SCÈNE V
Les Mêmes, MILON, PLATON, EURIPIDE, LYSIPPE, LE FILS DE SoPHOCLE.CACUS, GORGIAS, CLINIAS, Oovbiebs, Boor- GEOis, Nobles.
MILON , à ses amis.
A notre tour de le railler! (En riant, à Diogtne.) Nous autres soldats, nous voterons pour loi, si tu veux faire la guerre.
PLATON, en riant.
Nous autres philosophes, nous volerons pour toi, si tu veux faire la paix.
EUEIPIDE.
Les poètes voteront pour toi, si tu chasses les philosophes de la république.
LYSIPPE
Les artistes voteront pour toi, si ta leur donnes le Prylanée à la place des poètes.
LE FILS DE SOPHOCLE
Diogéne, les jeunes gens voleront pour toi, si tu veux leur promettre qu'il n'y aura plus de vieillards.
CLINIAS
Diogéne, les vieillards voteront pour toi, si tu veux qu'il n'y ait plus de jeunes gens.
DIOGÈNE
Ah ! plût aux Dieux que ma langue fiit ua bâton.
CACUS
C'est un niais I
GOBGIAS.
Un ambitieux!
NICIAS
Un tyran !
PLATON
Je ferai un traité contre lui.
LYSIPPE
Et moi, une caricature.
EURIPIDE
Et moi, une comédie : on en meurt.
MILON
Si je l'assommais, ce serait plus tôt fait.
Non, laissons-le là, et allons au Pnyx voter tous contre lui.
ALCIBIADE
Si tu n'as la puissance, tu auras du moins l'amour pour te consoler ; à défaut d'Alhénes, il te reste Aspasie.
TOUS, riant.
Oui, oui, il le reste Aspasie. (Ils sortent.)
BIOGÈNE,
SCKNE IV.
DIOGÈXE, seul.
Que diseiil-ils?... que peiivont-ils vouloir dire, sire n'est qu'il fautrenoiirerà toutctàelie?... Eh bien, laissez-moi donc tous! laissez-moi, âmes vén.iles, corrupteurs et corrompus! je ne suis pas un des vôtres, je rougis d'avoir voulu l'être... Fou que je suis d'avoir douté un instant de leur méchanceté! ils sont encore pires que je ne croyais. O république d'Athènes! je t'avais bien vue d'abord, tu n'es qu'une halle où tout est commerce et trafic, marchandise et denrée! Qui veut, qui veut des bottes d'oignors et de citoyens? C'est ici le marché aux légumes et aux consciences : on y vend des herbes et des hommes, des cœurs de choux et d'Athéniens... Quelle est In plus vile marchandise? Oui, tout est à vendre à prix fixe, ici : l'honneur, la beauté, le pouvoir, le génie, l'éloquence, que sais-je? tout, excepté la vertu, qu'on ne trouve nulle part ! Oh ! la forlune, la gloire, l'amour, le bonheur, A spasic ellemême serait trop chère à ce prix. Non, s'il faut perdre la dignité de l'àme, la probité du cœur ! non, s'il faut mettre sous les pieds honneur, vertu, conscience, pour m'élever jusqu'à elle ! non, s'il faut cacher le remords sous la couronne civi(iue, l'opprobre sous le manteau d'archonte, tout ce que j'ai reproché aux autres '. J'aime encore mieux mon mante.nu de cynique... tout troué qu'il est, il ne laisse voir au moins que mon orgueil! Non, mille fois non! plutôt mourir de douleur, plutôt vivre de regrets! Athènes, Alhcncs! fille de Minerve, veuve de Solon, n'as-tu donc plus souvenir de ton passé, souci de ton avenir? O ville vouée à la mort, tes hommes ont beau avoir du cuivre au front, du fer aux mains, comme les héros des Thermopyles... il leur manque le («i-ur !... .Moi, moi seul, j'avais assez d'amour pour te sauver ! Plus d'espoir pour loi comme pour moi ! A toi, à loi l'esclavage cl la misère des petits, l'ostrarisme et la mort des grands, le malheur de tous ! A moi, à moi l'isolement, l'abandon, le désespoir... à moi le tonneau!