SCÈNE I
'GÈNE, jeune, en habit de voyage, la chlamyde urtc, le chapeau sur le dos, entrant, un bâton à main, puis s'arrôtant et secouant la poussière de pieds.
e voici doncarrivé, me voilà dans Athènes!...
au cœur même de la ville... (Il lit ù l'angle maison.) dans l'Agora, sur la première place ique... Que c'est beau! que c'est grand! que et de marbre! je suis ébloui... je n'ai pas
de mes deux yeux, il me faudrait avoir les prunelles d'Argus et les tenir toutes ouvertes fois, pour tout voir et tout admirer. Est-ce là la demeure de simples mortels? ne seraitsplutôt l'Olympe même? Suis-jebien éveillé?
je ne dors pas, je n'en ai pas même envie, m réiafatiguedu voyage... je suis bien à Athè-
nes, à Athènes, en vérité! (Il regarde autour de lui.) Voilà la statue d'Iïarmodius à côté de la Liberté, celle de Périclès à côté de la Fortune, celle de Miltiade à côté de la Gloire ; le temple de Mercure vis-à-vis du temple de Minerve, les largesses du commerce et les merveilles des arts; tous les trésors de la paix, tous les trophées de la guerre!... C'est bien là Athènes, la grande, la belle, la florissante Athènes; j'y suis enfin!... Combien de fois j'ai soupiré après cet heureux jour! combien de fois j'ai souhaité l'hospitalité de cette terre chérie des dieux et des hommes, de cette patrie des fleurs et des fruits, de celte Athènes couronnée d'olives et de violettes ! Combien de fois, impatient de vieillir et de connaître, j'ai dévoré en esprit le temps et l'espace, j'ai devancé l'avenir avec mes vœux, je me suis élancé vers Yingl ans, Alliénes el la liberté! Oh! mes rêves
DÏOGENF.
sont accomplis, surpassés... Rcvesdc maieiwicjsc, d'azur cl d'or, d'CJpcrancc cl d'avenir, a'ous tous couleur de gloire, de fortune et d'amour, vous voilà donc enfin devenus ici des faits cl dos vérités, des réalités du présent!... Que je remercie les douze dieux de m'avoir fait naître loin de cette ville, puisqu'ils devaient m'y laisser venir un jour : car c'est un ravissant spcrlacle qu'une capitale comme Athènes pour un paysan de Sinope, piiur un pauvre étranger comme moi, un ravissant spectacle et un délicieux séjour!... Qu'il doit être bon de demeurer ici! qu'il doit être aisé d'y vivre! un paj's si riche, si fécond, doit être plein de ressources; une ville si bien civilisée doit être favorable à tous les besoins, propice à tous les désirs; chacun doit trouver sa place et sa part : on ne peut vraiment avoir que l'embarras du choix dans la lâche ! Voyons, moi, par exemple, que ferai- je, s'il faut faire quelquechose pour vivre à Athènes?... Quel état prendrai-je pour être utile à mes nouveaux concitoyens et a moi-niéme? car je veux èire Alhénien... Que ferai-je donc? ou plulùtquc nefcrai-je pas? Oh ! oui, peu importe ! le premier état venu : je me sens jiropre à tout ; j'ai tous les nobles instincts, toutes les grandes ambitions... Justement cette statue de Miltiade va me donner un conseil. Une statue d'or pour un soldat... à la bonne heure! voilà un sort di;,'ne d'envie!... Quelle a dû être la vie d'une .si belle mort!... la fortune d'abord, la gloire ensuite; la gloire, celle suprême monnaie avec laquelle le peuple finit toujours par payer ses dettes. Il y a donc profit cl honneur à servir Atliénrs, à être soldat. Je suis jeune et brave, je servirai Athènes, je serai soldat.