SCÈNE VU
HORTENSE, un Domestiole, puis LAN- GLOIS, PAULINE.
noRTENSE, seule.
Tant d'insolence me révolte, à la fin, et il faudra bien que mon mari! ., Mon mari !... ai- je lo droit derien exiger de lui ?... Et ne va-t-il pas me répondre ce qu'il a tant de fois déjà répondu à mes plaintes : Ne me demandez pas de les éloigner, madame, ce sont les seuls cires qui me comprennent, les seuls qui m'aiment dans ce monde!.,. El je ne peux pas lui dire: Celle qui doit le mieux vous comprendre, celle qui sait le mieux vous aimer, c'est votre femme ! Oh ! non, je ne peux pas lui dire cela, car la rougeur de mon front trahirait mon mensonge! S'il m'interrogeait du regard , je me troublerais comme une coupable!... Coupable... ne le suis-Je pas en gardant dans mon cœur une image que j'en aurais dû chasser?... Charles sait tout à présent... Ma lettre lui aura tout appris... tout, excepté le nom de mon mari... Puisse-l-il m'a voir oubliée!... qu'il soit heureux du moins.
UN DOJiESTiQCE, entrant ^ivenlent.
Madame, je n'ai pas trouvé M. Maurice, il est maintenant et) mer... Mais voici M. elM""^ Langiois qui viennent d'arriver. (Ils eiitreiit )
DORTEKSE, couraiit au devant d'eux et les embrassant.
Pauline!... monsieur Langlois vous... vous
ici!
PAULINE
Clicre Ilortcnsc I Mais lu nous attendais ?
LANGLOIS
J'avais écrit à M. Maurice pour le prévenir.
IIOUTENSE.
M. Maurice ne ni'cn a rien dit.
(Langlois remet au domestique ta mante de sa femme qu'il avait sur le bras. Le domestique rentre dans la maison. Langlois, qui était d'abord ù la gauche d'Iloitensc, vient se placer à la droite de Pauline.) PAULINE.
C'est une surprise qu'il te niénageait... Je lui avais annoncé qu'en allant prendre les eaux, je comptais m'arréter quekiues jours ici... Mais qu'as-tu donc?... je le trouve l'air triste, abattu!... N'est-ce pas, monsieur Langlois?
LANGLOIS
Mais non, je trouve madame 1res bien.
lîorlense, es-tu heureuse?
nORTENSE.
Chère Pauline, si tu me trouves un peu agitée en ce moment, cela vient de l'imperliiiencc de la fommc d'ua ami, d'un cousin de mon manl...
L\ DAME DE SAIJNT-TROPIZ,
Cette femme teniit aulrcf(.is la maison de son parent... Elle avait pris sur tout le monde ici un empire qu'elle ne peut se résoudre à abdiquer... Depuis mon arrivée, c'est une résistance perpéluelle à chacun de mes ordres... une opposition de tous les jours à chacun de mes désirs ! l'AULlM!), vivcmeiit.
Il faut renvoyer celle femme chez elle, et son mari avec.
IIORTENSE, timidement.
M. Maurice ne le permcllrail pas.
PAUMEE, surprise.
Ne... le... permcllrail pas?
LANGLOIS , étoniKÎ.
Ah! bah!
PAULINE, vivement.
M. Langlois, est-ce qu'il y a des maiis qui ne permellcnt pas?
LANGLOIS , avec bonhomie.
Je... ne crois pas.
Comment! ma chère, tu n'es pas la maîtresse?... tu ne fais pas ce que tu veux de ton mari ?
nORTENSE.
Moi !... je ne sais que trembler devant lui.
PiULINE.
Ah! ça... il est donc bien terrible?
IIORTENSE.
J'ai tort, sans doute, car, malgré la violence de son caractère, M. Maurice est très aimé dans ce pays.
PAULINE
Dans le pays, ça ne suffit pas... il faut qu'il se fasse aimer diez lui , el pour cela il faut qu'il soit soumis, obéissant... (Elle rcganlc son mari.) Mais d'abord, conmienl vivez-vous ici? Ça n'est pas beau! Où habitez- vous .'
(tllc regarde ù droite et â gauche.) HORTENSE, nioiilraiit la maison ."i gauche. J'habite là, avec ma fcinnic de chambre.
PAULINE
Eh bien !... et ton mari?
lloiiTENSE, moDlr.mi lo pa>iilon à droite. Il loge là, dans ce pavillon.
LANOI-Ois, étonné.
Ah 1 bah !
PAULINE
Comment!... l'un par là... l'autre par ici?,..
LANGLOIS , plus étonné.
Déjà?... C'est bien lot!
Et depuis quand cela durc-l-il ainsi?
IIOr.TENSE.
Mais depuis notre mariage... depuis nolie arrivée.
LANGLOIS, toujours plus étonné.
Depuis.,, toujours!.., C'est particulier!
PAULINE
Voilà qui est bien étrange!... Mais cela ne peut pas durer ainsi.
UOUTENSE.
Que veux-tu faire?
PAULINE
Je veux voir M. Maurice; je veux lui parler à l'instant même.
UORTENSE.
Y songes-tu , Pauline?
PAULINE
Certainement que j'y songe! (A part.) C'est qu'on n'a jamais vu chose pareille... (A. son mari.) Et elle s'étonne de ne pas être la maîtresse!...
HORTENSE
Prends garde, Pauline, M. Maurice est emporté, violent!
LANGLOIS, vivement.
N'allez pas me brouiiler avec lui... Songez que c'est mon meilleur client!
HORTENSE, qui a été au fond.
Le voilà ! (Revenant.) Crois-moi, Pauline, dans l'intérél de mon repos...
PAULINE
Ma chère amie, rien n'est à sa place ici... et je veux tout remettre sur un autre pied... Rentre chez loi avec mon mari.
LANGLOIS
C'est ça... nous formerons la réserve... Voie l'ennemi, sauvons-nous!
(Il offre la main à Ilortcnse pour monter le peiron.) HORTENSE , avec crainte.
Pauline, je l'en supplie.
PAULINE
Laissez-moi... je le veux. (Elle les presse de sortir, puis redescend en scîne.) Et maintenant, [ M- IMaurice, à nous deux.
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