‹ Pièces de théâtreChapitre 445 sur 1093 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les Mêmes, D'ARTAGNAN, PORTHOS,

MORDAUNT. Entrez, messieurs; vous êtes devant le général Cromwell.

CROMWELL. Monsieur Mordaunt, si vous n'êtes pas trop fatigué du voyage

MORDAUNT. Je ne suis jamais fatigué, monsieur, vous le savez.

CROMWELL. En ce cas, prenez cette lettre préparée pour vous, Hsez-la, et exécutez à l'instant même les conditions qu'elle renferme. Après avoir lu, vous brûlerez.

MORDAUNT, s' inclinant. Quel que soit l'ordre que contient cette lettre, il sera exécuté, milord.

CROMWELL. Silence, mon fds, nous ne sommes plus seuls.

d'artagnan, pendant que Cromwell suit Mordaunt des yeux. Eh bien, qu'en ditesvous, Porthos?

PORTHOS. De qui?...

LES MOUSQUETAIRES. 29

d'artagnan. Du général Cromwell ?

PORTHOS. Je dis qu'il a l'air d'un boucher qu'il est.

d'artagnan. Vous vous trompez, c'est le colonel Harrison qui est un boucher.

PORTHOS. Ah! oui, lui, c'est...

d'artagnan, voyant que Cromwell se retourne. Lui, c'est le général Olivier Cromwell... laissez-moi dire.

Mordaunt sort.

CROMWELL. Salut, messieurs; je ne puis croire à ce que me dit M. Mordaunt,

d'artagnan. Il ne vous a dit que la- vérité cependant, monsieur, s'il vous a dit que nous venions à vous comme envoyés de l'illustrissime Cardinal.

CROMWELL. Vous me pardonnerez... mais je ne puis croire à tantd'honncur. Le nom du pauvre brasseur de Huntington est donc connu de l'autre côté du détroit ?

PORTHOS. Ah ! c'est vrai, c'est brasseur qu'il était.

d'artagnan, 6as. Chut! (''^'mf.)Ce n'est pas le nom du brasseur de Huntington qui est connu de l'autre côté du détr. it, inr,nsieur, c'est celui du vainqueur de i\iarh.ion- Moor et de Nevvbury

PORTHOS. Bravo! ce diable de d'Artagnan où va-t-U prendre tout ce qu'il dit?

CROMWELL. On voit, monsieur, 'que vous arrivez de la cour la plus courtoise de l'i'lurope... Comment se portait la reine à votre dé])art ?

d'artagnan. La reine Anne d'Autriche?

CROMWELL. Non, notre n'iiie à nous. Sa Majesté Henriette de Fiance, feinine de Charles I", que les fidèles enfants de T Angleterre ont le regret de combattre en ce moment.

d'artagnan. Mais je crois que S:^. 'Un jesté se portait bien ; depuis bien longieiUjKs je n'ai pas eu l'honneur de la voir.

CROMWELL. Ne vient-elle plus au Paiais- Royal?

d'artagnan. Je ne sais si elle y vi-nt, mais voilà plus d'un an que je ne l'y ai vue.

CROMWELL. Mais alors M. de .Mazarin va lui faire sa cour ?

d'artagnan. M, de Mazarin n'a pas le temps , il faut qu'il écrive , et cela me rappelle que je suis porteur d'une lettre.

CROMWELL. Pour moi , c'est vrai ?

d'artagnan. Pour vous , monsieur.

CROMWELL. Donnez. {Ajiart.) Allons, M. de Mazarin choisit iDien ses hommes; c'est un homme d'esprit que ce chevaher d'Artagnan.

PORTHOS , bas à d'Artagnan. Dites donc , d'Artagnan.

d'artagnan. Quoi?

PORTHOS. Il ne me paraît pas fort voire

MAGASIN THÉÂTRAL

gôiK rai Oli\ner Cromwell; et puis voyez donc comme il est vOtu.

d'aiî iAGi\AN. Il était encore pins mal vêtu que ceJa lorsqu'il se présenta à la cliambre des communes , et que le fameux Hampden dit , en le voyant : Vous voyez ce j)nysan si mal vêtu... ce sera . si je ne me trompe, un des plus grands hommes de notre temps.

PoiîTuos. Et qu'était-ce que le fameux Hampden?

d'artagnan. C'était le premier de l'Angleterre avant que Cromwell l'en eût fait le second.

CROMWELL, après avoir lu. Merci, messieurs; j'ai trouvé M. de Mazarin tel que je l'attendais. C'est un grand politique que M. de Mazarin.

PORTHos. Tiens, c'est drôle, on ne dit pas cela de lui en France.

d'artagnan. Et nous fcrez-vous l'honneur de nous charger d'une réponse, monsieur ?

CROMWELL. Vous dcvez être fatigués, messieurs; prenez d'abord quelque repos... et demain...

d'artagnan. Vous nous donnerez une lettre , général ?

CROMWELL. Non , demain vous partirez. . . et vous direz... vous direz tout simplement ce que vous aurez vu... Salut, messieurs.

d'art AGNAN. Eh bien ! qu'en dites-vous, Porthos?

portiîos. Je dis qu'il a bien fait de nous congédier ; j'ai très-faim.

d'artagnan. Aurons-nous l'honneur de vous revoir avant notre départ?

CROMWELL. Ma maison est la vôtre, messieurs , et toutes les fois que , pendant votre séjour en Angleterre, court ou long, vous en franchirez le seuil, vous me ferez honneur et plaisir.

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