DIOCÈSE
C'est tout : choisis maintenant, si tu l'oses.
tAIS.
Mon choix est fait.
DIGGÈNE.
Qui aimes-tu?
LAÏS
Toi.
DTOGÈXE , lui liant au nez.
Je ne cherche pas une femme.
Toi , Diûgène le Cynique.
DIOGliNE.
Quelle impudence! Tu t'appelles Aspasio.
LAÏS
Qu'importe I
DIOGÈNE, étendanl les mains.
Arrière, impure !
ALCIBIADE
A bas les pattes !
DIOGÈNE
Arrière, prostituée! oublies-tu que nous som- ■es sur la ptace publique?
ALCIBIADE
Tais-toi, mâtin, ou je te coupe les oreilles !
DIOGÈNE
Soyez donc amoureux de ces femmes-là !
ALCIBIADE
Au chenil, au tonneau ! ou je t'assomme!
DIOGÈNE
Oui, au tonneau, et Je vais m'en faire une triune pour achever avec vous. ( Il aiiproche du ■nnean, et s'appuie dessus.) Hé! approchez, vous >iis, Alhéniens, entourez-moi, écoutez-moi ! (t.a ule les entoure.) C'est pour ces créatures que vos tifefs vous trahissent, vous pressurent, vousveneal rorps et biens aux rois étrangers ! c'est à
ces idoles qu'ils votis sacrifient ! Voilà où passent les sueurs de l'impôt, le labeur de vos jours, les veilles de vos nuiis, tout votre or, concrète, condensé en joyaux, en bijoux, aux pieds, aux mains de leurs viles maîtresses!... Allons, me voilà encore à me mêler de ce qui ne me regarde pas ; je m'emporte malgré moi, comme si j'avais le malheur d'être Athénien ! C'est qu'aussi elles n'ont point de honte d'aller par la ville, en plein jour, velues, chargées, comblées des dépouilles publiques , d'insulter aux haillons avec la pourpre, à l'indigence avec l'infamie. (,A Aspasio.) Toi, par exemple, qui te tiens muette, immobile , voilée et parée comme la plus infâme , ne rougis-tu pas de tout ton luxe , de tout ton opprobre? ne vois-tu pas que ces perles sont des pleurs cristallisés , ces rubis des gouUes de sang figé? N'enlends-tu pas tous ces grelots d'or te sonner aux oreilles les imprécations de la foule ? ne rougis-tu pas , quand le peuple d'Athènes meurt de faim, de porter toute une moisson sur tes épaules ?...
ASPASIE, avec une émotion graduée, quiUaiU soi» manteau , à Protée.
Donne cela aux pauvres.
DIOGÈNE
D'avoir tant d'or à tes bras, quand l'armée n'a pas même de quoi acheter du fer ?..
ASPASIE, ôtant son bracelet.
Porte ce bracelet au trésor public.
DTOGÈNE.
D'avoir un voile, un voile d'or, les dieux me pardonnent I quand la déesse de la pudeur n'en a pas même un de laine ?... Au fait , tu as raison , cache-toi bien , femme ornée de malheurs et de malédictions, le voile te convient comme la nuit. Cache-loi, pour qu'on ne voie pas ta honte! mais elle perce encore à travers ton voile, tout massif qu'il est.
ASPASIE, ôianî sou voile.
Porte ce voile à la déesse.
DIOGÈNE , jetant un cri d'admiration à la vue
d'Aspasie, Ah!
ASPASIE , dévoilée, avec un embarras pudique. C'est la première offrande qu'Aspasie fait à la pudeur, grâce à Diogéne le Cynique. (Avec la plus grande émotion, à sa suite.) Venez! venez ! venez ! (Elle sort avec les autres.)