SCÈNE IV
AMÉLIE, DERMONT, puis LOUISE.
AMÉLIE, en pleurs.
Vous ne m'avez pas encore appelée votre nièce!
DERMONT
Ne t'.TÏ-je point pressée sur mon cœur?
Vous ne me répondiez-pas; j'ai cru que vous m'abandonniez.
DERMOKT.
J'avais de nouveau quitté l'Europe; toutes tes lettres me sont parvenues à la fois; .t l'instant même j'ai laissé mes affaires; au lieu de te répondre, je suis accouru; au lieu de t'interroger, je suis encore venu m'iiistruire. Je sais tout... Eh bien! Amélie, t'avais-je prédit ton sort?
AMÉLIE
Ah! mon oncle! je suis bien malheureuse; •1 vous m'abandonnez, je n'ai plus qu'à mourir.
DERMOtST.
T'abandonnerl... jamais... Je sais déjà que Georges ne possède plus rien de l'héritage de ton père.
AMÉLIE
Rien.
DERMO>T
Des dettes énormes?...
AUÉLIE.
Oui.
' DERMU9T.
Mais ta dot?
AMÉLIE
Je viens d'enfjajjp» ]o re-te.
OERMOnT.
Quoi ! tu as oublié que tu es mère?
AMÉLIE
Il le fallait... Ah! si vous saviez!...
DERMONT
Oui, sa violence, sa tyrannie! il a donc parcouru toute la carrière des joueurs! fils ingrat, ëpoux coupable, père dénaturé, il ne lui reste plus qu'à devenir criminel.
AMÉLIIL
Ah!
DEnMOST.
Il l'est peut-être déjà... oui, ton effroi rne le dit... sur la route du cruiie il n'est point de limites; le joueur perd sa fortune, et devient un fripon.
AMÉLIE
Arrêtez!... hélas! épargnez-le; c'est le père de mon fils.
DERMONT, l'embrassant.
Généreuse victime! Mais ne songeons qu'à ton sort... Du courage, Amélie; je serai ton protecteur ; mais il n'y a plus à balancer; il faut si'parer ton sort de celui de Georges, il fau' sur-le-champ briser des nœuds...
N'achevez pas... Ah! mon oncle, que vous me jugez mal! abandonner mon mari! cst-cft là ce que j'ai promis au j)ied des autels ? non ; je lui appartiens... S'il avait rendu mes jours fortunés, j'en bénir.Tis leciel; il les remplit d'.-vmertume, je dois subir ma destinée, et suivre la sienne jusqu'au tombeau.
DERMONT
Alors, qu'attends-tu de moi?
AMÉLIE
Ah! mon oncle! je suis mère... comprenezvous mes alarmes? c'est pour mon fils...
DERMONT
Explique-toi; que desires-tu?
AMÉLIE
Je ne possède plus rien; ma vie est vouée aux larmes, et je n'attends que la misère., quelle main daignera?...
DERMO^T.
C'est assez, jeté comprends. Où dois-je embrasser ton fils?
AMÉLIE
Ah! il est ici, mais je n'osais...
DERMONT
Se peut-il?... Qu'on me l'amène.
AMÉLIE, appelant.
Louise! Louise! (Louise paraît.) Va cbercbe» mon fils... attends!... Qu'entends-je?
(La voix de Georges se fait enfep.dre. j LOCISE.
Madame, c'est la voix de mou&ieur; il reotre^ il monte au salon.
IMÉLIK.
tUel'
THEiNTE ANS.
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DERMOITT.
Je sors à l'instant; je ne puis tne trouver en présence d'un homme qui m'a chassé de ta maison... Nous nous reveirons, Amélie, tu me feras avertir chez Rodolphe d'Héricourt.
AMÉLIE
Rodolphe?...
DEr.MONT.
Oui; j'ai conservé cet ami. Mais Georges est ici; adieu, ma nièce.
LOtîISE.
Arrêtez... vous ne pourriez l'éviter ; cette ihamhre...
C'est la mienne.
DERMOKT.
Oui, même au prix de cette humiliation, j'éviterai la présence d'un homme dont la vue révolterait mon cœur.
LOUISE
Le voilà.
(Dcmioni entre dans la cliambre à coucher, el Louise dans le cabinet. — Georges, précédé de Valentin et des autres domestiques, entre d'un air rayonnant. )