‹ Pièces de théâtreChapitre 1037 sur 1093 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

ÉLTSA, M»^ MEUNIER, JOSEPH.

M"' MKUNIER. Et il rit encore. . . il ritl... mauvais sujet... qui me fait du chagrin... qui me rend malheureuse. . . qui me fera mourir..

JOSEPH. Ah! si la grand mère pleure, je n'en suis plus...

M""^ MEUNIER. Allez-vous-en... allez à votre atelier, mauvais sujet. ..

JOSEPH. Non, grand'mère, non... je ne m'en irai pas comme ça... par exemple... nous quitter brouillés!... j'en serais malade toote la journée...

Élisa. Allons, grand'mère...

M"^ MEUNIER. Non, nonl... qu'il s'en aille... je ne veux plus voir... un drôle... un paresseux... un fainéant.

JOSEPH Allez, grand'mère, grondez bien... abîmez-moi... aplatissez-moi... voulez-vous me battre un peu... si ça vous soulage, ne vous gène/, pas... [À part.) Elle me tape quelquefois... connue ça pour rire... elle ne me fait jamriis mal...

M""* MEUNIER. Vous le mériteriez bien... un brise-tout... toujours déchiré... que sa sœur s'arrache les yeux pour lui faire des reprises. . .

ÉLISA. Je ne m*en plains pas, grand'mère.

JOSEPH. Bonne Lisa!.,.

M""^MEU.MEU. Et ta casquette, malheureux, où est ta casquette?

JOSEPH Ma casquette... tiens, c'est vrai! elle ♦ M n.-.téf dans le canal, grand'mère...

M"" MEUNIER . Une casquette de cinquantecin(| sous... Tiens, va-t'en... tu mourrassur l'écliafaud!. ..

Eli» va s'asseoir sur son fauteuil.

JOSEPH. Pour avoir perdu ma casquette... {Àjjnrt.) Nous en sommes déjà là... ça va èlrf- f.iii loin rie suite.

£lisa, '/.s«mc sur la chaise auprès de mof dame Meunier. Elle était bien vieille sa casqueltp.

JoSEPti. El puis dcniandez-nioi, grand'mère, s'il y a du iion .sens dm se mettre dans des états connue ça... pour une méchante casquelleàgéedcilix-' ;iit mois!.. . p.iidi, j'en manque bien de ca^iueltes... vuulez-vous

que je vous en fasse vingt-quatre, et tout de suite?... Nous autres, à l'imprimerie, nous n'avons pas besoin de chapelier.. . [Il va à la table, prend une grande feuille de papier, et fait un bonnet.) Voulez-vous un colback, un chappau à la Napoléon... un bonnet d'évèque. Vous n'avez qu'à parler... par brevet d'invention...

Il se coilTe du bonnet qu'il vient de faire, monte sur une chaise, et prenant une attitude, il chaate.

Voilà, voilà, le cliapelier français.

Voilà, voilà...

M*"" MEUNIER. Le moyen de se fâcher avec un monstre comme çal

JOSEPH. Elle a ri.

M"" MEUNIER. Mais qu'est-cc que tu as été faire dans le canal?... voyons! qu'est-ce que tu as éié faire dans le canal?...

ÉLISA, Oh! pour ça, grand'mère, ne le grondez pas... c'est u sou éloge... il a sauvé un enfant qui se noyait...

M* MEUNIER. Vrai!... à la bonne heure, tu as sauvé quelqu'un... c'est bien, je ne dis pas, mais pourquoi qu'il abîme ses elTels?...

JOSEPH. Dam !. .. je ne sais pas me jeter à l'eau sans me mouiller. Allons, la paix, bonne grand'mère .. (Il va auprrs d'elle et la caresse.) Vous n'êtes pas si niéchanîe que vous en avez l'air, ni moi non plus, uu mauvais sujet, un scélérat comme vous dites... mais un bon enfant, qui vous aime bien...

Il l'entoure de ses bras.

ÉLISA, à part. Câlin!...

M"'^ MEUNIER. Jesais... je sais. .. mais alors il faut travailler... il faut être un homme...

JOSEPH, se laissant glisser à genoux auprès d'elle. Oui, oui, c'est vrai... et je ne suis qu'un gamin... mais, soyez tranquille, ça viendra quelque jour... encore un an de bouchon, et ce sera fini... au travail... ferme !. . j'enfoncerai les autres à l'atelier... je serai maître, contre-maître... et qui sait!., notre patron, voyez-vous, grand'mère, il est venu à Paris en veste et en sabots... le sac sur !e dos... il n'avait pas plus... il avait moins que moi... et maintenant il a une ioïprimeric. .. des ouvriers... et des rentes... mille é( usa manger par jour... dans la vaisselle plate encore; et à la dernière exposition des industries, la croix qu'on lui a donnée... la croix dhouneur! Oam ! pourquoi que je ne serais pas connue ça uu jour?... Dieu! serais-je content pour vous, grand'mère! il ne vous mantiiierait rie» .. votr'café tous les matins... avec une bonne douillette, bien ouatée, bien chaude... une citadine pour faire les courses... et une loge à rAnd)igu le dimanche... Comme je vous dorloterais...

comme je vous mijoterais. .. {L'embrassant.} Bonne grand'mère... va?...

ÉLISA. Est-ce que tous lui tenez rancune?

LE GAMIN DE PARIS

JOSEPH. Et une dot... à cette bonne Lisa!..

une dot énorme!,..

M"* MEUNIER. C'est d'iiH bon garçon, ce que lu dis là... vous ferez votre chemin... Oh ! oui, je prie tous les jours le bon Dieu pour qu'il vous bénisse... Voyez-vous, mes enfants, nous ne sommes pas riches.. . vr)!re père ne vous a rien laissé... un soldat, c'est tout simple... mais un brave, un honnête homme qu'on estimait... Faut être comme lui... Pauvre Etienne... je l'ai perdu... ça sera ma consolation. .. et du moins, quand je vous quitterai, je me dirai : Ils sont pauvres, mais honnêtes comme leur père.

ÉLISA, à part. Ah! mon Dieu!...

M"" MEUNIER, pleurant. Mon pauvre fils!

JOSEPH. Allons!... ;iiion8!...grand'mère!.. v'ià que vous pleurez.. . vous vous ferez mal. . . rencognez-moi donc ça. (// lui prend son mouchoir et lui essuie les yeux.) Tenez, voilà que vous faites pleurer Lisa. ..

ÉLISA, vivement. Moi... mais non... mais non... qu'est-ce qu'il dit donc làî...

JOSEPH. Riez, maman Meunier... riez vite; allons, une petite risette, que je m'ea aille content...

M""* MEUNIER, en riant. Pars, voyo is... va à ton atelier.. . {Il l'embrasse, elle se lève.) Mais ne va donc plus au canal Saint-Maitin, malheureux*.

JOSEPH. Dam!... il y a quelquefois des bonheurs... comme aujourd'hui.

M'"'= MEUNIER. Et surtout, ne joue pas au bouchon... entends-tu?

JOSEPH, revenant. Olil ça... je ne promets pas, maman Meunier; j'ai le goût. .. c'est venu au monde avec moi... et je vous dirais non...

M°" MEUNIER. Joueur...

JOSEPH. Dam!... ça ne cofite rien à personne... il n'y a pas de frais à ce jeu-là... ne craignez rien, le tapis est là... pour tout le monde .. Ce n'est pas comme au billard... douze sous par heure. . . et quinze sous le soir... à cause des quiuquets... au lieu que le bouchon...

Aia nouveau. (Musique de M. Hormille.)

Je suis gamin, faut qu' jeuness' se passe.

Les gaïuius sont de bons enfants;

Avec le temps tout s'efface,

J'serai moins jeun' quand j'aurai trente ans.

Flâner est dans mes habitudes,

Je n' suis pas fort sur le latin ;

J'ai complété mes études

Le long du boul'vart Saint-Martin»

A croix pile j'ai du génie,

Aux quille-; je suis un luron ;

Je suis rCésar de la toupie,

£t l'Altxaudre du bouctlon.

Je suis gauiin, etc.

Il sort en courant et en sautant.

* Elisa, Joseph, Mme Meunier.

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