‹ Pièces de théâtreChapitre 393 sur 1093 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

ILes Mêmes, WARNER.

"" WARNER , à la porte.

Mon bon monsieur, ma bonne dame, ajei

pitié d'un pauvre mendiant! La charité, pour l'amour de Dieu !

(Il tend la main, (n avançant doucement dans la cabane.) AMÉLIE.

C'est un malheureux.

GEORGETTE

Papa, il est bien pauvre!

GEORGES

Renvoyez ce misérable, ne laissez entrer personne ici ; chassez-le.

AMÉLIE

Mon ami , ayons pitié de lui ; nous ne sommes guère plus heureux ; et il mérite peut-être moins sa misère.

Laisse-moi seulement lui donner du pain; ça fait tant de mal d'avoir faim!

(Georges tressaille; il est ému, mais la crainte l'emporte sur la pitié. )

GEORGES, repoussant sa fille.

Non , je vous le défends.

( Geoigette reste interdite auprès de sa mère.) WARNER.

Vous êtes bien dur! heureusement que cetta bonne dame est plus compatissante que vous; aussi le ciel récompensera... (Il regarde avec attention, et reconnaît Amélie et Georges. ) Que voisje?... c'est lui!!!

GEORGES et AMELIE , reconnaissant «e* Ueiitt.

Warner !

WARNER

Georges !

GEORGES, cherchant une arme autour de lui, et taisif sant sa cognée de bûcheron.

Misérable ! c'est l'enfer qui t'envoie ici pour le livrer à ma vengeance; tu vas mourir de ma main !

(Georges va briser la tête de 'Warner. IVarner lève son

bâton; Mais Amélie et Georgette se précipitent au-da-

vant du coup. )

AMÉLIE et GEORGETTE.

Arrête! arrête! — Papa!

(Toutes les deux retiennent Georges, dont le bras armé reste levé. )

Ah ! mon ami , je t'en conjure, ne verse plus de sang. Tu sais ^ ah ! tu sais comme cela porte malheur! Regarde ce misérable, le ciel ne l'a pas moins puni que nous; vois comme il faut expier le meurtre!

GEORGES , avec horreur.

Le meurtre!

{ Il laisse tomber sa cognée, et se détourne contternë* Georgette la ramasse et va la cacher. )

WARNER , avec calme.

Toujours emporté! Si ta femme n'était pas plus raisonnable que toi , Dieu sait ce qui serait arrivé... Et qu'aurais-tu gagné à me voir étendu là?... J'avoue que j'ai mal agi avec toi...(Amëlia lui fait signe de se taire.) Mais le temps efface bien des choses. D'ailleurs, comme madame îe "1»

TRKNTE

sait, si tu as quelques rcpioclies à me faire ^ la fortune s'est bien chargée de te venger. Après quinze ans de malheurs, de misère, ie hasard nous réunit à peu près aussi misérables l'un que l'autre. Si j'étais de toi, je suivrais l'exemple que je te donne; j'oublierais le passé, je tendrais la main à mon ancien camarade , et nous aviserions encore ensemble aux moyens de conjurer notre mauvaise étoile.

( Goor(;es s'est assis, sa femme est auprès de lui ; il tient sa filie sa- «s r.enoux , et de temps en temps il penche sa tête sur elle comme pour ne pas entendre Warner.)

Kon; plus d'alliance entre nous. C'est toi ,jni m'as précipité dans l'abîme , en me faisant commettre un épouvantable homicide.

WAnSER.

Dans ta fureur aveugle, il te fallait une vie» lime; n'était- il pas naturel que je cherchasse à sauver ma vie? Au reste, j'ai partagé la peine de ton crime; accusé comme toi, condamné comme toi, j'ai pris la fuite; et, sans doute aussi comme toi, j'ai vécu misérable, courant le monde, tentant la fortune, traînant la misère. Enfin, après maintes vicissitudes, j'arrive de Ratisbonne , dans l'équipage que tu vois, et je m'acheminais, en mendiant, ver^ Munich, quand la pluie, la fatigue, la faim, et principalement l'approche de la nuit et de l'orage , m'ont fait entrer dans la seule cabane qu'on aperçoit sur ce chemin désert. J'étais loin de penser que j'y rencontrerais d'anciennes connaissances; si vous voulez, d'anciens amis.

1 AMÉLIE

' Des amis! Pouvez-vous à ce point avilir le plus saint des titres!

WARNER

Ah! ma chère dame! point de morale, je vous en prie. Dans ma situation , ce n'est pas de cela qu'il s'agit... Je meurs de faim et de froid; l'hospitalité seulement pour cette nuit; et, si Georges m'en veut encore, demain, nu point du jour, mon bâton, ma besace, et en roule.

AMÉLIE, à son raari.

Georges'/...

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