‹ Pièces de théâtreChapitre 44 sur 1093 · ACTE III, Vr TABLEAU, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE III, Vr TABLEAU, SCÈNE IX

tu le sais bien, Marfyuerite; car je t'ai vue tres- «aillir tont-à-l'hcure en le reconnaissant.

MAIlGUEnITE.

Et la lettre, la lettre?

BCllinAN.

La lettre, c'est le premier plaçât qui sera offert demain à Louis X, roi de France, rentrant dans Paris.

MARC.UEniTE.

Tu dis cela pour mVpouvanter; cola n'est pas, cela ne peut être, tu te serais servi de ce moyen d'abord.

BURIDAK.

Tu as pris soin de m'en fournir un autre; j'ai réservé celui-là pour une seconde occasion, n'ai-je pas mieux fait?

MARGCEIilTE.

La lettre?

BCRIDAN.

Demain ton e'poux te la rendra. Tu m'as dit quel était le supplice des meurtriers. Marguerite, sais-tu quel est celui des parricides et des adultères? écoute, Marjjucrlte : on leur rase les cheveux avec des ciseaux rougis; on leur ouvre, vivants, la poitrine pour leur arracher le cœur; on le brûle, on en jette la cendre aux ▼ents, et trois jours on traîne par la ville le cadavre sur une claie.

MARGrERITE.

Grâce! grâce!

BCRIDA>'.

Allons, allons; un dernier service, Marguerite, délie ces cordes. (Il tend les mains, Marguerite les délie.) Ah ! il est bon d'être libre! vienne le bourreau maintenant! voilà des cordes. Eh bien ! qu'as-tu? Demain on criera par la ville : Buridan, le meurtrier de Philippe Daulnay, s'est étranglé dans sa prison. Un autre cri lui répondra du Louvre : Marguerite de Bourgogne est condamnée à la peine des adultères et des parricides.

MARGUERITE

Grâce! Buridan.

BCRIDAN.

Je ne suis plus Buridan; je suis Lyonnet de Bournonville... le page de Marguerite... l'assa.ssin du duc Piobert.

MARGUERITE

Ne crie pas ainsi.

BURIDAS.

Et que peux-tu craindre? ces murs étouffent les cris, éteijjnent les sanglots, absorbent l'agonie.

Que veux-tu? que veux-tu?

BURIDA^.

Tu rentres demain à la droite du roi, dans la ville de Paris; je veux rentrer à sa gauche; nous irons au-devant de lui ensemble.

MAI\GLERiTK.

Kous irons.

LA TOU> m MIS'.e

BCRIDAX.

C'est bien.

MARGUERITE

Et cRtte lettre?...

BURIDAN

Eh bien! quand on la lui présentera, c'est moi qui la prendrai; ne serai-je pas premief ministre?

MARGUERITE

Marigny n'est point encore mort.

BURIDAN

Hier à la taverne d'Orslni, tu m'avais juré qu'à la dixième heure ce serait fait de lui.

MARGUERITE

Il me reste une heure encore , c'est plus qu'il n'en faut pour accomplir ma promesse, et je vais donner l'ordre...

BURIDA^•.

Attends; une dernière question, Marguerite. Les enfants de Marguerite de Bourgogne et de Lyonnet de Bournonville , que sont-ils de>» venus?

MARGUERITE

Je les ai confies à un homme.

bcrida:*.

Le nom de cet homme?

MAP.GUERITE

Je ne m'en souviens pas...

BURIDAN

Cherche, Marguerite, et tu te le rappelleras.

MARGUERITE

Orsini, je crois.

BURIDAK , appelant.

Orsini ! Orsini !

MARGUERITE

Que fais-tu?

BURIDAN

N'est-il pas là?

MARGUERITE

Non.

( Orsin! entre.)

Le voici. Approche, Orsini; demain je sui» premier ministre... tu ne le crois pas? dites-ielui, madame pour qu'il le croie.

MARGUERITE

C'est la vérité.

BURIDAN

Le premier acte de mon pouvoir sera de faire donner la question à un certain Orsic:- ^ qui était à la cour du duc Robert IL

ORSINI

EL! pourquoi, monseigneur, pourquoi.''

BURIDAN

Pour savoir de lui comment il a accompli les ordres qu'il a reçus de sa souveraine Marguerite de Bourgogne, relativement à deux e«A fants.

OHSINI.

Oh ! pardon, monseigneur, pardoii de ce les

sToir pas fait mourir, comme on me l'avait ortlonnë.

MARGUERITE

Ce n'était pas moi qui avais donné cet ordre... c'était...

BmiDA!».

Tais-toi , Marguerite.

ORSISI.

Pardon si je n'en ?i pas eu le courafje; c'étaient deux HIs si faibles et si beaux !

BIRIDAS.

Qu'eu as-tu fait, malheureux?

ORSIM.

Je les ai donnés, pour les exposer, à un de mes hommes; et j'ai <!it qu'ils étaient morts.

BUIIIDAN.

Et cet homme?

OFMKI.

C'est un des guichetiers de cette prison; on le nomme Landry, pardon.

ni'niDAN.

C'est bien, Orslni; voil.i un Irait qui te fait

L^ TOUR DE NESLE

honneur! une id^e qui t'est venue à toi et qui n'est pas venue à une mère : qu'on n'avait pas besoin de tuer ses enfants lorsqu'on pouvait les exposer. Orsini , eusses-tu commis bien dei crimes, voilà une action qui les rachète; il te reste donc un cœur! il te reste donc une ame! embrasse-moi, Orsini! embrasse-moi. Oh 1 tu auras de l'or ce que pesaient ces enfants; deux garçons, n'est-ce pas? ô mes enfants! mes enfants! Ah! assez, assez, tu vois bien que la reine me prend en pitié.

ORSINI

Que me reste-t-il h faire, monseigneur?

BCRinAN.

Prends cette lampe, et éclaire le chemin... Prenez mon bras, madame.

MARGUERITE

Où allons-nous?

EURinAN.

Au-devant du roi Louis X, qui rentre demain dans sa bonne ville de Paris.

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