SCÈNE VII
DIOGÈNE , seul , en extase.
Oh ! reste... reste encore, adorable vision-.. Aspasie! Qu'ai-je vu ? Aspasie, elle? non, c'est une déesse... cet air, cette voix, ce parfum plus doux que l'ambroisie... c'est la mère de l'Amour, Cy-
DIOGÈNE
pris elle-même qui s'est manifesic'e dans toute sa beantt'... c'est une apparition, une révélation du ciel ! Quelle cmolion inconnue ! je n"ai jamais rien éprouvé de semblable. Oh ! mais c'est étrange... Qu'est-ce que je sens donc là dans ma poitrine? C'est le cœur... j'en avais donc uni Comme il bat!... C'est la vie, c'est le bonheur... c'est Tamour! Oh! non, non, pas encore, pas si vite... C'est impossible... ce serait du miracle, ce serait pour le coup de l'amour foudroyant! Qu'est-ce donc cnGn? moi qui l'expliquais aux autres, ne puis-je me l'apprendre à moi-même ? Ah! ce que je sens là ne peut .s'expliquer !... Que le monde est bon ! que les créatures de Dieu sont belles ! Je calomniais, je blasphémais le ciel et la terre, les hommes et les Dieux, et ils se vengent par un chef-d'œuvre! Oui, oui... (Au peuple.) aussi bonne que belle ! amis ! car le beau n'est que la forme du bon. Kcoutez-moi. Je suis ravi comme l'aveugle qui recouvre la vue ; je voyais tout en noir, tout en mal, ou plutôt je n'y voyais pas, malgré ma lanterne. Je croyais, j'en ai honte, qu'on pouvait abdiquer l'humanité, que le bonheur était la privation, que l'insensibilité était la vie... le bonheur du néant, la vie des brutes, des métaux et des pierres, soit, la vie ou plutytla mort de Narcisse réduit à lui-même. Mais il aurait fallu, pour cette vie égoïste et perdue, cette vie d'huitrc en écaille, pour ce morne suicide, que je fusse né
sans cœur, que ma mérc ne m'eût pas fini, qu'elli eût oublié de mettre sous cette mamelle ce qui i remue si fort, qu'elle eût oublié enfin le meilleu de la bête... Ah ! je comptais sans Vénus et soi divin fils, sans la passion, sans l'amour... J'aime je m'humanise enfin !... La boue de Prométhée reçu le feu du ciel... Eteins-toi donc, pauvre lan terne si obscure et si froide auprès de la llamm qui m'éclaire et me brûle à présenti éteins-toi inutile désormais, car je cherchais un homme, c j'ai trouvé une femme... (Il souffle sa lanterne.) oi plutôt j'ai tout trouvé... car l'homme ce sera moi comme elle est la femme! A bas les haillon comme les perles! (Il jette sa besace et son bâton. Il n'y a plus de Diogène, plus de chien ; il y a ui homme, un homme avec tous ses besoins, se sentimens, ses facultés et ses passions, un hommi qui ne voulait rien être sans elle, et qui pour elle par elle, veut être tout, un grand homme, s'il 1 faut. Place! place, à Diogène amoureux! Patrie famille, fortune, pourpre d'archonte, trésor du ri che, gloire du soldat, amour de jeune homme tout, oui tout, j'aurai tout pour elle!