SCÈNE V
Les MfiMiS, GROSLOW, MORDAUNT, enveloppés de manteaux. Mordaunt tient une lanterne.
GKOSLOW. Quoi! pas couchés encore!. ..
c'est contraire au règlement.
MOUSQUETON. Nous soupions, messieurs.
GROSLOW. Que dans dix minutes le feu soit éteint, et que dans un quart d'heure on ronfle.
MORDAUNT, à GtosIow. Ouvtbz la porte, je vous prie.
MOUSQUETON. Ah! .lésus Dieu ! ils Tont le découvrir.
CLAisoTS. Si nous prévenions nos maîtres.
Groslow et Mordaunt passent dans le rabinet aux tonneaux et referniput la porte.
MOPDvtNT, écoutant. Oui, ils dorment profondément, et Dieu me les livre enfin. . .
Griniaiid passe an peu sa tète derrière le tonneau.
MORDAUiNT. OÙ sont les tonneaux pleins?
GROSLOW. Celui-là et les deux au fond Mais voici celui auquel vous pouvez attacher la mèche.. . il a un robinet.
MORDAUNT, lirant une mèche de son manteau. Vous dites que cette mèche dure environ huit minutes?
GROSLOW. Huit minutes.
MOUSQUETON. Est-cc quc vous entendez ce qu'ils disent, vous?
Ri.Aisois. Piisdu tout.. . Seulement, comme ils ne crient pas, c'est qu'ils n'ont pas trouvé monsieui- Grimaud.
MORDAU^T. Et par ce trou qui correspond à la cale, je pourrai mettre le feu à cette mèche... sans rentrer ici.
Gi'.osiow. Parfaitement! mais ne vous pressez pas, attendez que nous soyons bien embarqués; la besogne est périlleuse, laissezfaire cette besogne à mon second.
Mordaunt attache la mr-rhe au-dessous Hn tonneau.
MORDAUNT. Je ue confie qu'à moi l'exécution de ma vengeance. Ne vous inquiétez pas ; lorsque l'horloge du bord piquera le quart après minuit, je redescendrai dans la cale; \ous, faites embarquer vos hommefc dans le canot , et, à ce moment, avertissezmoi par un coup de sifllet.
GiiosLow. Ce sera bientôt fait MORDAUNT. Il me faut une minute pour vous rejoindre; en une seconde , le câble e.st coupé ; nous faisons force de rames et bientôt... oh! bientôt l'incendie... l'explosion effroyable... ce sera un magnifique spectacle, n'est-ce pas, ma mère.. .
îl lève son chapeau en regardant vers le ciel.
GRIMAUD, reconnaissant Mordaunt. .\h 1
LES HOUSrjUET A IRES.
GHOSLOW. Je cours donner le mot à mes gens.
MORDAursT. Non , pas un mot, pas un geste, pas un bruit... ne réveillez pas nos ennemis!... vous avez un quart d'heure; songez donc à tout ce qui peut arriver en un quart d'heure.
GROSLOW. N'importe, ne perdons pas de temps. . .
Ils vont à la porte.
MOUSQUETON. On n'entend plus rien ; est-ce qu'ils l'auraient tué?
BLAisois. Il aurait crié... Mais on ouvre la porte; les voici qui reviennent.
GROSLOW, après avoir fermé la porte.
Ah! mes ordres sont suivis. Allons, vite, vite. (^1 Mordaunt.) Descendez à la cale ; moi je monte sur le pont.
MORDAUNT. Au coup de sifflet, je mets le feu!
A peine ont-ils refermé l'autre porte, que Grimaud se lève pâle et trenablant. Il lient à la main la cruche, et va heurter à la planche. Le vaisseau commence à marcher.
MOUSQUETON, levant la planche. Venez, ils n'y sont plus... Eh bien, en avez-vous tiré beaucoup ?
GRIMAUD, s^ approchant de la lumière.
Oh!
Il recommande le silence aux laquais et monte l'escalier de la chambre des mousquetaires.
MOUSQUETON. Eh bien! il emporte le vin?
Grimaud est à moitié passé hors du pont. D'Artagnan fait un mouvement et se réveille.
GRIMAUD. Chut!
D'ARTAGNAN. Quoi donC?
GRIMAUD. De la poudre !
Il lui parle à l'oreille.
d'artagnan. Est-ce possible , mon Dieu ! {Même jeu de Grimaud.) Horreur! {A l'o-
rei/led'Aramis.) Chevalier! chevalier!
(// lui met la main sur C épaule.) Silence!... réveillez Athos.
Aramis réveille Athos de la même façon.
ATHOS. Qu'ya-t-il?
ARAMIS. Silence!
d'artagnan réveille Porthos gui se relève brusquement et va porter quand d'Artag^ian lui ferme la bouche. Amis . amis, savez-vous qui est le patron de cette barque?., le colonel Groslow... Chut!... Savez-vousce qu'il y a dans ces barriques pleines de vin , disaiton? tenez... (// arrache la cruche des mains de Grimaud et leur montre df la poudre.) Savez-vous enfin quel est l'homme qui va, dans un quart d'heure , mettre le feu à cette poudre? c'est Mordaunt.
ATHOS. Mordaunt! nous sommes perdus!
ARAMIS. Défendons-nous !
PORTHOS. Ventre bœuf, égorgeons tout!
d'artagnan. Silence... mais silence donc! si Mordaunt se voyait découvert, il serait capable de se faire sauter avec nous. . . Ne désespérons pas, ne nous défendons pas, ne tuons pas... avec des ennemis comme monsieur Mordaunt, pas de faux point d'honneur, mordions!... Grimaud, fais toujours monter tes camarades par le petit escalier. .. Voyons .. {Il cherche.) Avez-vous confiance en moi?...
TOUS. Oh! parlez! parlez!
d'aIiTAGnan. Eh bien, il n'y a qu'un seul parti à prendre... pasd'épées, pas de grandes manières ici. .. partons !...
PORTiios Partons... et par où?...
d'artagnan, ouvrant le sabord par lequel on voit la mer. Au-dessous de cette fenêtre est leur canot remorqué par un câble. (// regarde.) Athos, Aramis, saisissons le câble, nous atteindrons la chaloupe , nous en couperons la corde avec votre poignard, Athos, et une fois isolés, sur un terrain bien sûr, qu'ils nous attaquent s'ils l'osent... A la mer ! à la mer !
Il attache une échelle de corde, qu'il fait descendre jusqu'à la mer.
PORTHOS. Il fait bien froid.
d'artagnan. Mordions! il fera trop chaud tout à l'heure... Nos gens où sont-ils?...
grimaud, MOUSQUETON, BLAISOIS. NoUS voici !
BLAISOIS. Je ne sais nager que dans les rivières.
MOUSQUETON. Et moi, je ne sais pas nager du tout.
PORTHOS. Je me charge de vous deux.
Il les saisit à la ceinture.
d'artagnan. En avant!... en avant!
Athos descend à l'échelle de corde, puis Aramis, puis les autres. Le bateau continue à marcher.
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