ACTE ill, SCÈNE Vlll
sous le hangar et déposant son grappin.) et il n'était plus temps...
PAULINE , le regardant.
Comme il Cst fait!... On a donné là à Hortense un joli petit mari. (S'approchant.) Monsieur Maurice ! (Elle le salue.) GEORGES , vivement.
Madame Langlois! !... avec quelle impatience je vous attendais... AJi! pardonnez-moi devons recevoir ainsi... Mais de pauvres matelots étaient en mer, par un temps affreux, sur un bâtiment tout désemparé ; il fallait leur porter secours, et vous voyez en quel étal je me suis mis pour les sauver... Où donc est votre mari?...
PAULINE
Avec Hortense.
GEORGES
Qui a dû être bien surprise, bien heureuse de vous revoir, n'est-ce pas?... Pourquoi lavezvous quittée?... Permettez-moi de vous ramener prés d'elle.
PAULINE, gravement.
Pas encore, monsieur Maurice, j'ai à vous parler.
GEORGES
A moi?
PAULINE
Oui... et nous sommes à merveille ici... puisque nous y sommes seuls.
GEORGES, souriant.
Eh! mon Dieu!... qu'avez-vous à me dire?... cl d'où vient que votre visage, toujours si riant, est presque sérieux... sévère, même ?
PAULINE
Monsieur Maurice, j'ai à vous demander l'explication de votre manière de vivre avec votre '"emme.
GEORGES, surpris.
Comment?
PAULINE
Trouvez-vous celle manière d'être naturelle? ;]royez-vous qu'une femme se marie pour mener me existence semblable à celle que vous avez aile à ma pauvre amie ?
GEORGES , avec amei tumc.
Est-ce Mlle d'Auberive qui vous a chargée de (Tie porter ses plaintes?
Non, monsieur, elle ne m'a rien dit... mais j'ai vu... et moi, son amie... presque sa sœur... j'ai -ompris, j'ai deviné tout ce qu'elle souffrait... GEORGES, avec force.
Eh! mad.imc!...
PAULINE, aycc une fermeté comique.
Oh ! criez, emportez-vous... je ne reculerai pas
pour cela d'une syllabe... Je vous préviens que
J e ne suis pas facile à épouvanter... j'ai trois ans
îc ménage... el puis.,. (Plus doucement.) pourquoi
vous craindrais-je î... vous êtes violent el fort... je suis douce et faible... l'avantage est donc do de mon côlé... Enfin , si votre orgueil se révolte et refuse de m'entendre, je m'adresserai à votre cœur, qui me répondra, lui... parce qu'il est généreux et bon... Il y a six mois, je vous ai vu abandonner noblement une partie de votre forlune à un vieillard cl à une jeune fille... tout à l'heure encore vous exposiez vos jours pour sauver de pauvres marins... Vous voyez bien que je ne peux pas avoir peur de vous... (Souriant.) el la preuve... c'esl que je vous tends la main... Et celte main ne tremblera pas du tout dans la \ô- Ire!... Voyez.
GEORGES , pressant la main de Pauline.
Que voulez-vous de moi, madame?... Parlez, je vous écoute.
PAULINE
Vous me promettez d'être calme... même quand je vous demanderai pourquoi votre femme est malheureuse?...
GEORGES, à part et avec émotion.
Malheureuse!... Elle !
PAULINE
D'où vient cet isolement dans lequel vous !a laissez?... Pourquoi cet abandon tout à fait inexplicable ?..c Hortense a-t-elle oublié vos bienfaits, manqué à un seul de ses devoirs?
GEORGES , à part et se contenant à peine.
Mes bienfaits !... ses devoirs! ... toujours !...
PAULINE
Devant Dieu , vous vous êtes porté garant de son bonheur... Confiant en votre loyauté, M. d'Auberive ne pleure que l'absence de son enfant... Et moi, monsieur, j'arrivais ici sans inquiétude, sans crainte sur le sort de mon amie... Hortense m'a reçue avec un visage pâle, triste... Ses yeux étaient baignés de larmes qu'elle cherchait en vain à me cacher... J'apprends bientôt qu'exilée dans cet affreux pays, votre femme est une étrangère chez elle... que, dédaignée par vous, elle est impunément insultée par ceux qui vous entourent... Oh ! alors, monsieur, j'ai dû vous demander compte du bonheur de mon amie... j'ai dû vous demander... pourquoi vous ne l'aimiez pas?...
GEORGES, tombant sur le banc à droite, et ne contenant plus ses sanglots.
Je ne l'aime pas, mon Dieu !... je ne l'aime pas!.. PAULINE, courant à lui.
Monsieur Maurice!... qu'avez-vous?... Il pleure!... lui!... et ses sanglots le suffoquent... Je vais appeler...
GEORGES, se levant vivement et retenant Pauline.
Oh ! non... non, n'appelez pas... devant vous... mais devant vous seule, je puis pleurer...
PAULi:<E.
Que se passc-t-il donc ici ?
GEORGES
Oh! tenez, madame... mon cœurne peut plus
LA DAMl- DE SAINT-TROPEZ,
contenir le scrrcl qTie je voulais rcnrprnier... Je vous dirai tout !... à vous , sn sœur, mais à vou* seule!... Vous avez été étonn(^e, n'csl-rc pas, A la vue d'IIorlcnsc... vous l'ave/ trouvée pftic et triste?... Regardez-moi, madame... suis-je le même homme?... Dans sos yeux, vous avez surpris des larmes... Rulrouvcz-vous dons les miens ce rayonnement d'espérance et de joie qui vous avait si bien f;iit présager de l'avenir ?... Vous avez dit vrai, madame... ic mallieur est dans celte maison... chaijue jour amène un nouveau supplice, chaque minute <inc nouvelle torture. ,.
PAULINE
Mais pourquoi tout cela?
GEOncES, lui prenant les deux mains, ctavcc explosion.
Parce que j'aime ma femme et parce qu'elle me bail!.,.
PACLIXE.
Ilortcnsc... Oh ! c'est impossible!
GEOKGES.
Impossible, n'est-ce pas?... car je n'ai pas forcé son choix... car je l'ai remerciée, bénie à deux genoux de m'avoir accepté... Pauvre fou !... elle payait un bienfait... elle accomplissait un devoir 1
Je ne vous comprends pas !
GEORGES
Elle m'a suivi... mais commcresclavc suit son maître, comme la victime suit son bourreau... Et lorsqu'un soir, seul avec elle... je lui parlais de notre avenir, pour moi si brillant et si beau... elle ne me répondait que par des larmes... Quand je lui parlais de mon amot;r, saint cl pur comme elle... une pâleur livide couvrait son visage... Lorsqu'enfin inquiet, tremblant pour elle, j'ouvrais les bras pour ly recevoir et la soutenir... elle me repoussait... Puis, haletante et sans force, elle tombait à mes pieds, glacée d'épouvante et d'horreur!... Elle me haïssait, madame, elle me haïssait:...
PAULINE, ù part.
Il y û là un étrange mystère,
GEORGES
Oh ! de ce moment, j'ai compris que son mariage ftall un safrificc à son père... la virlime s'était dévouée... Depuis celle fatale révélation, je me suis condamné ù nOIre plus qu'un étranger i)Our elle... Pas un mol d'amour n'est sorti de ma bouche... mais cet amour est resté dans mon cœur, il a grandi avec le désespoir... C'est un feu que je renferme là, dans mon sein... mais qui me bnilc... qui me dévore... Car je l'aime, voyezvous, je l'nimc comme je n'ai jamais aimé ma mère... Qand rmisscnt mes journées de travail, je rentre là... (Il montre le pavillon .'i droilo.) seul... toujours seul... Je suis bien malheureux, .sans doute... miis elle est enlièioinpiil maitresscd'ellf-
mcme... Rien ne peut ainsi lui rappeler ni les droits de l'époux, ni les devoirs de la femme... Un jour peut-être elle me comprendra... alors clic aura pitié de moi, et me rappellera... alors je ne la devrai qu'à elle même, et à Dieu!... Voilà le secret et l'espoir de ma vie, madame... J'aime et j'atlends.
PAULINE, cssuy.niit SCS Kirmcs.
Et je vonsacciisais... 01»! que j'étais injuste!.,. Mais ce que vous avez fail là est sublime!... Lui tondant la main.) Merci, monsieur Maurice, merci d'avoir eti confiance en moi... Iforlense ne peut pr,svo!!sha'ir...Oh ! non.j'ensuissûrc... Elle croit à votre dédain, à votre abandon... comme vous croyez à son aversion !... Mais quand elle >ous connaîtra bien... quand elle saura tout ce que je viens d'apprendre... à son tour, elle viendra à vous... à son tour... elle vous tendra la main... elle vous aimera comme vous méritez qu'on vous aime...
GEORGES
Aimé d'elle!...
PAULINE, vivement et gaiment.
Mais si j'étais votre femme, je vous adorerais! Tenez... tout ù rbeurc je vous aurais battu... à présent, il faut que vous embrasse. (Elle lui saute au cou.) Je vais retrouver Ilortense... A bientôt... et bon espoir! (\ part.) C'est un ange que cet hommc-là...
(Elle cuire dans ta maison, aprCs avoir serré la asla Oc Maurice.)
OCOCO0CCOCO0O;0O3CO0OCSCCCSC(OS;C0«0000C(:;9C0OC040