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SCÈNE III

AMÉDÉE, LE GÉNÉRAL, atsis sur son canapé, HILAIRE.

LE GÉNÉRAL. L'aimable compagnie pour un goutteux!...

HILAIRE. Monsieur Amédée déjeunerat-il?

AMÉDÉE. Non, merci... à moins que mon père...

LE GÉNÉRAL. Oh! je ne te retiens pas.... du chocolat... c'est assez maussade. [IJUaire sort.) Il te faut le café Anglais, des amis, ou du moins des convives pour parler de chevaux et de femmes... C'est tout simple. A c'est de votre âge, et je ne m'en plains pas... si ce n'étaient les habitudes d'oisiveté où cela te jette...

AMÉDÉE. Mais je m'occupe, mon père, autant que ma position et ma fortune l'exigent...

LE GÉNÉRAL. Oui, à rien faire... Parce que tu as de la fortune, tu te crois dispensé d'être bon à quelque chose... L'Opéra... les Italiens.... après cela les bals, le bois de Boulogne... et puis, c'est tout. {Amrdée prend xme chaise et s'asseoit à la droite de son père.) Je ne te parle pas de ton grade... C'est gentil, c'est brillant... au (iarrou.sel; mais ce n'est pas là que tu attraperas ma goutte et mes rhumatismes.

AMÉDÉE. C'est la seule chose que je ne vous envie pas.

LE GÉNÉRAL. Tu fais bien, mon garçon... et je ne te souhaite pas le reste... Il y a des moments, vois-tu, où je donnerais tout ce ■ qwe j'y ai gagné |)0ur le cpiart de ce (juc j'y ai pudii... Je regreiie Na})oiéon , et je n'ai pas tort... il m'aurait fait lucr sur un champ de bataille, lui... cela valait mieux que de venir mourir en détail sur un canapé... Mai* laissons cela, j'ai l'air de gronder... parce que Je souffre en diable... que veux-tu I...

LE GAMIN DE PARIS

nous autres momips de l'empire, comme vous dites, nous vivons du pas^é; nous en sommes aux regrets... cela ne t'arrivera pas à toi... c'est une consolation...

AMÉDÉr:. Vous êtes sévère, général...

ir GÉNÉRAL. C'est de l'enfantillage....

touche moi la main... Et décidément, te maries-tu?..,

AMÉDÉE. Ma tante y tient beaucoup...

LE GÉNÉRAL. Ta tante est une folle... capricirusc , insupportable... mais il faut la respecter... d'ailleurs elle t'aime... ce mariagt en est une preuve. .. c'est un fort beau parti... de la noblesse, des litres. ..

AMÉDÉE, Vobervant. Oh! vous n'y tenez pas...

LE GÉNÉRAL, Vivement. Si fait!... Je suis fier comme les autres... voyez-vous 1 plus fier qu'eux, peut-être... je veux m'allier à quelqu'un qui en vaille la peine.

AMÉDÉE. Mais, mon père, je suis bien jeune encore... et puis, s'il faut vous le dire, J'ai des idées.. .

LE GÉNÉRAL. Des idées, toi!... c'est curieux...

AMÉDÉE. Je ne crois pas au bonheur en ménage...

LE GÉNÉRAL. Parce que le moindre devoir vous pèse... parce que l'état de mari ressemble à une occupation... Mais ce mariage me plaît.. . et s'il peut se faire, il se fera... je ne m'en mêle pas; je ne veux pas me commettre avec ces grands seigneurs d'autrefois... ça vous regarde... ta tante et toi.

AMÉnÉE.Puisquevousl'exigez, mon père...

LE GÉNÉRAL. J'exige que tu te ranges avant que je m'en aille... Quand tu tiendras à une grande famille , tu changeras d'amis , de connaissances ; elles ne sont pas toutes bonnes, je le sais...

AMÉDÉE. Gomment! que voulez-vous dire?

LE GÉNÉRAL. Rien... Je répète des sottises, sans doute... A la dernière soirée du maréchal , j'entendais votre nom autour de moi. .. c'était, je pense, de vos amis intimes, de la jeunesse dorée. « Amédée , disait l'un d'eux qui venait de perdre en un tour de table son traitement d'une année , Amédée est toujours bon enfant ; mais il nous néglige, il ne joue plus, il ne boit plus, il donne

dans le sentiment Quelque grande

dame? reprit l'autre... Eh! non, mon cher, une grisette. .. c'est son genre ! »

AMÉDÉE. Et quel est l'insolent?.. . vous aviez pu croire...

LE GÉNÉRAL. Pourquoi pas?... J'en ai ri comme eux... je t'aimais mieux quand tu me faisais de la musique, le soir, pour m'endormir... ou quand tu me peignais des petits tableaux de bataille , comme ce pauvre Lejeune.,. Mais il n'est pas défendu d'avoir

vingt-trois ans... (Lui prenant amicalement la main.) Tu es un honnête garçon... tu n'es lùis homme à te fourvoyer. {S' emportant.) S'il en était autrement, malheur!,... [Avec calme.), le suis tranquille.. . il faut dire une bonne fois adieu aux amours de magasin ; et puis il me faut une bru et des petitsenfants, pour gronder un peu... [s attendrissant) pour avoir des caresses, là. . . sous ma main.

Air : J'ai vu le Parnasse des Grâces.

CVst une triste compagnie QuB la goutte, et je voudrais mieux Des marmots, une bru jolie.

Des caressps, des cris joyeux.

Tâche d'égaypr ma retraite.

Car à mps côtés désormais, II faut que le plaisir s'arrête.

Je ne puis plus courir après.

Il se lève.

AMÉDÉE, très-affectueusement. Ah! mon père!...

LE GÉNÉRAL, le conduisant jusqu'à la

porte. C'est bien! c'est bien!... va trouver

la baronne... elle te décidera tout à fait...

finissez-en... Je vais prendre mon chocolat.

HiLAiRE. Général, faut-il servir? ',

LE GÉNÉRAL. Dépêchez-vous, j'attends. \

11 entre à droite.

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