SCÈNE IX
Les r\lÊMES, AMÉDÉE , puis HILAIRE.
AMÉDÉE, entrant vivement par la porte à ganche. I\Ia tante, dites-vous?...
LE GÉ.NÉnAL, Lc voici !. .
M""" DE MORIN, se jetant au-devant d'Àmcdée. Amédoe! sortez!..*
AMÉDÉE. Eb! pourquoi?
LE GÉNÉRAL. Rcsiez, monsieuF... appro chez.
Il jette sa canne.
M"^ DE MORIN, à mi-voix. Surtout ne l'irritez pas. . .
Elle passe à la droite du général."
AMÉDÉE. Qu'est-ce donc, mon père?...
cet air agité...
LE GÉNÉRAL. Vous VOUS êtcs déshonoré, nioîisieur. ..
AMÉDÉE. Général!
LE GÉNÉRAL. Vous VOUS êtcs introduit depuis quoique temps dans une famille pauvre, mais honnête... à ce que je puis croire...
AMÉDÉE. Général... vous savez...
LE GÉNÉRAL. Point de (einte... point de phrase!... répondez...
AMÉDÉE. Il est vrai...
LEGÉNÉRAL.Vousyavezportéledésordre...
l'opprobre... en abusant une jeune lille sans déiiance.
M""' DE MORIN. Folie de jeune homme.
LE GÉNÉRAL. Je ne VOUS parle pas... (^i son fils.) Cncjeunefilleque vousavez trompée pour la perdre.
AMÉDÉE. Voussaveztout, mon père. ... oui, j'aimais cotte jeune fille vers laquelle mon Ctt'ur m'a emporté malgré moi... et celte faute que je voudrais payer de mon sang...
M"'" DE MOHIN. lui faisant signe de la tête. Uien! bien!...
LE GÉNÉRAL. Cette fautc!... c'est un crime, monsieur.. . Eh ! je sais ce que l'âge permet.. . ce que la passion excuse... mais quand c'est une iraluMm... une lâcheté...
AMÉDÉE. Général... je suis coupable sans ^oule... mais le ciel m'est témoin que vingt
• Lp Gonf^ral. Mme ,|p Morin, AiMpJrie, • M"» de Morin, IcGcueral, Amédce,
fois, honteux, désespéré... j'aurais voulu mu jeter à vos pieds, vous avouer notre an)our, vous demander votre aveu. .. mais j'ai craint votre colère...
LE GÉNÉRAL. Et VOUS avez bien fait!... le nom que vous portez vous impose des devoirs.
M""" DE MORIN. Assurément... il ne peut...
LE GÉNÉRAL, brusquement, à il/""* de Morin. Je ne vous parle pas... (.4 son fils.) Des devoirs qu'il fallait vous rappeler plus tôt !... l'honneur de celte fille... deson frère... dosa pauvre vieille mère , dont elle est le soutien sansdoute... Qu'était-cedoncpourun dandy?
pour un fashionable ?... Il fallait tuer ce temps que vous perdez... et c'est sans doute en sortant d'une orgie que cette belle idée vous est venue !
AMÉDÉE. 11 me semble que ma conduite...
LE GÉNÉRAL. Votre conduite est celle d'un imposteur... d'un infâme...
AMÉDÉE. Monsieur!...
M'"'=DE MORIN. Monsieur le comte, songez...
LE GÉNÉRAL , à 71/""^ de Morin. Je ne vous parle pas... (A Amédée.) Oui... infâme... Comment vous êtes- vous pré.sentédans cette maison? Avez-vous dit à ces bonnes gens: « Je suis un hommeàlaoiode, l'héritier d'une » grande famille .. perdant mon temps dans n l'oisiveté ou pis que cela... parce que mon » père a eu l'avantage de se faire cribler de » blessures pour me laisser un nom, un rang, » une fortune? » On vous eût fermé la porte... mais non... mais non... vousavezeu recours au mensonge... vous vous êtes donné pour artiste... pauvre comme elle... vous avez promis d'épouser...
AMÉDÉE. Oh! grâce, mon père!...
LE GÉNÉRAL. Pour l'abandouner un jour...
M"" DE MORIN. Parce qu'il a caché son nom !...
LE GÉNÉRAL. Oui , sonuom... son rang...
et jusqu'à ce ruban que vous avez obtenu pour lui... pour le mettre à la mode... on vous l'a donné à cause de moi... pour me flatter, me cajoler peut-être... (A Amédée.) Et vous, vos litres?... rien, comme tant d'autres...
Mouvement d'Amédée.
Air : J'aime Agnès.
Pour quel talent, pour quel mérite.
Vous a-t-on accoraé cela ?
Avec cette croix est-on quitte.
Quand on l'obtiiTit ;'... Tout ne finit paslà.
Non, non, tout ne finit pas là I
Le cœur sur Icqu''! on l'attache, A d<"s devoirs qu'il lui faut respecter.
Monsieur I... Elri'liii qui la cache
N'est pas digne de la porter.
Il /ut arrache le ruban noué à sa boutonnière.
AMÉDÉE, hors de lui. Monsieur...
M"" DE MORIN. Grand Dieu! que faitesvous?...
LE GÉNÉRAL, avcc nobksse. Eh bien!
moubieur?...
LE GAMIN DE PARIS
AMÉDÉE. Monsieur.,, vous êtes mon général... vous êtes mon père... je dois baisser la tète... mais je me vengerai.
Il sort précipitamment par la gauche.
M"" DE MOEIN. Vous êtcs un chcval (le bataille...
LE GÉNÉRAL. Je ne vous parle pas, madame; laissez- moi...
Il se jette dans un fauteuil à droite.
M"* DE MORIN. Mais VOUS pardonnerez à votre fils...
LE GÉNÉRAL. Jamais, si vous vous en mêlez.
M""' DE MORIN. Je me charge de cette jeune fille. .. je vais m'en occuper... savoir de votre fils... je ne le quitte pas...
Elle sort comme Amédée.
LE GÉNÉRAL , se levant et traversant le théâtre. Allez-vous-en au diable et lui aussi! et toutes les grisettesde Paris... ils me feront remonter la goutte... ils me tueront!... {Il se jette sur son canapé. Hilaire paraît au fond.) Qu'est-ce ?
HILAIRE. Pardon! je venais... Monsieur ne déjeune pas?...
LE GÉKÉRAL. Non !... emportez cela... et laissez-moi... je ne veux voir personne. . .personne , entendez-vous ?
Uilaire sort par la chambre du général.