‹ Pièces de théâtreChapitre 202 sur 1093 · CHARLOTTE, ANTOINE · texte numérisé non relu

CHARLOTTE, ANTOINE

CHARLOTTE

Si j'avais tenu cette lettre... j'aurais su... (A Antoine qui entre.) Ah! te voilà?... eh bien?

ANTOINE

Eh bien! c'est fini ou à peu prés... Georges s'est jeté dans une chaloupe , comme s'il n'était encore que le pauvre matelot d'autrefois... Ça a donné du cœur aux autres, qui l'ont suivi , et maintenant tous les hommes doivent être rentrés au port !

CHARLOTTE

Ah ! tant mieux ! j'avais peur pour eux et pour lui.

ANTOINE

Peur pour lui? (Changeant de ton.) Moi aussi... quoique mon alVection soit diablement diminuée depuis...

CHARLOTTE

Depuis son mariage, n'est-ce pas?

ANTOINE

Oh! ce n'est pas que je tienne à l'argent... mais je suis son unique cousin; de plus, noire petit (ieorges était son tilleul, il voulait lui laisser sa fui lune dont il ne savait que faire... puisqu'il n'a pas d'autres parens , et que nous étions ses seuls amis... Qui est-ce qui aurait jamais cru qu'après avoir vécu jusqu'à quarante trois ans comme un

LA DAME DE SALNT-ÏROPEZ,

sniiv.igc, ce Grorgcs irait cîu'rclicr à Paris une

fonune pour lui donner sou bien!

(Il va s'aiseoir sur le hniic ù «Iroiie , jcite avec colère

son cliapeau prcs ilc lui , et lient sa lùic Jans ses

inaius.)

CIIAnLOTTE.

El qu'il irait choisir une demoiselle du grand monde, la Gllc d'un conile! Comme si une mijaurée de ce genre-là avait pu lui convenir!... To souvicns-tu de la mine qu'elle a faile en arrivant ici?... Ilscmblaitqu'cllecnlrail dans uneétablc... Et quand elle parle, on dirait d'une princesse détrônée. Aussi, dans le pays, au lieu de l'appeler tout bonnement 3I»'>^ Mau.ice, comme on m'appelle, moi , Mme Antoine, quand on parle d'elle , on dit : la dame de Saint-Tropez. Je vous demande un peu... une fille qui n'avait pas le sou... ça fait pilié. A quoi donc que lu penses ? ANTOINE, levant la tête et regardant Charlotte avec une sombre expression.

Je pense que le jour où celle mariée de malheur prit par mégarde , dans un tiroir, le paquet renlermant celle poudre mortelle qui nous sert dans nos fonderies... Oh! pourquoi l'as-tu prévenue?... Tourquoi lui as-tu relire ce p.nquel dîs mains? ClJAiiLOTTE, avec effroi.

Ah ! Anioinc, lu ne songes pas à ce que lu dis! ANIOINE, se levant , avec colère.

Eh! Picarde, lu n'as pas de sang dans les veines ; non, c'est de la neige ! Je suis franc dans ma liainc, moi!... Vois-lu , il faudrait faire un pas pour sauver celte femme ou Georges , que je ne le ferais pas.

CDARLOTTE.

Comment ! Georges... ton auii... Ion cousin...

Il ne m'est plus de rien... Nous a-l-il compté pour quelque chose quand il s'est marié ? non !... A-l-il au moins assuré le sort du petit, de son filleul ? non ! El pourtant j'ai aidé à sa forlunc par le travail de vingt ans de ma vie, un travail constant, soutenu... Quand il revenait de ses courses en mer, avec son butin, ses paris de prises, qui est-ce qui faisait valoir tout cela'/ c'était moi; je transformais tout cela en bonnes terres, en belles . fermes, en superbes prairies... J'en achetais beau- 'vcoup pour lui , un peu pour moi... et quand il se jpromenait avec moi dans le pays, je lui disais : ^ Voilà ton bien de ce côté et voici le mien par ici... . ça lui sulTisait, et à moi aussi. Aujourd'hui, il ; me dfm.inde des comptes... Il veut savoir l'état , de sa fortune... l'emploi des sommes qu'il a ver- .sjes dans mes mains... il veut tout reprendre, tout... Oh! c'est infâme!... Je m'étais si bien habitué à regarder tout cela comme ù nous... (Se reprenant.) comme au polit que je YCUxdirc.,. Oh ! oui, que c'est infmî!

CHARLOTTE

Maurice n'a pas toujours été pour nous ce qu'il est aujourd'hui; il y a deux ans , lors de sa dernière course, il avait parlé de faire un testament en faveur de noire petit Georges.

ANTOINE

Sans doute!... à ce momenl-là , il lui aurait laissé tout... J'y comptais, vois-lu !... Aussi ce mariage m'a donné un coup ! Ce Georges , rester garçon jusqu'à quarante-trois ans , cl devinir amoureux d'une...

CUAULOTTE.

D'une femme qui ne l'aime pas !

Je l'ai toujours pensé.

CUAULOTTE.

El qui eu aime un autre.

ANTOINE, vivement.

Un au Ire?

CnAELOTTE.

J'en suis sûre.

ANTOINE, avec joie.

La preuve, madame Caussade, la preuve?

CHARLOTTE

Elle est entre les mains d'un homme qui attend son retour à l'iîcw d'Or... C'est une lettre , une leilrc d'amour, je le parierais, qu'elle adressait à unjeunc homme.

ANTOINE

Une lettre d'amour! si c'était vrai ! oh ! lepclil ne serait pcut-éirc pas tout à fait ruiné... cl on pourrait rendre à celle pimbêche un peu du mal qu'elle nous a fait !

SCÉÎSE \f.

LesMè.mes, ïIORTENSE, UN Doîiestiqce.

CHARLOTTE

Tais-toi! la voilà... Quelle (oilelle! c'est pour nous mépriser qu'elle se fuit si pimpante.

ANTOINE

Attends! je vais défriser toutes ses plumes,

moi. (Haut.) Comme vous passez ficrc, madame

Maurice, soit dil sans vous fâcher (.\vec intcniion.),

cotisiiw ; car nous sommes cousins, sans qu'd y

paraisse.

ÏIORTENSE, froidement.

Je le sais, monsieur.

CHARLOTTE, bas à Antoine.

La voilà qui prend ses grands airs.

liOKTENSi:, au donicsiiquc.

Je vous avais dit, Joseph, de seller mon cheval.

LE DO.MESTIQUE.

Oui, madame , mais oa m'a ordonné de le déscllcr.

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