I-OUISE
J'ai la certitude qu'il a passé encore la nuit dernière hors de chez lui, et qu'il n'est rentré qu'à deux heures du matin.
VALENTIN
Est-il possible?... Si monsieur en était instruit... Mademoiselle Amélie le sait-elle?
LOCISE.
Oh ! non... Cependant je l'ai vue pleurer ; je crois qu'elle commence à partager mes soupçons, sur-tout sur ce M. Warner qui s'est emparé de l'esprit de M.Georges. Mais je n'oserais prononcer le nom de joueur.
VALEKTIN.
Gardez-vous-en bien devant monsieur; c'en serait assez pour le faire mourir.
LOL'ISE.
C'est pour cela... Paix ! voilà mademoiselle. Ne dites rien. Nous nous trompons peut-être, allez vite oii monsieur vous envoie.
[ V'alenlin sort par le fond , Amélie entre par un des côtés.)
Ah! Louise!... je m'éloigne un moment de a foule. Les compliments, le bruit, la chaleur... e puis à peine respirer.
LOUISE
Je le conçois, mademoiselle; et joignez à :ela l'émotion... et la crainte qu'un tel moment loit inspirer,
AMÉLIE
La crainte!... Que veux-tu dire ?
LOUISE
Rien absolument, mademoiselle, qui puisse ?ous inquiéter... Ah ! si le ciel est juste, vous levez être heureuse, et peut-il exister nu nonde un cœur qui le désire autant que le nien!
AMÉLIE
Oui , je sais que tu m'aimes... (Avec embarras.) ^ussi je n'ai pas de secrets pour toi.
LOUISE
Cependant, mademoiselle, vous me cachez ros larmes.
AMÉLIE
Tu pleures aussi.
LOUISE, voulant le cacher.
Moi!...
AMÉLIE
Ne te seinble-t-il pas que mon liymcn s'en- '.oure de sinistres présages? Le seul parent que je possède) M. Dcrmont, que j'attendais avec
tant d'impatience, il ne vient pas; il m'abandonne. J'entends dire que l'on craint pour les jours de M. de Germany; quel moment pour une fête! et pour premier témoin d'un acte si solennel, nous aurons M. Warner!... Je ne saurais exprimer l'éloignement et l'espèce d'effroi que cet homme m'inspire ; son regard audacieux me trouble et me révolte.
LOUISE
Tous vos amis vous entoureront.
AMÉLIE
Georges semble n'aimer que lui; à peine m'a-t-il adressé quelques mots ce matin. N'as-tu pas aussi remarqué son air inquiet, agité? Ah! Louise ! comme mon cœur s'alarme !
LOUISE
Mademoiselle, vous vous affligez sans raison: mûi-méme... (Bruit.) Mais, entendez-vous? je crois qu'on vient vous chercher.
AMÉLIE
Déjà!...
LOUISE
Il faut achever de vous parer.
AMÉLIE
Attends !... c'est , je crois, M. de Germany.
LOUISE
Oui; il peut à peine se soutenir. (Aux femme» de chambre.) Rentrez, mesdemoiselles.
(Les femmes de chambre reprennent les parures et sor. tent. — Au même instant, M. de Germany, vcnunt de chez lui, entre, soulenu par deux valets. — Georges se montre au fond, venant par le jardin. — Amélie et Louise courent au-devant de M. de Germany.)
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