SCÈNE XI
GEORGES, avec impatience.
La preuve... de quoi?...
M WAnNER.
Il Ce n'est plus une erreur, ce n'est plus une illusion ; j'ai découvert le secret de gagner toujours. ( Georges se rapproche vivement de lui. ) Oui, je suis sûr de faire sauter toutes les banques d'Italie, et tu me vois déjà en route pour ie Pie'mont.
GEORGES
Quoi ! tu aurais trouvé?...
WARÎIER.
Oui , te dis-je ; je ne donnerais pas mon secret pour un million.
GEORGES, le regardant avec défiance, mêlée d'un retour d'amitié.
El tu étais disposé à ie partager avec moi?
WARNER , avec malice.
Ma foi, oui!... mais maintenant, c'est inutile, lu m'en veux trop.
GEORGES, lui offrani du tabac.
Le premier mouvement est passé.
WARSER.
J'entends... Mais la rancune de ta femme...
GEORGES
On peut lui imposer silence,
WARNER
A la bonne heure... Mais... non... il y a un
«ntre obstacle plus grand que tout cela, et qui
'^ rendiait inutile la confidence que je te ferais...
Il faut de l'argent, et je ne te crois pas plus
en fonds que je ne le suis.
GEORGES
Peut-être...
WAR^Kn.
, Hein!
GEORGES , tirant de l'or de sa poche.
Vois !...
WARMER , avec avidité.
Tu as de l'or! Eh bien, mon ami, il faut nous associer... Voyons; est-ce là tout ce que tu possèdes ?
GEORGES
Oui... Faudrait-il davantage ?
WAR^ER
Oh! sans doute.
GEORGES
Quel malheiur !
WARSER.
Si tu pouvais... Comment t'es-tu procuré cette somme ?
GEORGES, reculant avec terreur.
Comment!... je ne puis te le dire... ( Il cache son or.) Mais demeure avec moi , et... ( Il commence à faire nuit ; on voit passer un jeune militaire , tout au fond de la montagne : c'est Albert. ) Qu'estce que j'entends?
WARSER , regardant.
Rien; ta femme et ta fille, là, dans l'autre pièce... Tu dis donc?...
(Albert disparaît.) GEORGES.
Je puis, i^n payant les taxes airiéréf*, de-
menrer encore ici quelques jours ; reste moi , et...
WARKER.
Non, non... je ne me soucie pas de cet arrangement-là, vois-tu; demeurer avec toi, oui ; mais ici , non ; du moins pas plus longtemps que jusqu'à demain matin; et encore parcequ'il fait trop mauvais et trop sombre pour se mettre en route cette nuit.
GEORGES
Pourquoi?... cette cabane est misérable, mais j'y ai vécu deux ans ; tu peux bien...
WARNER
Ce n'est pas cela ; il y a une autre raison... Je suis étranger, sans papiers, mendiant, du nombre de ceux qu'on nomme vagabonds ; tu conçois que je puis être inquiété pour la moindre chose; et (plus confidentiellement) tout-àl'heure , en venant de ce coté, parceque j'avais quitté la route pour abréger le chemin , là bas, derrière un grand roc, j'ai rencontré sur mon passage, une éminence de cailloux, d'herbe, de terre jetée... Par curiosité j'ai soulevé quelques uns de ces cailloux avec le bout de mon bâton , et sous cette éminence... j'ai découvert...
GEORGES , lui saisissant le bras.
Silence!!!...
WARNER
Tu sais?...
GEORGES
Tu l'as découvert?...
WARNER
Oui.
GEORGES , avec terreur.
Viens, il fait nuit, le ciel est sombre... viens m'aider à le cacher.
WARNER , reculant épouvanté.
C'est toi?...
GEORGES
Non !... c'est la misère et le désespoir.*. Viens il faut le cacher.
( Waruer reprend son bissac et son bâton , mais comma
ils vont sortir , Georgette parait une lampe à la main.)
GEORGETTE
Papa , voilà de la lumière.
GEORGES
C'est inutile , nous sortons. Si ta mère nous demande, tu diras que nous sommes allés... à l'ermitage.
( Georgette demeure interdite , Georges et Warner sortent.)
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