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SCÈNE IV

Les Mêmes, Hérauts; MILON, suivi des Gardes scythes; Prêtres et Prêtresses DE Jupiter de Bon-Conseil; CACUS et autres Scribes, portant deux urnes et une clepsydre; NICIAS et autres Archontes, couronnés de myrte et portant des baguettes d'ivoire ; AL- C1BIADE, puis PROTÉE, PHRYiNÉ, LAIS et ASPASIE, voilée, et tous LES AUTRES Personnages de la pièce.

(Les juges prennent place au tribunal, et les prêtres

allument le sacrifice sur l'autel. )

NICIAS, debout, ôtant sa courontie de myt-te.

0 Justice, fille des dieux, reine des hommes,

prête-moi ta balance et ton impartialité, ton glaive

et la sévérité, en échange de ces libations que je

fais avec un vin pur et vermeil comme le cœur

de l'innocent. (Les juges s'assoient.)

CACUS

Silence ! Hyperboles contre Aspasie.

le peuple.

Ah!

ALCIBIADE, bas, à Hyperboles, Allons, gagne bien ton argent !

(Hyperboles se place sur la pierre d'attaque.) CACUS.

Aspasie est-elle présente ?

DIOGÈNE, à part.

Elle n'ose se présenter ! Ah J c'est moi qu'on va condamner.

ntciAS.

Parle, Hyperboles.

DIOGÈNE

HYPERBOLES, toussant, crachant, étcrnuant.

Hum! hum! (Grand silence.) Que Jupiter me Trappe de sa foudre, Minerve de sa lance, et Cércs de sa faucille ! Que Thémis m'achève de son glai\e, et Lycus de ses dents! Que Diane ellcmcme, la chaste Diane pour l'honneur de qui je parle ici, me perce de ses flèches sur la terre, et me jette auï Furies dans l'enfer! Que... Mais qu'ai-je besoin de sermens? On connaît mon honnêteté et ma conscience, mon zèle pour le bien public, mon pur amour de la vérité et de la justice. J'use du droit... du devoir de tout bon citoyen, de veiller à la répression des crimes et au maintien des lois. Donc, illustres magistrats, magistrats illustres, recommencez, redoublez les prières et les libations!...

pnnYNÉ, à p.in.

Encore boire! quelle justice altérée!

HYPERBOLES

Invoquez les lumières divines, et la sage Minerve, et Jupiter de Bon-Conseil; car il s'agit d'un procès immense qui touche le ciel et la terre, qui regarde les hommes et les dieux... une accusation de sacrilège, de violation de vœu fait à une déesse par une prêtresse!... Il s'agit d'un crime à mettre l'Olympe en courroux, et Athènes en péril!... Qui donc a commis ce crime abominable, impie?... C'est Aspasie, une femme qui a fait hier un vœu de chasteté à Diane, et qui a violé ce vœu, couvrez-vous la face, ô juges, celle nuit !... (Rumeurs.) Si on nie, j'ai des preuves, cette lettre qu'elle m'a écrite hier, à moi ; car je suis le complice du crime. Athéniens... (Nouvelles rumeurs. — Vivement.) Oh! dans l'intérêt des dieux!... pour la mieux condamner... J'ignorais ce vœu sacré... les remords m'ont pris dès que j'ai oennu le crime, et me l'ont fait dénoncer pour le punir... Cette lettre prouve tout. (Il lit.) «Liens, » vœux, sermens, promesses, j'oublierai tout, » je briserai tout pour toi... Viens! — Aspasie.» ( Il passe la lettre aux juges, qui l'examinent.) DIOGÈNE, à part.

Plus de doute !

HYPERBOLES

Le crime n'est que trop grave... il est flagrant... il faut un exemple ; il le faut, magistrats, pour l'honneur de la religion, le salut de l,i pairie... On ne croît plus, on ne craint plus. L'impiélé, l'athéisme, la philosophie, ces nouveaux Titans, escaladent encore l'Olympe... Si vous laissez emporter le ciel, que deviendra la terre? Après Jupiter, Solon; après les croyances, les lois; après les dieux, les archontes... Déjà vous avez mis un frein à celte licence horrible, vous avez fait juslice de l'imuioralitè des doctrines dans la personne de Socralc... achevez, condamnez l'imnioralilè dans la personne d'Aspasie. D'après la loi de Soloti, la lui de Dracon, la lui même du lyraii

Pisislrate, tout sacrilège est an crime capital, requiers la peine de mort.

CACDS.

Aspasie est-elle présente? (Siitnc

DIOGÈNE, en lutte avec lui-même.

Faut-il donc que je la défende?

CACUS

Personne ne comparait pour elle?

(Nouveau silence ALCIBIADE, â part.

Victoire !

DIOGÈNE, s'avançant résolument.

Moi!

ALCIBIADE

DIOGÈNE, s'avançant sur la pierre de défense Athéniens, tout cela est infâme, indigne, possible!... mensonge et perfidie!... N'en et rien. N'écoutez pas cet homme. Athéniens imposteur ! Cette lettre est fausse, et cet hom menti... Cet homme est un voleur...

TODS.

Oh!

DIOGÈNE

Un voleur, je le jure, qui tue maintenant sa parole comme autrefois avec son poigi qui m'a volé moi-même jadis, sur la place blique ; qui ne devrait paraître ici qu'en acci Oui, magistrats, j'en réponds sur ma tète homme est un voleur.

HYPERBOLES

Moi, un voleur ! (A part.) Je ne le suis depuis long-temps.

DIOGÈNE

Oui, toi; je te connais.

HYPERBOLES, à part.

Allons, de l'audace! (Haut.) Non, non, n trais; j'ai forfait jadis, c'est possible; maisd que j'appartiens à Théniis, je suis irréprocl (S'adressant ù la foule.) Je défie qui que ce S( présent de me reprocher, de me prouver un veau crime. Voyons, qui, qui donc pcutm'ac d'un vol ?

ASPASIE, s'avançant voilée.

Moi.

DIOGÈNE, à part.

Elle!

ALCIBIADE, de même.

Qu'est-ce cela ?

NiciAS, à Aspasie.

Qui cs-tu?

ASPASIE

Une femme d'Athènes.

NICIAS

Que veux-tu?

ASPASIE

Témoigner contre lui.

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