mauvais esprit.
LESTOCQ, auec joie. Vraiment ; je le savais déjà!
DIMITRI. Eh bien! morbleu, ils ont raison, ils font bien; et moi, qui jamais de ma vie ne me suis mêlé de rien, si je savais qu'il y eilt quelques bonnes conspirations, quelques projets de soulèvement, je serais trop heureux d'en être.
LESTOCQ. Est-il possible ?
DIMITRI. A une seule condition; c'est qu'on me permettrait (le tuer Golofkin moi-même.
STROLOF, bas, à Lestocq. Je l'avais retenu!
LESTOCQ, à Strolof. Tais-toi!
DIMITRI. Mais, par malheur , il n'y a rien, personne ne pense à conspirer. Les Russes se laisseraient tous opprimer sans jamais lever la tète.
LESTOCQ. Qu'en savez-vous?
DIMITRI. Hein! que dites-vous là?
LESTOCQ. S'il y avait des coeurs généreux qui s'entendissent avec le vùtre, qui réclamassent les secours do votre épée et de vos soldats; pourraient-ils compter sur vous?
DIMITRI. Oui, morbleu, toujours. [Le regardant avec étonnement.) Ah çà ! dites (lonc, docteur, c'est donc sérieux? il y a donc quelque chose? moi je parlais là sans y penser, mais je ne m'en dédis pas; je n'ai j.imais cons- ■ pire de ma vie, c'est du nouveau.
LESTOCQ. Etourdi !
DIMITRI. Voyons un peu, parlez; vous voulez donc renverser Golofkin? c'i'st bien; le tuer, nous verrons; c'est peut-être un peu vif pour la première fois!
LESTOCQ, regardant dans la coulisse àr/aiiche. Taisezvous dc^; on vient. (.1 part.) Mailanio Golofkin!
DIMITRI, s'avançant et regardant dans la coulis-^e à gauche. Ah! mon Dieu! est-il possible? cpielle renronire!
LESTOCQ, à Dimitri. Ce n'est pas le moment de vous expliquer; plus tird vous saurez tout. Viens, Strolof!
STKOLOF. Oui, inaitre. (Ils sortent pur la droite.)