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SCENE m

D'ARTAGNAN, seul

Hein? comme c'est dressé... elle n'a qu'un défaut : c'est de n'avoir jamais assez de Ges propres poches... Comme elle a senti tout de suite dans la mienne l'argent de Son Éminence!... î.ïais casse-cou! l'argent du Maza-

rin ladre vert, cuistre d'Italien, va

cent pisîoles !. . . Je croyais d'abord que c'était des doubles d'Espagne, cela en valait la peine! cent pistoles... oun à-compte, monsou d'Artagnan... Mazarin maudit!... Oui, mon ser lieutenant, reconnnencez à vous faire briser les jambes, casser les bras; faites-vous traverser le ventre de grands coups d'épée, faites-vous trouer le moule de votre pourpoint avec force pistolades, et je vous donnerai... quoi? oun à-compte... et à quand le compte, pleutre que tu es?... En.Hn je lui demande, quoi ? la moindre des choses, wn brevet de baron pom' Porliics, qui dessèche de ne pas l'être... Il prend un parchemin, il écrit les

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noms, il burine le titre, et me le rend sans signer... Mais la signature ? A votre retour, mon ser monsou d'Artagnan. Et si nous ne revenons pas?... Dame, cela vous regarde... c'est à vous de revenir... Et la reine, avec son grand nez, sa lèvre à l'Autrichienne, et ses bcUesmains insolentes : Monsieurd'Artagnan, soyez bien dévoué à Sa Majesté... Je lui serai dévoué pour cent pistoles, au roi, et encore... qu'est-ce que je dis donc là! pour vingt-cinq, car les cent pistoles sont pour moi et mes trois amis : vingt-cinq pistoles pour Atlios, vingt-cinq pistoles pour Portlios et vingt-cinq pistoles pour Aramis... [Il ni de -pitié.) Il est vrai que si je ne les retrouve pas... Oui, mais il faut que je les retroTive, ces dignes amis, que je n'ai pas vus depuis tant d'années! Quelle étrange chose ... on vit trois, quatre, cinq ans ensemble, il semble qu'on ne pourra pas se passer les uns des autres... on le dit, on le répète, on le croit... puis vient une bourrasque qui vous pousse l'un au midi, l'autre au nord ; celui-ci à l'orient, celui-là à l'occident ; on se perd de vue et tout est fini; à peine si une lettre... Cependant n'accusons pas... j'en ai reçu uned'Athos, c'était en 1663, six mois à peu j)rès avant la mort du cardinal ; voyons, où était-ce?... Ah! c'était au siège de Besançon ; je me rappelle, j'étais de tranchée... Que me disait-il donc? ah 'qu'il habitait une petite terre... oui, maisoù? J'en étais là quand un coup de vent a emporté la lettre d'Athos du côté de la ville; j'ai laissé le vent porter la lettre aux Espagnols qui n'en ont que faire, et qui devraient bien me la renvo\er aujourd'hui que j'en ai besoin... Voyons donc, il ne faut plus songera Athos, mais à Porthos et à Aramis... ils m'ont écrit aussi, eux... où sont leurs lettres? Ah! probablement dans ma chère casaque!... (// ouvre l'armoire.) Ahl Madeleine rangeait... je suis bien aise de savoir de quelle façon elle range, je lui en ferai mon comphment. .. Pauvre casaque!... en voilà une qui a vu bien des aventures et qui a assisté à bien des batailles... aussi, elle en a gardé les cicatrice*; voilà le trou du biscaïen qui m'a roussi la peau au bastion Saint-Gervais, lors de notre combat d'héroïque mémoire, quatre contre cent, vingt-cinq pour un, juste comme les pistoles de son éminence... Voici une coulure glorieuse... Par quelle main a-t-elle été faite? je ne me le rappelle pas... (^'esi singulier que de tons les tissus, le plus solide, celui qui se recoud encore le plus facilement, c'est la peau humaine... flette casaque de buffle n'est plus bonne à rien, et monsieur d'Artagnan vaut encore cpieUpie chose... Mais avec tout cela, je ne retrouve pas mes lettres, moi... C'est (If.nr le diable... Ce sont ces pistoles de malheur qui m'ont ensorcelé ; elles étaient dans

cette poche-là, cependant, les lettres. . . Ahl j'y pense, Madeleine, qui range si bien... Madeleine! Madeleine!...

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