SCENE VII
LESTOCQ , puis STROLOF.
LESTOCQ. Oui, je la forcerai bien de conspirer. Oui, je la ferai impératrice malgré elle, car jamais on n'a été moins princesse. Il n'y a dans cette femme-là qu'une femme et pas autre chose ; des futilités, des plaisirs, des rêves d'amour, voilà tout ce qu'il lui faut. Eh bien ! permis à elle, mais quand elle sera sur le trône , et on lui permettra alors d'être la voluptueuse Elisabeth ; c'est ainsi qu'ils l'appellent. {Apercevant Slrolof.) C'est Strolof; comme le voilà sombre et rêveur! {Strolof va à lui, met un genou en terre et lui baise la main.) Il y a quelque temps que nous ne nous sommes vus, depuis mon dernier voyage; mais j'ai pensé à toi. Reléve-toi, mon garçon ; comment va ta mère ?
STROLOF. Elle va bien, monseigneur le médecin, et moi aussi : je viens encore d'être battu.
LESTOCQ. 0 ciel !
STROLOF. Par l'ordre de Oolofkin ; aussi, j'ai la rago dans le cœur quand je pense qu'il faut toujours recevoir et se taire.
LKsTocQ. Pouripiui donc? On peut rendre à son tour, et si quelque jour lu trouvais le moyen de donner le knout il Golofkin...
LESTOCQ
STBOLOF. Lui! mon maître! oh! non, jamais. {Avec une joie concentrée.) }e le tuerais bien , par exemple; mais le battre, je n'oserais pas.
LESToco , froidement. Eh ! mais, dans le monde , tout estjiossihlc Pour commencer , je t'ai racheté à l'intendanrde Golofkin.
STROLOF. Ociel! dites-vous vrai? Vous êtes mon maître.
LESTOCQ. Je t'emmi'-nerai à Saint-Pélersbours , tu reverras Catherine, ta fiancée; je te la ferai épouser, et je vous donnerai il tous deux votre liberté.
STROLOF. Ah! monseigneur Lestocq, je vous appartiens corps et àme, et s'il ne faut que se faire tuer pour vous, dites-moi : va, et j'irai .
LESTOCQ, avec chaleur, et à demi-voix. Bien! mon garçon, bien! tu partageras mes dangers. J'aurai besoin île ton courage et de ton bras. Tu sauras pourquoi .
STROLOF, froidement. Ce n'est pas la peine .
LESTOCQ. Bravo! voilà une réponse digne d'un soldat russe. Il y a du plaisir à conspirer avec des gens comme ceux-là; ce n'est pas comme en France où iU veulent toujours savoir... Eh! mais, quel est ce bruit?