LE GÉNÉRAL, M"»' DE MORTN
M°"= DE MORIN. Eh bien I ce garcon-là est foui...
LE GÉNÉRAL. OÙ vH-t-il maintenant, sans me laisser son nom, sa demeure?
M"" DE MORIN. Ils sont fiers, ces petites gens,., refuser des bienfaits, de l'or!
LE GÉNÉRAL. Et c'est bien à lui... Vous croyez que tout est fini quand vous avez dit : voilà de l'or ! Eh ! morbleu I madame, l'or ne paye pas tout; c'est la façon de donner qui fait le bienfait... et quand on a de l'âme comme ce garçon-là.. . En vérité, cet enfant m'a tout bouleversé. Avez-vous vu ce sangfroid, ce courage?...
M'"'^ DE MORIN. Je n'ai vu qu'un ouvrier fort mal appris, je vous assure.
LE GÉNÉRAL. Qui VOUS adounéune bonne leçon, et vous la méritiez.
M""^ DE MORIN. c'est Cela, prenez son parti. .. Je suis étonnée que vous ne donniez
' Joseph, le GéniJri'*^ Ji">« de Morin.
pas sa sœur pour femme h votre fils, pendant que vous êtes dans un de vos accès... de... populasserie !
LE GÉNÉRAL. Eh ! VOUS saviez bien que je ne le ferais pas, que je n'irais pas me punir des fautes de votre neveu !
M"^ DE MORIN. C'est heureux...
LE GÉNÉRAL. Vous me croycz donc aussi extravagant que vous! Mais, voyez-vous, mon fils ne vaut pas ce garçon-là...
M*"* DE MORIN. Laissez-moi donc tranquille !
LE GÉNÉRAL. Nou, non, il ne le vaut pas.
M""" DE MORIN. A votre avis... parce que pour vous, le peuple...
LE GÉNÉRAL. Eh! le peuple, le peuple!... qu'est-ce que je suis donc?., d'oii suis-je donc sorti?. . et votre mari?..
M°"= DE MORIN. Général...
LE GÉNÉRAL. Ehîoui... votremari... nous étions , comme celui-là , des enfants de Paris, non pas des imprimeurs, mais deux fils de charron, mais comme celui-là aussi, nous avions du cœur... nous voulions faire notre chemin... et nous serions peut-être restés en route... sans l'empereur!... qui s'est trouvé là... qui nous a emportés dans son tourbillon... La chance était tout... celui-là était tué, l'autre devenait duc, maréchal... que sais-je?,.. c'est comme ça que votre mari a été fait baron et moi comte de l'einpire. .. voilanotrenobles.se, madame... nobles nouveaux !. .. ce qui ne nous empêche pas quelquefois d'être fiers comme les anciens... dont nous nous moquons... et d'oublier comme eux que nous sommes sortis... du peuple, voyez-vous?.., eh! mon Dieu! moi le premier... Quand je me vois avec mon grand cordon... mes ordres et mon habit brodé, assis à la chambre, à côté de quelques vieux noms, et que l'on donne du monsieur le comte à ma vanité. .. je me surprends quelquefois à être aussi ridicule que vous... lorsque vous ajoutez un de à votre nom de Morin.. . et que vous allez vous pavaner dans le salon de quelque famille princière ou dans un cercle de la cour... vous, la fille du bonhomme Vacherot... un marchand de laine d'Arpajon, qui ne vous avait, ma foi, pas créée et mise au monde pour être une duchesse...
M"'^ DE MORIN. Général!... général!...
rappelez-vousquemon mari...
LE GÉNÉRAL .Votre mari... était du peuple..
M"'' DE MORIN. Ce n'est pas vrai!...
Air de Téniers.
Oui, du peuple, comme moi-même.
Mme DE MORIN.
Ce n'est pas vrai l
LE GÉNÉRAt.
Si fait vraiment, Il était soldat.
MWe DE MORIN.
Quel blasphème I
MAGASIN THEATRAL
Mon maril
LK CKNÈRAL.
Solilat siniplempnt.
C'pst noirp ijloirc la plus hpllrl Quel cdur d'orpuoil ne battrait pas, Cfiiand, .irrivé si haut, on se rappelle Qu'on était parti de si bas I
LE GÉNÉRAL. Et mon fils pouF Tavoir oul)lio!...
M"" DE MORIN. Votre fils! ... c'est un noble jeune homme 1...
Lt: (;énéral, s'asseyant à droite. C'est un misOrabie... et si je l'avais au bout de ma caimc!...
n brandit sa canne.