GROSLOW, D'ARTAGNAN, ATHOS
GROSLOW. Entrez à bord, messieurs; je vous attendais.
d'artagnan, arrêtant Athos. Ce n'est pos la voix du patron Crabbe, ce n'est pas sa t;iille, ce n'est pas lui... Un moment, Athos!
ATHOS. Qui ètcs-vous, l'ami? et pourquoi dites-vous que vous nous attendiez?... on ne vous connaît pas.
GROSLOW. Je sais, milord... vous cherchez le patron Crabbe , mais vous ne pourrez le voir.
d'artagnan. Plaît-il?.,. Pourquoi ne le \errons-nouspas?
GROSLOW. Hélas! milord, mon pauvre bcaii-frcre, milord, le patron Crabbe, est tombé du mât de hune, ce matin, et s'est presque cassé la jambe.
d'artagnan , soupçonneux. Voilà un accident malencontreux... Tenez-vous sur vos gardes, Athos.
GROSLOW. -Mais, milord, ce mouchoir blanc, noué aux quatre bouts que votre compagnon tient à sa main... et celui (jne je tenais tout noué dans ma poche, vous prouvera...
d'artagnan, à Aihos. C'est bien cela...
(,l Croslow.) Mais il y a encore quelque
GROSLOW. Oui, nijlnrd ; vous avez promis au patron Crabbe, mon bi.'au-frère, soixantequi!i7.c livres, si l'on vous débarque sains et saufs à Boulogne, on stu- tout autre poijit de la côte (le France, à voire choix.
amios, à d'Ariaijnan. Kh bien, qu'en diles-vous?...
d'artagnan. Je dis qjie...
Il Fait claquer sa langue en signe de dépit.
! ATHOS. Nous n'avons pas le temps d'être [ défiants.
d'artagnan. D'ailleurs , nous pouvons nous défier; même en entrant dans le navire, nous smveillerons cet honmie... et s'il ne marche pas droit, gare à lui.
ATHOS. Je puis donc appeler notre arrièregarde. Crimaud, dites à ces messieurs de monter à bord, et renvoyez la barque sur laquelle nous sommes venus.
GROSLOW. Vos Seigneuries restent à bord?
ATHOS. Oui.
d'artagnan. Un moment... Combien avez-vous d'hommes ici? ..
GROSLOW. Dix, milord, sans me compter.
d'artagnan. Dix... Oh ! je me rassure... Mais dites-moi, où nous logez-vous?
GROSLOW. Ici, milord, dans la chambre de poupe.
ATHOS. Et nos gens?.,,
GROSLOW. Dans l'entrepont, milord. André, installez-les,
ANDRÉ. Arrivez, vous autres.
d'artagnan. Fort bien ! Comment vous appel ie-t-on?...
GROSLOW. Roggers , milord... Par ici!
Il désigne aux laquais lesralier de l'enlrepont. .Mousqueton descend, puis Blaisois. Griraaud rcst< le dernier.
d'artagnan, à. SCS amis. Vous, mes amis, tâchez de vous loger du mieux possible, tandis que je vais faire un tour sur le bâtiment.
ATHOS. Prenez Grimaud avec vous.
d'artagnan. Pourquoi faire ?. . ,
ARAMis. On ne sait pas ce qui peut arriver; prenez Grimaud.
PORTHOS, Et informez-vous en passant s'il y a quelque chose pour s; uper.
d'artagnan. Grimaud, prenez cette lanterne 1 Suivez-moi , patron Roggers... Dix minutes, mes amis, et je reviens.
Ils descendent.
MOT SQLETON , dans l'ciitrrpont. Comme c'est bas ici... comme nous aurons froid celte nuit, comme nous serons diuement couchés... si par l'.asard le mal de mer... n'e.st-cc pas, Blaisois?
Ri.Ai.sois. Je suis familiarisé avec les inconvénients de cet élément.
d'artagnan, descendu dans la soute aux pnuilrcs, un ]ii.<iolct derrière c dos. Où sonunes-nous ici?...
(;roslow, sur Vcvhelle. Vous le voyez, milord, c'est un magasin.
D'ARi.A<iNAN. Que de tonneaux! on dirait
LES MOUSQUETAIPxES.
Qu'y a-t-il donc là
Ol>
la cnvcrne d'Ali Baba dedans ?
H pie:id la lanterne des mains de Grimaud et regarde.
GROSLOW, vivement et se reculant. Du vin de Porio, milord
d'arta(;.\an. Ah ! du vin de Porto, c'est toujours une tranquillité ; voilà notre Porthos qui est sûr du moins de ne pas mourir de soif... Etions ces tonneaux sont pleins?
Il approche sa lanterne.
GROSLOW, m^me jeu de frayeur. Quelques-uns seulement , milord; les autres sont vides.
D'Arlagnan frappe du doigt sur les tonneaux, et introduit sa lanterne dans les inter\alli-s des barriques.
d'artagnan. C'est bien, je réponds de ce compartiment... Passons, monsieur Roggers.
Il passe dans la cabine.
ARAMTS, dans la chambre de poupe. Eh bien, Porthos, que dites-vous de l'Angleterre ?
PORTHOS. C'était beau d'y aller... mais c'est superbe d'en revenir.
ATHOS. Hélas! nous revenons seuls.
ARAMis. Dormons.
PORTHOS. Ah ça, mais vous n'avez donc pas faim, vous ?
d'art AGNAN, dans la cabine des laquais. Ah ! voilà nos hommes logés.. . ( Il passe en revue tout le compartiment ) Il faut vous coucher, m^s braves... Grimaud, je n'ai plus besoin de toi; merci. (I part.) Rien encore ici. (.4 Roggers.) Patron, où conduit celte porte?...
GROSLOW. Pardon, milord. j'en ai la clef; c'est ma chambre.
d'artagnan. Voyons, et puis vous me montrerez la cale.
GROSLOW, Entrez, milord; vousremonterez à votre chambre par l'escalier de ma cabine qui conduit sur le pont.
MOUSQUETON, regardant partir d'Artnçjnan. Voilà un officier qui sait faire des Wndes !
BLAisois. Avec des maîtres comme ceux-là, tii peut goûter les douceurs du sommeil.
ATHOS. D'Artaj^nan ne revient pas.
ARAMIS. Si fait, j'entends sa voix ; il a fait le tour du bâtiment, et le voilà qui sort de l'écoutille là-bas.
d'artagnan, reparaissant sur le pont avec sa lanterne. La cale est vide, rien de suspect dans la chambre du patron ; s'il y a une armée à bord, ça ne peut être qu'une armée de rats. Bien, patron Roggers, me voilà dans la chambre de poupe ; appareillez, veillez aux manœuvres et tâcliez que nous allions Vite.
GROSLOW, de loin. Oui, milord !
POiiTfiOS. Quelles nouvelles?
d'ahtagnan. Excellentes; nous pouvons donnir avec la même tranquillité que si nous logions à la Chevrette, rue Tiquetonne.
Il tire son épée du fourreau, visite ses pistolets et se couche en travers de la porto.
ATHOS. Eh bien! que faites-vous donc?... vous appelez cela de la tranquillité... vous craignez donc encore quelque chose?...
d'artagnan. Le seul moyen dètre vraiment en sûreté, c'est d'avoir toujours peur de ne pas y être... Allons, mes amis, prenons des forces... Je vois bien ce qui vous afflige, cher Athos; m.iis vous l'avez dit souvent, accusons la fatalité... Aramis, vous allez revoir les duchesses, faites de bons rêves... Vous, cher Porthos, je sais bien ce qui vous manque... mais je vous promets demain à Boulogne, des huîtres, du vin d'Espagne, et un pâté d'Amiens... car demain matin nous serons en France !
ATHOS. La patrie des cœurs loyaux!
ARAMIS. Des femmes qu'on aime!
PORTHOS. Du vin de Bourg'>gne!
TOI S. A demain, en France... Bonsoir, amis!
Ils se serrent les mains et s'endorment.
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