‹ Pièces de théâtreChapitre 221 sur 1093 · ANTOINE, GEORGES · texte numérisé non relu

ANTOINE, GEORGES

GEORGES, à Antoine, qui semble ne pas oser s'approcher.

Eh bien! Antoine, pourquoi ne viens-tu pas me serrer la main? (Antoine s'approche.) Tu as peine à me reconnaître, n'est-ce pas?... Allons, rcmels-toi, mon ami... et tandis que nous sommes seuls, rends-moi vite compte de ton voyage.,. Tu as été à Paris?

ANTOINE, d'une voix étouffée.

A Paris.., oui.

GEORGES

Tu as vuM. d'Arbel?

ANTOINE

Oui, je l'ai vu.

GEOllGES.

Tu as remis le portefeuille... à lui-même ?

ANTOINE

A lui-même.

GEORGES

Sans lui dire de quelle pari lu venais?

ANTOINE

Je n'ai rien oublié.

GEORGES

C'est bien... Mais pourquoi me parles-tu avec celle contrainte? pourquoi détournes-tu les yeux? Ah!... ces ravages si prompts, si terribles t'épouvantent, n'est-ce pas?... Antoine... (Se soulevant avec effort.) Aide-moi donc à me traîner devant celle glace... (Antoine hOsite.) Je le veux... donnemoi la main... elle a toujours été Adèle et siire... (Il arrive, appuyé sur Antoine, jusque devant la glace au dessus de la cheminée, et s'y regarde un moment.) Ils disent qu'ils me sauveront !... et la mort est déjà imprimée sur mon visage... La mort... elle peut venir... je ne regrette rien dans la vie... (Il se place sur le fauteuil, près du guéridon» ù gauche du spectateur.) C'est la douleur qui est horrible!... Tu ne sais pas, toi, tout ce que j'ai souiïerl, tout ce que je souffre encore... ce feu qiù déchire mes entrailles... qui me brûle, 121e dévore, et que rien ne peut éteindre... Tiens, Antoine, il y aurait, je crois, de l'humanilé à me luer. ANTOINE, ù part.

Pourquoi suis-je revenu! le courage me manquera.

GEORGES

Pourtant, je dois remercier Dieu, qui m'a donné assez de force pour lutter jusqu'à ton retour; car je serais mort désespéré, si j'étais mort sans te revoir... car, à toi seul j'avais dit : elle est coupable.,, à loi je voulais dire.., elle est innocente !

LA DAMl- DE SAINT-TROPEZ

AXTOl>'F., vivement, cl se raiiprocliant de Georges. Innoccnlc !... As-lu donc oublie... celle IcUre,..

GEORGES

Non... je l'ai relue, aucoiilrairc!...

AMOIXE,

Lh Lien ?

CEOnCES.

Le dé^'espoir et la jalousie avaient <['garé ma r.".ison. (À-llc Icllrc est d'une feiiiiiie honnête... Elle aimait, sans doute... mais d'un amour saint cl p'ir... elle aimait celui qui devait être son fiancé... En lui apprenant qu'à son père elle avait dû sacrifier ses rêves de bonlicur, clic lui défondait tout espoir... Oui, Antoine, oui, celte lettre est d'une fenmic lionnêlc... et je l'ai accablée de mépris et d'oulrages... et quand elle me suppliait de rcnlendre... je l'ai repoussée avec brutalité... et sais-tu conunent clic s'est vengée, celte femme, cet ange ?... (Mouvcmciu d'Amoiae.) Oh! tu l'aimeras, tu l'admireras comme moi... à mon chcvcl, j'avais en elle la fille la plus tendre, la sœur la plus dévouée... bra\aiit les veilles, la fatigue, lultaiit coiitrc mon délire, épiant chacun de mes gestes, chacun de mes regards, me demandant parfois pardon, à moi... qui l'adorais des yeux, qui la bénissais du cœur...

ANTOixf, il part.

J'avais deviné juste... Serais-je arrivé trop tard?

GEORGES

Ainsi... tu oublieras tout ce qui s'est passé... A l'avenir, tu ne parleras de «!»'« Maurice qu'avec respect.

ANTOINE, avec une fciiiie douceur.

Je ferai ce que lu voudras... mais lu auras bien de la peine à faire changer l'opinion sur son compte.

GEOUGES, avec surprise.

L'opinion ?

AMOINE.

Je ne sais par quelle fatale indiscrciion l'arrivée de celle lettre, la scène avec la feinnic, ton projet d'aller tuer Ion rival , tout cela est connu dans le pays.

GEOUGEb.

Et on accuse Ilortcnse ?

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