‹ Pièces de théâtreChapitre 392 sur 1093 · A.MÉL(E · texte numérisé non relu

A.MÉL(E

De l'orage... Mais, toi, ne t'cst-il arrivé aucun accident?

GEORGES

Que voulez-vous me dire?

AMÉr.lE.

Tu as passé la nuit dehors?...

Ah! cela est vrai... non, aucun accident.

(Il donne son chapeau et ton hàton à Gcorgctte qui va le» poser dans un coin. )

AMÉLIK.

Tu me rassures, mon .nmi; mais nous, cuiiuiie nous t':illendicnsavcc iinp.ificiice!... As-tu re(ru quelques secours?

GEORGES , montrant le panier.

Ne voyez-vous j)as ce que j'.ipporte?

A.MEME, prenant le panier et le découvrant, (liel! qui a d.iif^né iidih secourir si p,'né-

reuscmeiit?... c'e.sl à lun travail , à les prieies peut-être, que nous devons encore... Vims, Georgette, viens vile, bénis la ni.Tin généreuse... mais va d'abord embrasser ton père...

(Georgettc obéit avec empressement; son père la repousse en frémissant. )

GEORGES

Ne remercie personne. (Amélie, étonnée, reprend sa fille par la main, et toutes les deux préparent le couvert. — Georges continue, après un silence. ) Dépéche-toi. Je suis excédé de fatigue... une soif ardente me dévore... mon sang brûle mes veines... Hâte-toi...

(Il est assis & table.) AMÉLIE.

Tout est prêt... oui, tu es abattu, changé., tu as souffert.

GEORGES

Souffert!...Qu'importe? allons, vous ne manquerez point aujourd'hui... soyons heureux... Verse-moi de ce vin ; je crois qu'il me remettra. ( 11 met un morceau snr son assiette; Amélie lui verse it hoire ; il porte le verre à ses lèvres ; puis tout-à-coup il l'éloigné de sa bouche ^ et se lève sans avoir touché à rien.) Non , gardez Cela pour vous; je ne veux rien.

( Il va s'asseoir à l'autre bout de la cabane. )

AMÉLIE, se levant.

Tu ne prends rien , mon ami? tu disais pourtant...

GEORGES

Oui , j'ai soif... Georgette , donne-moi un verre d'eau.

AMELIE, se levant elle-même.

Tiens, porte-le tout de suite à ton père.

GEORGETTE

Tiens , papa... (Il prend le verre, boit, et lerendà l'enfant qui s'écrie : ) Ah! mon Dieu!... papa, tu es blessé!... tu as du. sang à la main.

GEORGES

Du sang!

AMÉLIE

Du sang ! tu es blessé?...

GEORGES , se levant.

Non! en gravissant les rochers, je me iuis légèrement frappé... ce n'est rien... j'ai froid, fais du feu.

AMÉLIE

Du feu?... et avec quoi?

C'est vrai... nous n'avons pas de bois... (Riant d'un air forcé.) Eh bien! réjouis-toi; notre .sort va changer} nous allons quitter cette misé'rrible rabane.

AMÉLIE

Que dis-tu?

GEORGES

Oui, il f.iiii partir demain au lever du sofeil.

Iir .lOUUNEE, SCÈNE IX.

Hier le bnilli Je Kleinfold m'a remis ce comniandcinent, tandis que je lui demandais à genoux encore un mois de répit pour le paiement de» taxes... Tiens, lis.

(Il lui remet un papier.)

AMÉLIE

Ciel ! chassés... Nous n'avons plus d'asile?

( Elle pleure. ) GEORGES, froissant le papier.

Pourquoi pleurer? peux-tu regretter ces misérables planches, incapables de te préserver du vent et de la pluie? Eh bien ! tu ne t'endormiras plus sur cette paille arrosée de tes pleurs. Nous quitterons pour toujours ce lieu de doufeur et de misère... (Avec impatience, parceque Amélie a toujours les larmes aux yeux.) Ne t ai-je pas dit que notre fortune change? Oui, demain nous partirons pour quelque grande ville , Vienne, Hambour;;, Berlin...

AMÉLIE

Encore plus loin de la France, plus loin de mon fils!

GEORGES

Il le faut... Ce fils est perdu pour nous ; ton }ncle lui a sans doute appris à nous maudire.

AMÉLIE, en larmes.

Eh! comment aller si loin sans ressources?

GEORGES

N'ai-je pas encore fourni aux besoins de ce OUr ? ( 11 tire de sa poche une poignée d'or.) Tiens , 'e0arde !... j'ai de l'or.

AMELIE , avec joie.

Grand Dieu ! qui t'a donné cette fortune ?

GEORGES, après un long silence.

Je l'ai trouvée.

) AMÉLIE, avec terreur.

Trouvée!... ô mon Dieu!

GEORGES

ILa moitié de cette somme nous suffira pour itteindre une ville opulente, et avec l'autre moiié... La fortune n'est pas toujours contraire; I lie a ses retours de faveur comme ses moments unestes: il me suffit de retrouver des lieux où or circule, où la richesse abonde, et j'aurai àentôt ressaisi la fortune et l'opulence.

Ah ! tu joueras encore !

GEORGES

Paix! quelqu'un s'approche. Cache ce» vires... Ne dis pas que j'ai de l'or.

Amélie épouvantée veut courir cacher ce qui est sor la lt| table; muis au moment même un misérable, couvert de i-\ haillons et pnrtunt lu besace , s'arrête à la porte de la cabane ; c'est "Warner.)

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